LE TOURISME DANS LE COMTÉ

 

UNE INVENTION “SO BRITISH”

 

 

Thierry Jan

 

 

 

 

Isidore Grao

Le 5 mars 2012

www.lavoixdecartier.com

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

L’HOMME UN ANIMAL VOYAGEUR

 

Depuis la plus haute antiquité l’homme a toujours voyagé.  Il a ainsi quitté son terreau d’origine et s’est répandu à l’aube de l’humanité à travers toute la terre. Cette période appelée la préhistoire fut probablement le plus grand voyage de tous les temps pour l’espèce humaine. L’homme allait lentement conquérir cette planète, obéissent à l’ordre de Dieu : « Allez, croissez et multipliez vous ! ».  Le livre de la genèse est plein de ces récits de ce qui deviendra avec les patriarches : le peuple élu.

Nous quittons la bible pour retrouver les civilisations de l’antiquité. Ces dernières vont à leur tour conquérir et s’affronter pour dominer et imposer leur souveraineté sur d’autre peuple assujettis.  De là provient l’esclavage et une division sociale en deux classes : hommes libres et  esclaves.  Avec le christianisme une nouvelle sorte de voyage se pratique. Saint Paul en est l’initiateur et doit être le plus grand voyageur de l’antiquité. Il va aller tout autour du bassin Méditerranéen évangéliser le monde connu.  Au V° siècle de notre ère, l’empire romain s’écroule sous les assauts d’autres peuples venus du nord et de l’est. Ces peuples n’imposent pas leurs dieux, mais au contraire s’intègrent  et adoptent la religion des pays qu’ils ont conquis. L’Europe si elle est morcelée entre différents États, elle est unis sous l’autorité du pape à Rome. La religion chrétienne n’est pas encore strictement séparée entre Rome et Constantinople. En 800 Charlemagne est empereur d’occident. L’Islam à son tour part à la conquête pour répandre le coran à travers le monde.

Après les voyages d’expansions et de conquêtes, ceux d’évangélisation et d’islamisation, on découvre avec la république de Venise, ceux de commerce,  conquérir des marchés et pratiquer les échanges commerciaux. Certes les civilisations antiques commerçaient elles aussi ; les Phocéens établiront des comptoirs tout autour du bassin Méditerranéen ;  mais le motif commercial des Vénitiens est plus pour des parts de marché que pour la conquête. Il n’y a pas d’armée qui suit Marco Polo en Chine.

Avec le XV° siècle, l’homme se trouve à l’étroit dans ce monde connu, on est allé un peu plus loin le long des côtes Africaines, mais jamais droit devant à l’ouest. La terre est plate et on n’ose pas franchir cette ligne d’horizon qui doit cacher un abîme. La remise en question de cette théorie sur la platitude de notre terre, sur le soleil qui tourne ou que nous contournons, va amener des aventuriers à faire le pari que finalement la terre serait ronde et que par conséquent la route des Indes peut aussi passer par la mer. Au bout de cet horizon, il y a ces Indes et leurs richesses. Le voyage va devenir ainsi une découverte et c’est un Génois qui remportera le pari en trouvant ce qu’il croyait être les Indes.

Au XVIII° siècle les mentalités ont changé. Les lumières et l’humanisme amènent un autre concept dans les activités humaines. L’utilité ou la conquête ne sont plus les motifs de voyager. La notion de plaisir, de loisir est toute nouvelle et désormais l’homme va voyager pour son plaisir, pour satisfaire son goût de connaître, de découvrir ou de se détendre.  Les Anglais seront les initiateurs de cette nouvelle mode. Si la révolution a momentanément interrompu ces voyages d’agrément, après la restauration, ils vont reprendre et le tourisme va se développer, d’abord sur les rivages cléments des côtes méditerranéennes et plus tard, avec la facilité des transports, à travers le monde entier.

 

 

 

NICE LE RENDEZ VOUS DE « LA JET SET »

 

 

LES AUBERGES ET LIEUX D’ACCUEIL DU XIV AU XVIII° SIECLES

 

Un décret du XII° siècle donnait certaines facilités aux voyageurs qui venaient à Nice avec des victuailles. Ils étaient exempts de quarantaine et de droit de péage. L’hostellerie Gorbineri accueillera peu après la dédition le Comte rouge Amédée VII Caïs de Pierlas a fait un récapitulatif des hôtels de Nice durant le XV° siècle. On trouve ainsi en 1400 dans la rue Cellaye dite aussi Saleya l’hôtellerie de l’Oie appartenant à Grégoire Urseti. Les niçois avaient l’âme poétique puisque l’on trouve également les hôtels : de l’ange et du martinet. Ce dernier appartenait à la famille Martinetti. Elle tenait auberge dans sa propre maison hors les murs au lieu dit : saint Augustin le vieux. Elle sera anoblit le 14 juin 1447 et achètera aux Grimaldi une partie de Chateauneuf. On trouve aussi l’hôtel de l’épée propriété de Johannes de Spada. On compte au XVII° siècle neuf  ‘oste’ hôtels dont celui du lion qui date de 1427 tenu par Barthélemy Ponzio. En 1676 un napolitain, le duc de Giovennezza partant en mission en Espagne, descend à l’oste della Luna. Les billets de logement des compagnies de soldats, citent parmi ces hôtels auberges : l’oste della testa del Moro de Pierre Loro  et le logis de la croix de Malte qui logèrent en 1697 des équipages, des soldats et des laquais. Les noms sont là aussi pleins d’imagination : Le Paon, Le Chapeau Rouge, La Cloche et La Rose. On trouve aussi les trois Rois d’Antoine Maurandi, probablement nommé en hommage aux visites de Charles Quint, François 1° et sa sainteté le pape. A la veille de la révolution, on dénombre une vingtaine d’hôtels ou d’auberges à Nice. Ce n’est pas Smollett qui viendra le premier à Nice, d’autres Anglais l’on précédé, Lord et Lady Cavendish en 1731 et en 1764 le frère du roi le duc d’York. D’autres aristocrates viendront et Smollett ne fera qu’accélérer ce goût grandissant des Britanniques pour nos rivages ensoleillés.

 

LES TERRASSES LE RENDEZ-VOUS MONDAIN AVANT LE RATTACHEMENT

 

Déjà Rancher en 1826 louait la promenade des Terrasses : « La Terrasse, une des plus belles promenades de Nice, borne le Cours du Midi et s’étends d’est en ouest, depuis les Ponchettes au dessous de la tour Bellanda, jusqu’à la rampe qui conduit au bastion attenant au théâtre. Elle s’élève à la hauteur d’un premier étage, et est extrêmement commode pour s’y promener en hiver, quand le soleil est sur l’horizon, et en été , au moment de son coucher ; ou ce qui est encore plus agréable, au clair de lune, lorsque sa lumière pâle et tremblante fait ressortir la mer, les coteaux et les montagnes, sous des formes plus sombres et plus imposantes. » L’endroit sera également vanté par Emile Negrin il en parle avec le même éloge que Rancher, citant le Cours et bien entendu la Librairie Visconti dont la célébrité à traverser l’Atlantique. C’est en 1839 que Benoît Visconti ouvre une librairie polyglotte qui sera durant un demi siècle le rendez vous intellectuel de la vie niçoise. Il y a des salons de lecture et une bibliothèque circulante qui bien vite est une des plus réputées d’Europe. Des salons permettent aux hivernants de venir y jouer aux échecs ou au whist. Des salles servaient pour les expositions et la musique. La presse n’était pas négligée et plus de cent titres français et étrangers étaient proposés chaque jours. La bibliothèque circulante offrait plus de trente mille ouvrages tant en français, qu’en anglais, allemands ou encore italiens. Parmi la clientèle il y avait des artistes et des intellectuels, des musiciens comme Paganini ou Gounod. Les têtes couronnées se rendaient chez Visconti. Un jardin enrichie d’essence exotique achevait l’attrait et le charme de cet établissement qui plaisait tant à Marie Bashkirtseff. Benoît Visconti allait ériger des tribunes pour le Carnaval qui alors se déroulait sur le Cours. En 1895, le Cours perd son rang d’axe mondain et Carnaval n’y passe plus. Le nouveau rendez vous select à Nice se situe sur le quai et la place Masséna. La librairie change plusieurs fois de mains et d’endroit. Elle ne survit pas aux changements et à la concurrence, elle ferme définitivement en février 1936. 

