LA CARICATURE : UN RESUME QUI EN DIT LONG!

Description: iLovePeres:Desktop:2012-05-02 Index Files:2012-05-01:2012-05-01CARTE VISITE.jpg

Interview de Patrick Dalaine

 

 

 

 

Isidore Grao

Le, 1er mai 2012

www.lavoixdecartier.com

 

Interview le 16 avril 2012

 

 

IG : Bonjour Patrick Dalaine. Votre métier présente une grande originalité car il demande des qualités à la fois artistiques et intellectuelles. En effet vous réalisez des dessins humoristiques s’inspirant de faits de l’actualité politique et écologique. Au fait comment peut-on appeler votre activité ?

PD : Moi je dis dessinateur de presse. Actuellement je dessine surtout dans la presse locale, dans des magazines édités par certaines villes de la région parisienne et destinés à informer les habitants des communes.

IG : S’agissant d’un métier original, comment définirez-vous votre personnalité ?

PD : Je marche à l’affectif. Mon oncle préféré fait du dessin d’humour. Mon père aussi dessine. A l’origine j’ai donc imité des parents que  j’admirais. Vivre du dessin c’est un rêve  d’enfant, puis un projet d’adolescent que le contexte familial a rendu possible.

IG : Je crois que votre fille Maïa dessine également ?

 

PD : Jusqu’ à ses quatorze ans  j’étais jaloux de ses trouvailles de dessinatrice. Après  je lui ai envié ses talents de photographe. Aujourd’hui  à seize ans Maïa se cherche. Cela dit elle n’est pas spécialement attirée par ce que je fais. Dessiner des « gros nez »comme elle dit, ce n’est pas son truc.

IG : Comment vous est venu ce goût pour le dessin satirique ?

PD : Au début je faisais des dessins avec des gags qui n’avaient rien à voir avec l’actualité. C’est à la suite d’un événement professionnel que ce goût s’est développé. Je travaillais alors dans une bibliothèque municipale. La ville était dirigée par des communistes. Un jour je suis rendu dans les bureaux du service communication, j’ai montré mes dessins. Cela a plu, on m’a alors  passé commande. Une ville engagée politiquement à gauche, m’a donné ma chance. Tout a démarré avec cette rencontre. Précisons que je partageais les engagements de cette commune et que la tradition du dessin de presse a toujours était vivace  à gauche. Entre nous, critiquer les puissants (de quelque bord qu’ils soient !) et être payé pour ça, c’est le pied !

 

 

IG : Avez-vous suivi des études de dessin ?

PD : Au départ j’ai suivi des études d’arts plastiques, c’est-à-dire que je me destinais à devenir professeur de dessin dans un collège ou un lycée. Arrivé au niveau licence je me suis rendu compte que je faisais fausse route. Pendant ces trois années en faculté j’ai surtout étudié l’histoire de l’art et assez peu dessiné.

IG : A contrario pour pouvoir réaliser des dessins humoristiques, avez-vous suivi une formation? 

PD : Siné le dessinateur satirique dit qu’à ses débuts il a regardé  tout ce qui se faisait autour de lui avant de se lancer. Wolinsky a adapté ses dessins érotiques à la politique après avoir rencontré des militants communistes. Tout  semble plutôt affaire de volonté, d’opportunité que d’enseignement. Mais une école de dessin d’humour pourquoi pas, il y a bien des écoles de bandes dessinées. Ici au Mans je connais un dessinateur qui intervient dans les écoles pour initier les élèves au dessin de presse.

IG : Certains dessinateurs sont plutôt dans la tradition, d’autres sont plus innovants, où vous situez-vous ?

PD : Quand vous dites tradition, je pense en France à Cabu qui est un maître de la caricature, une référence pour tous les autres dessinateurs. C’est la tradition dans ce qu’elle a  de meilleur. A l’opposé, des artistes comme Lefred-Thouronou Wozniak  du Canard Enchaîné ont des styles très dépouillés proches de  l’écriture. On pourrait penser qu’ils sont maladroits alors que pour arriver à cette simplicité il faut être en état de grâce ! Personnellement je me sens comme un pirate graphique, je pille ici et là tout ce qui peut m’aider à évoluer.