La grande époque du Cours, c’est surtout le milieu du XIX° siècle. Antoine Trachel, ami de Rancher va illustrer d’aquarelles les œuvres du poète niçois. La Némaïda o sia lou trionf dai Sacrestan va ainsi être agrémentée par cet artiste Niçois. Le Cours est l’aboutissement de projets qui dès le XVII° siècle avec un édit royal du 1° mai 1667 prévoyait des constructions au lieu dit la Marine. La destruction de la citadelle de Nice par Louis XIV en 1705-1706, permettra au XVIII° siècle la construction des Terrasses au lieu et place des remparts, ce qui n’aurait probablement pas été possible avec les fortifications. Le projet de port à l’anse Saint Lambert, sera abandonné au profit du bassin marécageux de Lympia. Si les Terrasses bénéficièrent du démantèlement de la citadelle, l’aménagement de la Promenade et le nouvel axe menant à la gare vont entraîner leur lente décadence. Aujourd’hui ces Terrasses sont encombrées par les cheminées d’évacuation et de climatisation des restaurants.

 

                           DES EMPEREURS, DES ROIS ET DES PRINCES

 

A la fin du XIX°, Nice et sa promenade, sont le rendez vous des têtes couronnées. Le roi Léopold II se plaisait à raconter qu’en l’espace de quelques heures, il avait croisé deux impératrices, des reines et des rois. Tout cela attire les journalistes et les chroniqueurs. On comptera à Nice 21 journaux et périodiques à la veille de 1914. A la même période on compte  132 hôtels, soit 13334 lits. La ville comptait 80 000 habitants, son nombre doublait durant la saison qui s’étalait de décembre à mai. Nice devient l’antichambre des cours d’Europe : les Russes, les Anglais, les Allemands, les Autrichiens, les Belges et d’autres, toutes ces têtes couronnées, cousins entre eux par le protocole et le sang, se retrouvent à Nice. Non, ils ne peuvent pas se faire la guerre, Guillaume II et Nicolas II s’échangent des amabilités, Georges V est leur parent, le même sang coule dans leurs veines et pourtant ils vont s’affronter dans un conflit qui anéantira leurs dynasties, leurs empires et ensanglantera l’Europe dans une guerre dont elle ne se relèvera jamais, abandonnant son leadership.

 

                                 POURQUOI LES BRITANNIQUES Á NICE ?

 

Le roi de Piémont Sardaigne souhaitant développer une flotte de guerre dans ses États, va confier cette dernière à des officiers Anglais.  En 1744 le major Paterson en prend le commandement à Villefranche. La flotte est pour l’instant modeste, deux frégates. Le roi envisage d’en acheter d’autres, portant la flotte savoyarde à cinq navires de ligne. Pour commander ces navires et en tirer le meilleur usage, il lui faut des marins expérimentés et les équipages seront donc anglais. Nice ainsi se retrouve avec de nombreux sujets du roi d’Angleterre. La destination de Nice est donc toute naturelle pour eux.  Après 1763 et jusqu’à l’invasion du Comté par les français en 1792, on voit les britanniques venir à Nice. Outre les vertus curatives de son climat, Nice se trouve sur la route du grand tour.  La mode est en effet le voyage en Italie et la découverte des richesses de l’antiquité.  L’éducation des élites passait par les humanités Grecques et Latines. La lecture des auteurs ne suffit pas, il faut aller aux sources. Gènes, Florence, Rome et Naples sont les buts de ces voyageurs qui arrivent de France, ayant passé par la Provence et après la frontière du Var, se retrouvent dans le Comté de Nice possession du roi de Piémont Sardaigne. Là la route se termine et c’est à Villefranche qu’ils embarqueront pour poursuivre jusqu’à Gènes.  Ces riches voyageurs ont tout loisir de saisir les beautés des paysages et d’y revenir. Après 1750, la gentry vient à Nice, c’est alors très tendance, très mode de passer l’hiver sur cette riviera niçoise. Smollett  et son ouvrage font connaître le pays niçois et son climat dans cette Albion noyée dans les brumes et les frimas. Il est probablement le premier à prendre des bains de mer et a en vanter les vertus curatives. Albanis Beaumont, ingénieur géographe et précepteur des enfants du Duc de Gloucester fera à son tour la promotion de ce paradis avec ses gravures et aquarelles

En 1784 la colonie britannique est suffisamment importante pour que le gouverneur Thaon de saint André envoie à Turin une note et la liste de ces hivernants. Les Anglais résident à la croix de marbre où Lady  Pénélope Rivers aide ses compatriotes à s’installer.  Elle édifiera une villa au pied de la colline des Baumettes qui deviendra bien vite le rendez vous mondain de ces résidents. Les Anglais vivent en vase clos et s’installent entre la rive droite du Paillon et le vallon de Magnan, soit sur cette bande de terre en retrait de la mer où au XIX° siècle l’un d’entre eux tracera la Promenade. Cette période marque le début de ce goût pour les voyages exotiques. Si les navigateurs relatent les charmes de l’Océanie et des horizons lointains, Smollett propose à ses contemporains un autre paradis et bien plus proche, bien plus accessible, même si le voyage est encore une longue expédition. La diligence traverse la France et on a le choix où de la route maritime en cabotant depuis Marseille jusqu’à Gènes ou de poursuivre à travers la Provence jusqu’à la frontière du Var. Dans les deux cas, le voyageur se retrouvera à Nice.

 

    LES ANGLAIS Á L’ORIGINE DE LA MODERNITÉ

 

Les Niçois avec leur esprit pratique nommaient Anglais tous les étrangers qui venaient dans le Comté. En 1851 Alexandre Dumas descendu à l’hôtel d’York, demande à l’hôtelier l’origine de sa clientèle. « Ce sont des Anglais, mais je ne saurais dire s’ils sont Français, Anglais ou Allemands. » Nice est après la restauration et surtout peu avant 1860, cosmopolite. On y trouve des Russes, des Autrichiens, des Prussiens, des Anglais et des Français. En 1815 le voyage dure onze jours depuis Paris avec plus de 120 relais de poste. Avec le train une journée suffira. Ces riches sujets de sa majesté Britanniques s’installent à la croix de marbre. Ils ne veulent pas se mélanger aux autochtones. En 1822, afin d’éviter le vieux Nice, seul le pont vieux franchissait le Paillon, ils vont faire tracer un chemin, celui qui deviendra la Promenade, permettant de rejoindre les Terrasses du Cours Saleya. Les révérends anglicans Lewis Way et Edward Whiby organisent une quête et le chemin est tracé entre la rue Meyerbeer et l’embouchure du Paillon. Les écrivains et les peintres décrivent cet Eden enchanteur, ce qui incite d’autres Anglais à venir à Nice. Ce sont pour la plupart des aristocrates et aisés, ils construisent des villas et des hôtels particuliers. Certains démontrent un certain excentrisme et le château de l’Anglais en est un parfait exemple. Le canon qui marque à Nice Midi est lui aussi l’œuvre d’un Anglais. La légende nous explique : que pour appeler sa femme, toujours en retard, Sir Coventry fit tirer le canon à midi. La vérité est autre et c’est à son honneur : Les classes populaires se plaignaient de ne pouvoir voir les horloges de la caserne Rusca et de la tour saint François, aussi en 1862 il offre un canon de marine, afin de marquer l’heure de midi depuis la colline du château.

L’Angleterre avec la reine Victoria (1837-1901) va connaître des bouleversements qui propulseront la Grande Bretagne et son empire au premier rang mondial en temps que puissance économique ainsi que dans le domaine du progrès. Les dernières inventions améliorent la vie quotidienne. Les transports avec le chemin de fer, les communications avec le télégraphe et le téléphone, l’électricité, tout cela les Anglais l’exportent avec eux.

Les commerçants niçois voient de nouvelles débouchées avec les produits anglais et les attentes des hivernants. Ils s’organisent afin de répondre aux attentes de cette clientèle. Il faut fournir du papier, des peintures, puis ce sont les bibliothèques pour ces  érudits et amateurs de beaux livres. Beaulieu bénéficiera du télégraphe, car James Gordon Bennet directeur de l’International Herald Tribune, veut être au courant de tout. Ainsi entre 1820 et 1860, Nice va se doter de nombreux commerce jadis inexistants. Ce qui va contribuer aux mutations économiques et à l’essor sans précédent de notre cité.

L’hygiène est l’autre bénéfice que ces hivernants importent sur la riviera. Le tout à l’égout est peu à peu imposé comme norme. L’eau potable, le chauffage, le gaz, les WC, font parties des exigences de la gentry. Le premier ascenseur en 1896 à Nice se trouve au grand hôtel de Cimiez où descend la reine Victoria. Les hôtels doivent s’adapter et installer des salles de bain pour leur clientèle. On peut affirmer que les Britanniques s’ils ont contribué à la naissance du tourisme, ils ont surtout importé sur nos rivages la modernité et l’hygiène de vie qui existaient sur leur île aux hivers embrumés.

On l’a vu, pour la gentry, cette aristocratie  Anglaise, il est dès le milieu du XVIII° siècle une tradition : s’embarquer à Douvres pour ce grand tour qui mènera cette jeunesse sur les traces de la civilisation, en Italie. La route passe par la France, des fois par l’Allemagne, mais Rome et Naples sont toujours le but de ce long voyage, ce qui explique des séjours longs. Nice, que ce soit par la terre ou la mer est une étapes obligée avant la Ligurie, Gènes et la Toscane ou Etrurie pour finalement arriver à Rome.

Le roi de Piémont Sardaigne est traditionnellement un allié et un ami de l’Angleterre. Le port franc attire ces Britanniques qui en bénéficient. Les premiers Anglais vont s’installer vers l’église saint François de Paule, puis vers l’emplacement du lycée Masséna pour enfin opter pour le quartier de la Buffa. Là ils vont y former une colonie nombreuse, laquelle justifiera l’édification au XIX° siècle de l’église anglicane et de son cimetière caractéristique.  Ce dernier sera hélas bien souvent l’ultime étape de ces poitrinaires qui dépensaient leurs derniers souffles dans un épuisant voyage.

Avec le rattachement de 1860, le progrès et le développement des infrastructures réduisent le temps du voyage et à mesure que le chemin de fer avance, c’est aussi le tourisme qui découvre de nouveaux horizons  Edouard VII contribua énormément au succès de la Riviera, c’est d’ailleur lui qui incita Victoria à venir à Nice. Le prince de Galles passait son temps entre Paris, Biarritz et la Riviera.

Les Anglais depuis 1715 avaient une prédilection pour la botanique et les espèces de la flore exotique. Ces riches oisifs plantèrent ces plantes inconnues sur la riviera. Le climat clément leur facilitait la tâche et l’on doit ainsi aux Anglais de nombreux jardins qui font aujourd’hui le bonheur des amateurs entre la frontière italienne et Toulon.

Smollett et son impossible caractère ont créé la Riviera, le rattachement de 1860 en a fait le rendez vous de l’aristocratie et ce qui semblait inaccessible à certaines classes de la société, ne fut plus un rêve après la seconde guerre mondiale et Nice devenue entre temps la côte d’azur en 1887, est toujours le rendez vous des amoureux de la lumière transparente et d’un soleil généreux. Tout cela on le doit : aux Anglais. 

MENTON, LA CALME CITÉ DES CITRONS

 

Selon une légende, Adam et Eve chassés du paradis se retrouvèrent à Menton. Eve eut une vision, prophétisant, elle dit : « C’est ici que viendront les amants ; c’est là que fleurira la bonté, l’espérance, la tendresse et la Foi. » Elle jeta alors le fruit  ajoutant : « Crois et foisonne, ô fruit de nos délices, fruit doré du bonheur vivant ! Crois et multiplie-toi, ô fruit du ciel dans ce jardin digne de l’autre paradis. » Le fruit était un citron et depuis il est devenu le symbole de Menton, la ville jardin.

 

     MENTON LE TERMINUS DU BOUT DU MONDE

 

Le terme hivernant n’apparaît dans le petit Larousse que dans sa 1° édition du XX° siècle. Pourtant dès le XVIII° avec les Anglais dont Smolett 1763-1765, la mode de venir dans le midi se développe. Le Comte Moszynski qui passa l’hiver 1784-1785 à Marseille compare ces Anglais aux hirondelles qui émigrent à la recherche de climat plus cléments. Cette engouement débute après le traité de Paris en 1763 et ces riches anglais choisissent d’abord deux cités : Hyères en France et Nice qui est alors le port du royaume de Piémont Sardaigne.

Après 1860 et l’arrivée du chemin de fer qui ouvre la route d’Italie, deux autres villes voient le tourisme y venir. Ce sont San Remo en Italie et Menton qui après avoir appartenue à la Principauté de Monaco, suit le destin de Nice en choisissant la France.

C’est Elisée Reclus qui donne à Menton une première impulsion en en faisant une station d’hiver médicale. Avant malgré que la cité fût reliée à Nice par la grande corniche, œuvre de Du Bouchage, Menton était un cul de sac. Un médecin anglais, le docteur Bennett choisi la cité des citrons pour se soigner. Il guérira et durant vingt ans de 1859 à 1879 y reviendra. « Le climat meilleur qu’à Menton, je ne l’ai pas encore trouvé. » En 1859 Menton n’a que trois petits hôtels et moins de dix villas à louer. Rien n’attire l’hivernant, cette ville c’est le grand calme et des artistes vont en souligner le caractère. Une quinzaine d’années auparavant, ce calme avait séduit Turner.

Menton bénéficie d’un micro climat tonique et sédatif. La ville d’ailleurs n’est fréquentée qu’en hiver et jusqu’à la première guerre mondiale, il n’y aura pas de saison d’été. Menton voit arriver les poitrinaires, les rhumatisants, les lymphatiques et les goitreux. Les guides sont unanimes pour ses vertus curatives. Par contre le climat ne convient pas aux nerveux

Le train arrive en 1869 à Menton. Les auteurs se disputent sur son rôle dans le développement de la cité. Le chemin de fer avait ses détracteurs, on lui reprochait de perturber le calme, de polluer et de nuire aux malades phtisiques avec les fumées. Dès 1862 on compte trois cents familles qui séjournent à Menton, trois fois plus en quelques années. La saison s’achève plus tard qu’à Nice, se poursuivant jusqu’en juin.

Menton ne reçoit pas l’aristocratie comme Nice, la reine Victoria vint en 1882-1883 dans la propriété Hanbury qui se trouve de l’autre côté de la frontière. Les têtes couronnées, les princes régnants ou autres, passèrent à Menton, sans y séjourner. Son nom était lié à ses vertus contre la tuberculose. Le 25 mars 1892 sur l’initiative des familles russes, est ouvert sur la route de Gorbio un sanatorium qui s’avérera trop petit et sera agrandi. Il servira durant la guerre Russo- Japonaise de 1905 pour les militaires russes tuberculeux.

A la veille de 1914 Menton a acquis une réputation internationale, on y voit même des américains. Des trois hôtels de 1859,  on en dénombre 17, 10 pensions et 90 villas à louer.

 

                                      MENTON CRÉATION DU TOURISME

 

 « Menton perle de la France » écrivait Elisée Reclus, par cette courte phrase, il résume parfaitement la cité des citrons. Menton entre la mer et la montagne va devenir d’un bourg de 3500 âmes en 1802, une ville de 25 000 habitants. Au milieu du XIX° siècle la cité n’est qu’une petite ville de moins de cinq mille âmes. Elle est pauvre et ne vit que de l’arboriculture sous le joug du Prince de Monaco.

Avec l’arrivée du train en 1869, c’est le développement de cette nouvelle industrie : les hivernants. En fait çà a commencé quatorze ans avant. Menton devient un centre de cure pour les malades, Britanniques pour la plupart, on y trouve aussi des Allemands, des Français et des Russes. Le docteur Abel Rendu recense 52 familles en 1859. En 1866, donc avant l’arrivée du chemin de fer, on en dénombre 550. L’Impératrice Eugénie et la Reine Victoria auront le coup de foudre pour Menton et le cap Martin.