 

Description: iLovePeres:Desktop:2012-05-01:2012-05-01 Article LA CARICATURE un resume qui en dit long Patrick Delaine des hauts et des bas.jpg

IG : Pour cette interview vous m’avez envoyé plusieurs dessins. Et je constate qu’ils sont assez différents. Dans le premier on reconnaît le syndicaliste et altermondialiste José Bové et dans un autre deux quidams simplifiés à l’extrême !

 

PD : En fait José Bové est aussi simplifié que les deux quidams. Une moustache et une pipe c’est même plutôt réducteur. Quand je me hasarde à faire une caricature, cela demande naturellement plus de réalisme que pour un bonhomme jeté d’un trait.

IG : On peut dire que vos dessins sont un  message que vous adressez à la société ?

PD : Être messager ça me va. Mes arrières grands parents et mes grands-parents étaient postiers. Ils transmettaient des messages. Moi je relaie celui que le rédacteur en chef du journal désire faire passer. Et surtout je me fais plaisir. Après tout, j’ai carte blanche pour arranger ce message à ma sauce, en général j’utilise une image décalée, je fais un pas de côté.

Description: iLovePeres:Desktop:2012-05-01:2012-05-01 Article LA CARICATURE un resume qui en dit long Patrik Delaine Biodiversite.jpg

IG : Les dessinateurs sont-ils des redresseurs de tort ?

PD : Dans le Maghreb par exemple, le dessinateur de presse (ou la dessinatrice !) sont souvent considérés comme des empêcheurs de gouverner en rond. Les pouvoirs en place n’hésitent pas à les bâillonner par tous les moyens. Quand je me rends en vacances au Maroc par exemple, le douanier me regarde d’un drôle d’œil si je me déclare dessinateur de presse. La prochaine fois je répondrai : employé de mairie !

IG : Vous croyez donc au pouvoir de la presse ?

PD : Honnêtement j’avais un peu oublié que le dessin de presse avait un pouvoir ! Les dictateurs de tous poils, eux ne l’oublient pas, qui répriment les dessinateurs de presse. J’ai parlé du Maghreb mais en France même, un journaliste de radio comme Stéphane Guillon a été licencié pour avoir critiqué Sarkozy. Quand elle n’est pas aux ordres, la presse est un contre-pouvoir.

IG : Concernant le pouvoir de la presse, comment vous vous situez-vous ?...Plutôt dans la neutralité ou carrément engagé ?

PD : J’ai débuté dans la presse nationale communiste. L’hebdomadaire en question s’appelait Révolution. Ensuite j’ai travaillé pour le quotidien L’Humanité. J’avais carte blanche pour épingler les puissances en place. Je m’en donnais à cœur joie !

IG : Êtes-vous un travailleur indépendant ou travaillez-vous pour une société de diffusion ?

PD : Indépendance mais relative puisque je suis salarié par des mairies et encadré par un ou une rédactrice (teur) en chef. Mais indépendance quand même car je travaille à domicile.

 

Description: iLovePeres:Desktop:2012-05-01:2012-05-01 Article LA CARICATURE un resume qui en dit long Patrick Dalaine schiste.jpg

IG : Est- ce que votre métier nourrit son homme ?

PD : En dehors des maîtres du dessin déjà cités, nous sommes de plus en plus nombreux à vivre plus ou moins correctement de notre activité.

IG : Vous a-t-on déjà demandé d’illustrer un livre ?

 

PD : Exceptionnellement il est arrivé que certains de mes dessins servent à illustrer un livre.

IG : On ne peut pas dire que vous possédiez une rente de situation. Est-ce que je me trompe ?

PD : Être rentier, mon rêve ! Seulement mon chemin professionnel ressemble plus à une succession de contrats à durée déterminée qu’à une sinécure. Cependant certaines collaborations peuvent durer plusieurs années quand d’autres sont éphémères ….Avis aux aventuriers !

IG : Pour clore cet interview, auriez-vous Mr Dalaine un message à faire passer à vos lectrices et lecteurs ?

PD : Au Mans dans l’ouest de la France où je vis, il arrive que j’expose mes dessins. C’est l’occasion d’entendre l’avis des passants et j’aime ça. Quand on me dit : « j’aime bien ce dessin » je suis aux anges ! Remarquez, quand un partisan de l’extrême droite méprise mon  travail, je jubile aussi !

Alors, bienvenue aux critiques….d’où qu’elles viennent !

Description: iLovePeres:Desktop:2012-05-01:2012-05-01 Article LA CARICATURE un resume qui en dit long Patrick Delaine VIVE LE VELO.jpg