Le docteur César Provençal attribue au climat de Menton des effets bénéfiques pour la phtisie et d’autres maladies chroniques. Un Anglais, le docteur Henri Bennet fait la publicité de la rivièra dans son ouvrage : « Menton and the riviera as the winter climate » Outre le chemin de fer, c’est deux voies qui mènent à Menton et en Italie en 1880. Á l’aube du XX° siècle le tramway relie Monaco à Menton. En 1912 la route arrive à Sospel par Castillon. En 1865 le parc hôtelier est de huit hôtels et quatre pensions. Après la chute du second empire ils sont une trentaine et à la veille de la première guerre mondiale c’est 62 hôtels et pensions de famille qui sont offerts à la clientèle. On citera parmi les plus importants : le Cosmopolitan avec 220 pièces ou encore l’hôtel des anglais et ses 120 chambres.

La saison commençait en octobre et s’achevait vers le 15 mai. Le séjour moyen est très long (6mois) 80% sont sujets de sa majesté britannique. Avec la guerre on ne voit plus : ni les Russes, ni les Allemands. La colonie Russe fut pourtant nombreuse, justifiant l’édification d’une église orthodoxe en 1882 à Carnoles ainsi qu’un sanatorium.

L’importance de la colonie britannique se traduit par les noms des hôtels, leur aménagement intérieur, la présence d’un jardin et d’un court de tennis. Les salles de bains sont répandues et utilisées. Le style de vie se rythme à l’anglaise avec l’immanquable « tea time ». Des régates sont ainsi que des courses d’autos, viennent distraire ses sportsmen. Les hôteliers sont les premiers à organiser des batailles de fleurs. Les hivernants de Menton sont en général moins riches que ceux de Cannes ou Monte-Carlo.  Ce n’est pas que le snobisme qui amène ces Anglais à venir hiverner sur la riviera. Il y a en résidant six mois à l’étranger, la possibilité d’échapper à l’income-tax et d’autres impôts.

La saison d’hiver est une période de plein emploi. Les conditions de travail sont pénibles avec des journées de 14 à 15 heures, pas de congé et seulement un peu de temps libre l’après midi. Le salaire est un fixe (environ 40 francs par mois pour un valet de chambre) L’essentiel de leur revenu est fait des pourboires  versés par les clients chaque semaine ou mois. Chacun a ainsi son client attitré. Il y a des disparités entre les postes élevés (maître d’hôtel) et les plus subalternes (commis). L’été cette main d’œuvre rejoint les villes d’eaux ou les stations de villégiatures. C’est d’ailleurs souvent le même patron qui détient les deux établissements, voire d’autres. Le propriétaire du Cecil et des Ambassadeurs en possède deux autres : un à Pau et un à Luchon

 

 

 

LES ARTISTES ET LA RIVIERA

 

SMOLLETT L’INVENTEUR DE LA SAISON D’HIVER  

          

Smollett, un nom de rue que l’on aperçoit depuis le tramway en remontant ou descendant la rue de la république. Pour les niçois il est celui qui vanta la douceur du climat de Nice chez ses compatriotes. Pour les littéraires, c’est aussi un célèbre écrivain anglais du XVIII° siècle. S’il est peu connu en France, il bénéficia d’une certaine notoriété Outre Manche. Son œuvre est très variée : théâtre, satire, critiques, histoire et romans. C’est de 1763 à 1765 que Smollett séjourna en France et pour la majeure partie à Nice Il va, sous forme de lettres raconter son voyage et son séjour à Nice, lesquelles sont regroupées dans un ouvrage : « Voyage à travers la France et l’Italie. ». Tobias Smollett est écossais, il nait en 1721. Bien que de formation scientifique, c’est un médecin, il écrit et tente sa chance dans le monde des lettres, sans y réussir, il part pour les Indes comme médecin à bard d’un navire. Quand il revient au bout de trois ans, il exerce à Londres et se consacre surtout à dépeindre le caractère de ses contemporains. Un roman d’aventures : Roderick Randon, est un succès. Il fait également des traductions et des critiques historiques. Il va tenter sa chance en politique et sera condamné pour certains propos envers les puissants du moment. C’est alors que malade, il vient chercher à Nice la quiétude et la santé. Smollett est une sorte d’insatisfait, un grincheux et on le voit tout critiquer. De Londres à Douvres ce ne sont que des routes mal entretenues, les auberges des bouges et les aubergistes des fripons, gredins et voleurs. Quand il arrive à Nice, s’il est charmé par la beauté du paysage et la douceur du climat, il n’est guère aimable avec la population. D’ailleurs tout au long de son voyage il aura des démêlées avec les aubergistes comme à Brignoles où il se chamaille avec l’hôtesse à propos d’un gigot ou encore au Muy où il conteste l’addition. A Nice Smollett après avoir passé le gué du Var  loge dans le seul hôtel qui se trouve alors à la porte du rempart. Après avoir été reçu par le consul anglais sur le cours (Saleya), il loue une maison pour 400 francs pour l’année. Tobias est toujours aussi pénible et il se plaint des domestiques paresseux, négligeant et voleurs. Smollett critique tout : noblesse, clergé, peuple. Pour ce qui est des arts : « Les arts et les sciences sont ici inexistants, ni édifices, ni sculptures, ni peintures, rien qui mérite d’être vu….On est étonné qu’un peuple vivant entre deux nations civilisées, soit dépourvu à ce point de goût… » Smollett continu ainsi son tableau peu engageant sur Nice et ses habitants. C’est la nature, les paysages qui l’émerveillent, la pureté du ciel, l’air embaumé par les arbres fruitiers et les fleurs qui déjà sont appréciées à Paris, Londres ou Turin. En fait Smollett n’aimait pas les hommes. Que ce soit les Anglais, Les Français, les Provençaux ou les Niçois, tous étaient décris avec des défauts. Cet écossais par contre adorait la nature et par ses descriptions pleines de couleurs, il va persuader les riches Anglais d’émigrer vers les rivages cléments de la Méditerranée et vers ce paradis d’éternel printemps qui n e s’appelait pas encore côte d’azur. Smollett est en cela le premier hivernant et donc l’inventeur de la saison d’hiver.

 

                                                             LA COTE D’AZUR

 

C’est Stephen Liégeard qui en 1887 avec son livre : « La côte d’Azur » va donner ce nom à ce que l’on nommait avant la Riviera. Avec l’arrivée du train, ce fameux PLM en 1865, l’essor touristique était déjà assuré. Plusieurs auteurs, peintres, écrivains, médecins et voyageur depuis Smollet avaient à leur façon développés cette nouvelle activité nommée le tourisme. L’attrait pour l’orientalisme des intellectuels, Montesquieu dès le XVIII° siècle et la présence de nombreux sujets britanniques, explique le caractère de type oriental de l’architecture des villas et demeures. A Nice le château de l’Anglais en est un exemple type. Nous sommes à la fin du XIX° siècle et l’art mauresque séduit.

« A Nice une promenade qu’on appelle la Terrasse, et qui n’a peut-être pas son pareil au monde, où se presse une population de femmes pâles et frêles qui n’auraient pas la force de vivre ailleurs, et qui viennent chaque hiver mourir à Nice…. » Ainsi s’exprime Alexandre Dumas en 1840, expliquant l’engouement croissant de ces aristocrates venant de Paris, Londres ou Vienne. C’est Menton qui finalement deviendra la ville de cure pour ces phtisiques. Les maladies pulmonaires, le fléau du XIX° siècle vont ainsi contribuer à l’essor des trois grandes villes de la Riviera : Cannes, Nice et plus tard Menton. La saison commence en octobre et se termine en mai. C’est surtout de janvier à fin avril que l’on trouve le plus d’hivernants. Il n’y a pas que les phtisiques et tuberculeux qui viennent se soigner. A Nice on délimite alors trois zones : le bord de mer avec un air marin et tonique, les vallons avec un air vif et sédatif idéal pour l’asthme, les maladies nerveuses et l’angine de poitrine et enfin les collines qui conviennent aux vieillards.

Les peintres vont à leur tour véhiculer la côte d’azur à travers leurs œuvres. Monnet, Renoir, Signac. Le Fauvisme avec son explosion de couleur dont Matisse à  Saint Tropez en 1904, contribue à la célébrité de cette côte d’azur qui va devenir surtout après la 1° guerre mondiale un lieu de villégiature. C’est alors qu’apparaissent les estivants notamment à Juan les Pins.

 

                               LE DÉJEUNER D’ALPHONSE KARR Á NICE

 

Alphonse Karr organisa dans sa propriété du quartier saint Etienne, un déjeuner où se réunirent à son invitation des hommes de lettres, des aristocrates et son ami Alexandre Dumas. Cette partie de campagne organisée le 15 mai 1860, eut un très large écho dans la presse. Théodore de Banville s’en inspira dans les deux derniers chapitres de son poème : « La Mer de Nice ».

Alexandre Dumas père obéissait à la mode du grand tour classique. Ayant acquis une goélette en avril 1860, il entame son périple au départ de Marseille le 9 mai. Tant bien que mal il arrive à Nice le 14 mai au soir. Il y retrouvera son ami Alphonse Karr. Ce dernier tient à Nice une boutique de fleurs coupées dans le bâtiment où se trouve l’hôtel de Grande Bretagne et la librairie étrangère. Cet hôtel se trouve sur le quai des Palmiers, aujourd’hui avenue de Verdun.

Alphonse Karr s’était installé à Nice en décembre 1853 d’abord dans une annexe de la villa Bermond où résidaient des membres de la famille impériale russe. Sa plume ne suffit pas pour le faire vivre, aussi il acquière une ferme au quartier saint Etienne où il va s’adonner à la culture des fleurs qu’il vendra dans son magasin. Cette activité devient une vraie industrie, il loue d’autres propriétés où il plante de rosiers, des violettes et des arbres fruitiers. Il créera même une variété de poire qui portera son nom et ses fraises seront très appréciées des gourmets. Dans son commerce, il propose outre ses produits, la presse avec une soixantaine de titres, ainsi que sa revue satyrique « Les Guêpes » Elle devient le rendez vous des hivernants et des gens de qualités. Sa boutique devient une sorte de salon où l’on devise de l’actualité et des derniers potins littéraires.

Après l’arrivée du chemin de fer, cette campagne qui l’avait séduit par son calme s’urbanise. Alphonse Karr endetté, exproprié d’une partie de ses terrains agricoles par le développement de l’urbanisation, quitte Nice pour saint Raphaël en 1867. Il fera, comme à sainte Adresse des années plus tôt, d’un anonyme village de pêcheurs une station balnéaire. Il y meurt en 1890 âgé de 82 ans.

Un autre écrivain moins connu, va faire l’éloge de Nice. César Lecat (1810-1865) dans deux ouvrages : Nice et ses souvenirs en 1853 et l’année suivante : Les soirées d’hiver à Nice. Hector Berlioz (1803-1869) séjourna trois fois à Nice : 1831 où il composa l’ouverture du roi Lear, 1844 qui le vit créer le Corsaire, à l’origine appelé : La Tour de Nice et le dernier voyage en 1868 un an avant sa mort. On n’oubliera pas Nietzsche qui vécut à Nice et composa sur le sentier muletier d’Eze village une partie d’Ainsi parlait Zarathoustra.

 

 

 

 

 

 

 

                                   

                                  1860 SCELLE LE DESTIN DE LA RIVIERA

 

NICE Á LA VEILLE DE 1860

 

Le Comté de Nice revient sous la souveraineté des rois de Piémont Sardaigne en 1814-1815. Ces derniers vont améliorer les infrastructures. La route de la Vésubie est tracée en 1844 ; Six ans plus tard, l’ingénieur Fricero propose un projet de route dans la vallée du Var. En mai 1850 on étudie le percement du tunnel de Tende. Le royaume de Piémont Sardaigne veut faciliter l’accès vers Vintimille depuis que la Ligurie fait partie de ses États. Nice d’ailleurs n’est plus l’axe principal de la politique du roi, c’est celui de Turin Gènes qui est prioritaire. Le port de la Superbe est plus facile d’accès, plus grand et les Savoie se désintéressent peu à peu de Nice. La ville est militairement déclassé, de division, elle n’est plus que sous division en juin 1851. Le 24 juin 1852 l’Avenir de Nice évoquait Avidgor et la théorie des frontières naturelles de la France. On y voit un attrait prononcé des Niçois pour cet empire de Napoléon III. Nice ne ressent qu’injustice et dédain venant de l’autre côté des Alpes.

Le consiglio d’Ornato en 1832 réglemente l’essor urbanistique et les projets immobiliers. La municipalité embellie et modernise la cité : jardin public, canalisation d’eau potable, pavage et éclairage des rues, pose du télégraphe, construction de l’hôpital public, reboisement de la colline du château. Les éléments : crue du Paillon, tornade anéantirent certains ouvrages dont le reboisement. La ville se rénovait afin de séduire ces hivernants et de développer le tourisme. La population augmente régulière ment : de 23 321 habitant en 1815, on arrive à 36 804 en 1848 et 44 091 dix ans plus tard. Malgré deux épidémies de cholera, la population a doublée durant cette période.

 

ANNEXION DE MENTON Á LA France

 

Déjà en 1793 la population de Menton avait choisi la France. Alors intégrée dans la Principauté, Menton tout comme Monaco furent regroupées dans ce nouveau département des Alpes Maritimes qui du Var, allait jusqu’à San Remo. Après 1814, le prince retrouve ses Etats, mais Menton et Roquebrune se détacheront de la tutelle princière en 1848, devenue ville libre (Roquebrune est alors un quartier de Menton) elle se place sous la protection du roi de Piémont Sardaigne. En 1860, après le plébiscite et  l’accord franco-monégasque du 2 février 1861, Menton devient française. Le syndic de la ville était alors : le chevalier Charles de Monléon. Le oui l’emporta par une large majorité : sur 910 inscrits, 695 votants on dénombrait : 639 oui, 54 non et 2 nuls. Á Roquebrune c’est 194 oui, soit 100% pour la France. Charles III recevait comme indemnisation pour la perte de Menton et Roquebrune : 4 millions de francs de Napoléon III. Ce prince allait maintenant se consacrer au développement touristique de sa Principauté en créant Monte Carlo. Menton et Roquebrune, elles aussi vont se transformer avec cette nouvelle activité économique : le tourisme.

 

 NICE A L’AUBE DU XX° SIECLE

 

Nice est le rendez vous des têtes couronnées, la chute de l’empire n’y change rien, la riviera est une sorte d’enclave où les rois, les princes se retrouvent entre eux durant cette saison d’hiver qui commence à l’automne et se termine en avril. Ces classes aristocratiques et d’affaires profitent d’un rythme de vie calme, du farniente et des plaisirs toujours plus nombreux qui leurs sont offerts. Les banques parisiennes s’installent sur cette avenue de la gare devenue l’artère commerciale principale de Nice. Elles sont là pour répondre aux attentes de ces riches rentiers, industriels, hommes d’affaires. Les capitaux doivent circuler rapidement avec le jeu boursier. A cela s’ajoutent des établissements de crédits, de recouvrements de créances et d’assurances. La présence de notables étrangers amène l’ouverture de consulats, on en compte plus de trente à Nice, dont : l’Angleterre, l’Allemagne, l’Autriche Hongrie, la Russie, la Belgique et les Etats Unis.

L’hôtellerie va aussi connaître un fort développement. On citera entre autres : l’hôtel des Anglais, le cercle de la Méditerranée, le Winter Palace, le grand hôtel des Palmiers, le riviera Palace,  le Regina Palace, l’hôtel Austria à l’ambiance viennoise.

Le shopping ne date pas d’aujourd’hui et cette clientèle exigeante et huppée choisie ses toilettes chez Sert Migno, les corsets chez Azam, deux boutiques de l’avenue Masséna. Pour les chapeaux c’est avenue de la gare chez Bauduc. Le bijoutier le plus couru est Morgan quai Masséna. Les parfums se trouvent à la pharmacie parfumerie Rebec à l’angle des avenues de la gare et de la paix (aujourd’hui Jean Médecin et Clemenceau). Les plus gourmands, amateurs de pâtisserie se rendaient soit chez Rumpelmayer boulevard Victor Hugo, soit chez Féa sous les arcades de la place Masséna à l’angle du boulevard Félix Faure. Le London House au jardin public est le restaurant chic dont les habitués sont : le Prince de Galles et les grands Ducs Russes. Afin de divertir ces hivernants : théâtres, Opéra, ballets, concerts, expositions, conférences ou manifestations sportives. Le magazine la Vie Mondaine  informe sur tous les évènements qui se déroulent.  Le Courrier des Etrangers permet de connaître la liste des personnalités présentes sur la riviera. Nice en matière de spectacle occupe la deuxième place après Paris. Les 130 cafés dont le plus célèbre est le café Monnot place Masséna,  qui propose des spectacles, sont là pour distraire la clientèle, certains comme celui du Casino Municipal ou le grand café du Globe boulevard Mac Mahon s’animent jour et nuit.

On comprend que Nice en ce début du XX° siècle fut surnommée ‘ Le Petit Paris d’hiver’.

 

 L’EGLISE ET LES HIVERNANTS

 

Avec le rattachement à la France de Nice, la nouvelle gare, le percement de l’avenue du Prince Impérial (ensuite de la gare, de la victoire puis Jean Médecin), on assiste au développement du quartier Longchamp où jadis il n’y avait que des cressonnières. Les riches hivernants choisissent ces lieux où sont construites des demeures bourgeoises.  Ces hivernants catholiques, protestants, orthodoxes vont faire ériger sur la rive droite du Paillon des lieux de cultes pour y pratiquer leur religion. Les Russes seront les premiers en 1859, suivis des Anglicans en 1863 à la Buffa. Les catholiques devaient traverser la vieille ville insalubre pour se rendre à la cathédrale où les offices étaient bien pauvres, ne correspondants pas aux messes fastueuses de Paris. Il y avait bien deux églises, l’hospice de la Charité et saint Pierre d’Arène mais toutes deux trop exigus, elles ne pouvaient répondre à la demande des paroissiens. Cette clientèle hivernale, demanda l’édification d’une église dans ce quartier Longchamp. Le maire Malaussena ne voulut pas en financer les travaux. C’est en 1862 que l’évêque Sola fait venir à Nice un prêtre français,  le père Lavigne, Jésuite et habile prêcheur. Ce dernier va organiser une souscription auprès de la colonie étrangère, en majorité des Français. La réponse va dépasser ses espoirs et dès 1863 les plans sont tracés. Ils répondent au goût du néo-gothique de l’époque et s’inspirent de Saint Serge d’Angers. L’édifice est ouvert au culte en 1868. La guerre Franco prussienne va retarder son achèvement. Le père Lavigne meurt en 1874 et après bien des péripéties, l’église est terminée en 1879. L’église Notre Dame a un aspect d’inachevé, il y manque les flèches qui devaient orner la façade. Elle sera néanmoins le pôle d’attraction de la ville nouvelle et le moteur de son essor.  Saint Pierre d’Arène au quartier de la Buffa connaîtra des agrandissements  en 1846, 1876 et une reconstruction en 1912.  Elle sera bénite en 1925. En 1932 on détruit ce qui restait de l’ancienne église afin d’ériger le porche de la rue de France. C’est à la veille de la seconde guerre mondiale que Saint Pierre d’Arène est achevée, bien qu’il y manque le clocher. L’hospice de la charité va disparaître avec Nice Etoile.

La colonie Russe, devant son importance, va, elle aussi édifier des lieux de culte. En Italie il y aura une église à San Remo et sur la riviera : il y aura les églises de Nice rue Longchamp (1858-1860) et Saint Nicolas (1912), à Cannes l’église de l’archange saint Michel (1897) à Menton une église dédiée à  la très sainte mère de Dieu et à Saint Nicolas le Thaumaturge (1908). Pour les cimetières, la colonie Russe aura à Nice et Menton ses propres carrés. Pour Nice c’est à Caucade alors que la cité des citrons lui a réservée deux emplacements, l’un au Trabuquet où l’on retrouve des défunts dès 1874 et un second au nouveau cimetière de Menton.

 

     LES VERTUS THÈRAPEUTHIQUES

 

 

REVUE DE NICE 1° JANVIER 1863

 

Les climats du midi de la France par le docteur Prosper de Piétra Santa. Le 4 novembre 1862 un rapport de l’académie de médecine traitait des communes ayant des influences sur les maladies chroniques de la poitrine. Pau, Hyères, Cannes, Nice et Menton y étaient citées. Le rapport étudiait leurs influences sur la phtisie pulmonaire. L’étendue des études était ambitieuse, puisqu’elle portait sur la météorologie, la flore, la faune, l’observation des pathologies, de la physiologie, les statistiques sur les naissances, les décès, l’espérance de vie.  Il avait fallut un an à ce docteur pour réaliser son étude. Les conclusions de cette étude demandée par le gouvernement impérial relève l’avantage d’un climat clément et d’un soleil généreux.

 

LES VERTUS THÉRAPEUTHIQUES DE LA RIVIÈRA

 

Le chevalier Macario qui enseignait la médecine à la faculté de Paris, était médecin à l’établissement hydrothérapique Servin à Lyon, praticien à Nice durant la saison d’hiver et fut également député au parlement Sarde, écrivit un  petit livret paru en 1860. Dans celui-ci il loue les bienfaits du climat de Nice et de la rivièra. Il souligne les bienfaits, reconnus depuis l’antiquité, de ce climat maritime, pour les maladies pulmonaires. Son livret explique les vertus de la Méditerranée qui sont bien différentes de celles de l’océan, la Manche ou la Baltique. Ici en plus de l’air marin, il y a un climat, celui d’un éternel printemps avec des moyennes de températures clémentes, rarement négatives. En été la chaleur n’est pas excessive. Il base son analyse sur des relevés faits entre 1806 et 1841 et il décrit ainsi ce caractère d’éternel printemps.

L’air marin chargé d’embruns est respiré par les patients et améliore leurs états. Les bains des quatre saisons verront des salles de respiration à l’eau de mer pulvérisée à Nice au jardin public numéro huit dès 1860.

Son ouvrage multiplie les conseils pour ces touristes curistes. Le temps peut varier dans la même journée et il faut alors se prémunir contre les variations de température. Il ne faut pas non plus sortir après le coucher du soleil, car alors l’air devient humide. Son travail est très précieux pour la climatologie. Le chevalier Macario relève ainsi pour l’année 1859, 231 jours de plein soleil. Reprenant les envolées lyriques d’Alphonse Karr, il dépeint un tableau idyllique de cette région. Il est un des acteurs principaux qui vont insuffler cet engouement pour les rivages Méditerranéens et attirer cette clientèle en majorité anglaise qui va donner à la rivièra cette destinée que le rattachement à la France en 1860 va amplifier pour en faire la succursale des cours Européennes et ce jusqu’au premier conflit mondial.

 

 

                                                         LA CLIMATOLOGIE

 

« Nice la jolie, Nice la blanche, Nice la favorite de la mer et du soleil ; Nice la grande hôtellerie du monde, le dernier espoir des docteurs, le rêve des valétudinaires, le refuge des lords et des princes, le regret de l’Italie, l’orgueil du grand empire ; Nice la ville au climat si doux, à l’idiome si gracieux, aux mœurs si polies, aux vierges si belles, à la société si variée et si élégante, au peuple si humain et si bon ; Nice, enfin, cette fille de la victoire, qui sous la longue et bien aimée tutelle des Ducs de Savoie, grandit, se fit opulente, et acquit les plus nobles proportions, et qui, sous le souffle puissant du génie de la France, va se transformer encore, et courir aux plus magnifiques destinées, honneurs et salut ! » C’est en ces termes élogieux que l’auteur commence son ouvrage.

Abel Rendu nous emmène à Menton par la route de la corniche, ce sont successivement : Villefranche, Eze, le vallon de Laghet, La Turbie. Il nous décrit le panorama avec le cap Ferrat et la côte qui véritable dentelle laisse deviner dans le lointain embrumé l’Italie. C’est ensuite Monaco et enfin Menton.

Là il évoque le développement de la cité des citrons qui en une vingtaine d’années est devenue une station touristique. Abel Rendu nous offre un guide de cette ville frontière, avec la description de son climat.

L’auteur détaille les saisons, soulignant la douceur de l’hiver, les orangers et citronniers, les oliviers. Un poème : Marie, nous raconte la vie d’une jeune fille de seize ans qui participe à la récolte. Ce guide poursuivra jusqu’à Bordighera en Italie.

L’ouvrage est divisé en trois parties : une première qui nous relate l’histoire mouvementée du Comté de Nice et de Monaco, puis une deuxième est ce guide vantant si bien les beautés de la riviera. Abel Rendu termine avec l’analyse climatologique et l’influence des climats sur la santé et le moral des hommes.

En France on trouve Montpellier et son école de médecine, Hyères, Pau connu depuis Henri III pour ses vertus bienfaisantes. Puis à la fin du XVIII° siècle, ce sont les Anglais qui découvrent, Cannes, Nice et dernièrement Menton. San Remo en Italie est, elle aussi, une station d’hiver où viennent espérer y guérir les riches poitrinaires des contrées où le soleil ne brille pas. Une analyse pointue des divers climats, sert à cibler les maux concernés. A Nice ainsi, on observe que certains quartiers ne conviennent pas à telle affection. Il faut tenir compte de la lumière, de la température, de l’humidité et de toutes les variations que l’on peut observer entre le bord de mer et par exemple la colline de Cimiez.  L’ouvrage vraiment complet s’achève avec  la topographie, la géologie, la faune et la flore ainsi qu’un relevé des températures sur une trentaine d’années. Abel Rendu est un des promoteurs du développement touristique.

 

EVOLUTION DU TOURISME ET DE L’HÖTELLERIE

 

LE TOURISME Á NICE SON ÉVOLUTION

 

Afin d’avoir une idée assez précise de l’évolution du tourisme et des hivernants, nous citerons deux chiffres : celui de 1839 qui recensent 1178 personnes et un second en 1911 avec un peu moins de 150 000 hivernants. Cette augmentation démontre le succès sans cesse grandissant de cette activité. Le nombre d’hôtels lui aussi Va augmenter d’une manière spectaculaire. En 1834 on dénombre quatre hôtels supérieurs et une dizaine que l’on pourrait plus qualifier d’auberges où l’accueil est sommaire. La chambre de commerce reconnaît 132 hôtels, toutes classes confondues en 1910. En 1784 les Anglais viennent résider dans des résidences durant l’hiver. Le voyage est long et le séjour peut durer 6 mois. On compte cette année là 300 personnes à Nice. Ce ne sont pas exactement des hôtels où ils descendent, mais soit : des villas, des appartements ou des pensions de famille. Après la première et surtout la seconde guerre mondiale, les hivernants ne sont plus le moteur principal de l’activité touristique. Une nouvelle mode venue des États-Unis lance les bains de mer. Ces derniers n’ont rien à voir avec ce que l’on connaissait à la fin du XIX° siècle ou avant le premier conflit mondial. Maintenant on va vraiment dans l’eau et on y nage. Déjà les congés payés avaient bousculé les vieilles habitudes avec le tourisme populaire. Dans ces années d’après guerre l’hôtellerie descend le long du rivage et les palaces édifiés sur les collines deviennent des appartements. La transformation du Regina en copropriété fait perdre 3000 chambres au parc hôtelier.  Dans les années ‘70’ avec l’aéroport qui s’affirme comme une plateforme majeure, ce sont les chaînes d’hôtels internationales qui se créent,  rachetant des établissements déjà existants, ou construisant de nouveaux édifices. Un nouveau genre de clientèle apparaît avec les congressistes. Les séjours sont brefs, quelques jours et ces visiteurs ne vont que l’hôtel au palais des congrès et à l’aéroport. Il faut tout centraliser, regrouper pour l’efficacité et la rapidité. Le séjour de six mois qui s’expliquait par plusieurs causes : lenteurs des déplacements, caractère thérapeutique pour les phtisiques, classe sociale, mode de l’hivernage, oisiveté de ces riches touristes, rendez vous des rois, reines et princes qui régnaient et souvent aussi gouvernaient, personnels nombreux qui suivaient leur employeur, tout cela exigeait que le séjour dura assez longtemps pour justifier les voyages qui semblaient des expéditions avec de très nombreux bagages, voire pour les plus fortunés : leurs meubles. Aujourd’hui quand il faut un peu plus d’une heure pour aller de Paris à Nice en avion, on a du mal à imaginer que c’était plus de vingt heures en train qu’il fallait à la fin du second empire et encore, c’était là un progrès phénoménal. Donc le voyageur moderne va privilégier le déplacement, varier ses vacances et il ne viendra  qu’une semaine en été sur la riviera, réservant son budget vacances pour les sports d’hiver, un voyage organisé ou peut-être une croisière. La saison d’hiver a toujours ses habitués, mais le séjour est moins long, un mois, trois au maximum. De plus ce sont des retraités, des rentiers et ils viennent à Nice surtout pour le Carnaval. Les croisiéristes découvrent Nice à partir de leur escale où viennent à Nice pour embarquer. Ce nouveau mode de vacances avec des formules tout compris ne bénéficie qu’indirectement à Nice. Les touristes sont pris à bord de cars qui leur font découvrir les alentours. Des temps libre débarquent ces derniers qui achètent des souvenirs pour leurs parents ou amis. Nice avec la rade de Villefranche est un port de croisière important.

 

                                      LA CLIENTÈLE ET  SON COMPORTEMENT

 

Ce dernier n’a rien à voir avec le spectacle que nous donne aujourd’hui ce mouvement migratoire des populations vers les plages surchauffées et surchargées de candidats au Naevius. Á la Belle époque les dames se cachent du soleil avec des ombrelles, des voilettes et il ne faut surtout pas être bronzé. On utilise d’ailleurs des crèmes blanchissantes. Ce sont de riches rentiers, jeunes pour la plupart, c'est-à-dire la bourgeoisie d’affaire, riches commerçants, industriels ou négociants. On trouve également des officiers de haut rang en fin de carrière, des professions libérales et enfin les classes aristocratiques. Cette clientèle est caractérisée par son oisiveté et si elle vient sur la riviera, c’est soit pour se soigner, soit pour bénéficier du climat clément de la Méditerranée.

 

ÉVOLUTION DE L’HOTELLERIE A NICE JUSQU’A LA FIN DU XIX° SIECLE

 

Caïs de Pierlas a fait un récapitulatif des hôtels de Nice durant le XV° siècle. On trouve ainsi en 1400 dans la rue Cellaye dite aussi Saleya l’hôtellerie de l’Oie appartenant à Grégoire Urseti. Les niçois avaient l’âme poétique puisque l’on trouve également les hôtels : de l’ange et du martinet. Ce dernier appartenait à la famille Martinetti. Elle tenait auberge dans sa propre maison hors les murs au lieu dit : saint Augustin le vieux. Elle sera anoblit le 14 juin 1447 et achètera aux Grimaldi une partie de Chateauneuf. On trouve aussi l’hôtel de l’épée propriété de Johannes de Spada.

On compte au XVII° siècle neuf  ‘oste’ hôtels dont celui du lion qui date de 1427 tenu par Barthélemy Ponzio. En 1676 un napolitain, le duc de Giovennezza partant en mission en Espagne, descend à l’oste della Luna. Les billets de logement des compagnies de soldats, citent parmi ces hôtels auberges : l’oste della testa del Moro de Pierre Loro  et le logis de la croix de Malte qui logèrent en 1697 des équipages, des soldats et des laquais. Les noms sont là aussi pleins d’imagination : Le Paon, Le Chapeau Rouge, La Cloche et La Rose. On trouve aussi les trois Rois d’Antoine Maurandi, probablement nommé en hommage aux visites de Charles Quint, François 1° et sa sainteté le pape. A la veille de la révolution, on dénombre une vingtaine d’hôtels ou d’auberges à Nice.

En 1834 le plus grand nombre a disparu, on n’en dénombre plus que quatre hôtels, ceux : le plus ancien, des Etrangers rue du palais va connaître un essor prodigieux après 1860, d’York place saint Dominique avec son portail, il servait de relais de poste pour les chevaux et le courrier, Les 4 Nations qui lui faisait face, tous trois regroupés sur la même zone et le dernier, la Pension Anglaise rue de France proche de la petite maison de la villa Masséna. Treize ans plus tard on trouve les hôtels : de Marseille, du Laurier, Du Nord, De Londres, Des Voyageurs, de L’Aigle d’Or, d’Italie, de La Rose. Deux autres : Le Victoria place du jardin des plantes deviendra plus tard le Grand hôtel Victoria sur la Promenade des Anglais et l’Ancre d’Espérance sous les arcades du port.

La Promenade va peu à peu devenir l’endroit de prédilection de ces nouveaux voyageurs que bientôt on nommera les hivernants. Le plus ancien le Grand Hôtel Victoria aujourd’hui le West end où descendit en 1858 le grand Duc Constantin Nicolaievitch. L’hôtel du Luxembourg aura comme visiteurs de marque le prince Charles de Prusse en 1868 et le Tsarévitch futur Alexandre III en 1881. L’hôtel des Anglais eut pour hôte en 1862 le roi Louis de Bavière, il fut détruit pour faire place au Ruhl, lui-même rasé pour la construction de l’horreur d’aujourd’hui et enfin l’hôtel de la Méditerranée. On trouvait également la pension Rivoyre  hôtel Royal aujourd’hui. L’hôtel Suisse sera construit à la fin du XIX° au pied de la Tour Bellanda. On n’oubliera pas : L’Excelsior  Regina de Biasini 1896, le Grand Hôtel de 1865 avenue Félix Faure, le Grand hôtel de Cimier, l’hôtel Beau Rivage en 1860 où séjourna Thérèse de Lisieux. Son directeur Paul Schmitz y créera la plus belle plage de Nice.

DE 1900 Á 1914

Avant la guerre l’hôtellerie niçoise était dominée par les étrangers et surtout par les Allemands qui avaient construits de nombreux hôtels, lesquels seront confisqués en 1915.

1901 L’Alhambra longtemps attribué à Biasini, créateur du Regina, il serait selon des documents dont un bail du 11 avril 1900, l’œuvre de Jules Sioly, architecte niçois qui a réalisé les palais : Lamartine, Dubouchage.

1902 Hôtel Impérial œuvre de l’architecte polonais Detloff, il est acquit par la ville après la guerre pour devenir un lycée. Son toit et sa rotonde seront supprimés dans les années soixante.

1905 L’hôtel Royal est édifié par Charles Dalmas à l’emplacement de la pension Rivoyre. L’année suivante c’est l’Hermitage.

1906 Hôtel des Corses qui deviendra l’hôtel Masséna.

1912 Le Négreco de Niémans

1913 Hôtel Ruhl  par Charles Dalmas qui réalise également l’hôtel Atlantic et le Carlton à Cannes en 1910.

 

                        

 

 

                            L’HOTELLERIE, UN ARTISANAT INDUSTRIEL

 

Cette formule aurait pu étonner, voire choquer à l’origine de cette activité. L’hôtelier était en effet perçu comme un hôte qui reçoit ses clients avec attention. Ce qui peut avoir été vrai, il y a un siècle, est aujourd’hui non pas faux, mais dépassé. Le XVIII° est l’invention du tourisme, on voyage pour le plaisir et comme il faut du temps pour aller d’un point à un autre, même si après 1860 le voyage est ramené à une journée, les voyageurs prolongent leurs séjours et l’on parle alors d’hivernants. Avec les progrès de l’aviation, il faut moins de deux heures pour aller par exemple de Nice à Paris. De plus, les goûts ont changé et le voyage s’est démocratisé. Tout cela fait que les séjours se réduisent. Si le séjour pouvait durer six mois à la fin du XIX°, il ne dure que rarement plus d’une semaine aujourd’hui. L’hôtelier  ne recherche donc plus à fidéliser ses clients, il préfère les diversifier sur toute l’année. On ne parle donc plus de saison. Dans les années ‘70’ on assiste à l’émergence d’une nouvelle sorte de clients : les congressistes ou touristes d’affaire. Les congrès deviennent internationaux et les congressistes vont retrouver le même hôtel partout où ils vont. Pour cela sont créées les chaînes. L’hôtellerie devient alors une industrie. Il n’y a plus  de luxe ou de raffinement, mais une volonté d’efficacité. Les congressistes descendent tous au même endroit. Les avantages des congrès : ils remplissent l’hôtel toute l’année et l’activité peut-être planifiée sur plusieurs années, on peut donc prévoir à l’avance les besoins, modulant ainsi les charges salariales en embauchant en fonction du dynamisme de l’activité.

 

                                              LES EXTRAVAGANCES OU FOLIES

 

Le paysage niçois va se métamorphoser après 1850. Ces riches étrangers, pour le plus grand nombre Anglais, vont se faire construire des villas pavillonnaires sur les collines alentours, initiant ainsi le développement de la ville à l’ouest. Entre autres : la villa Masséna, le palais de Marbre qui à leur époque, se trouvaient en pleine campagne. Des oasis au milieu d’une végétation méditerranéenne. La promenade s’urbanise avec ses bâtisses entourées de jardins : Villa Furtado Heine, ses hôtels de luxes où se retrouve une clientèle exigeante. Les styles se croisent et cet éclectisme est le fruit des modes qui se chevauchent. Entre le goût pour l’antiquité avec la villa Kerylos à Beaulieu et le style néo-gothique du château Valrose, l’amateur d’architecture sera comblé. Il va réaliser un voyage dans le temps et les genres.

Les folies tel le château de l’Anglais où les styles, les époques et les lieux se télescopent. Cet ancien officier de l’armée des Indes a réuni les trois en une seule demeure. Le contraire du principe théâtral. Puis il y a les gloriettes, temples d’amour et de déesse telle la rotonde de la villa Vigier ou le temple d’amour du parc Chambrun

La promenade des Anglais est aujourd’hui un mur de béton sans charme et sans attrait. Ne subsistent de cette période que le Négreco, la villa Masséna, Huovila caractéristique avec sa toiture rose et c’est à peu près tout. J’ai connu enfant une villa en brique rouge à la jonction de la promenade et du boulevard Gambetta, elle a, comme tant d’autres, disparue au profit d’un ensemble sans style et sans caractère. Le Ruhl fait parti des victimes de cette frénésie immobilière des années « 60 » où une grande partie de notre patrimoine a été anéanti au profil des promoteurs immobiliers.

En d’autres endroits, quelques édifices de cette prolifique période ont survécu aux pelleteuses : Le château sainte Hélène devenu le musée d’art naïf, sa voisine la villa « Les Palmiers » ou palais de marbre, abritant les archives municipales et la villa Rambourg boulevard Du Bouchage qui où se trouve la bibliothèque municipale.

Ces riches hivernants voulaient laisser leur marque, une trace, s’immortaliser à travers ces édifices où il fallait faire mieux que son voisin. Nice, les caps, la côte, les collines, de partout ces aristocrates, industriels ou rentiers affichent leur réussite sociale.

Les architectes sont les réalisateurs de ces œuvres et vont embellir avec des réalisations le paysage urbain de la riviera et de la principauté de Monaco. Sébastien Marcel Biasini a à peine trente ans en 1870. Il est déjà célèbre et reçoit des commandes des princes Russes. Le banquier Henri Germain demande en 1881 à Biasini de tracer le boulevard de Cimiez.  C’est lui aussi qui réalisera l’hôtel Regina. D’autres architectes : Charles Dalmas, Constantin Scala, Annibal Carlo ou encore Jules Sioly vont participer à cette urbanisation.

 

                                    LES BAINS DE MER : «  TOUTE UNE HISTOIRE »

 

On voit s’installer les tous premiers établissements de bain à Nice entre Carras et le Lazaret dans la seconde moitié du XIX° siècle.  Smollett fut un précurseur. L’extravagant Britannique se faisait en effet transporter en chaise à porteur jusqu’aux plages de l’ouest de Nice. On le voit dès le mois de mai se baigner, ce qui surprend tout le monde.  Il affirme que cela le soulage et même le guérit de ses maux.  Des Suisses et des Niçois vont l’imiter. Mais en cette fin de XVIII° siècle, ils ne sont qu’un très petit nombre. Ces originaux ne sont guère suivis  et leur engouement, n’a pas de suite. Il faut attendre 1843 pour voir quelques aménagements se faire sur les plages de Nice.  Ce ne sont alors que des cabanes en bois aux Ponchettes et au Lazaret. On citera cette étrange maisonnette que l’on fait entrer dans l’eau. En 1857 Charles Georges crée la société des bains de mer et obtient trois ans après le rattachement une concession du gouvernement impérial afin d’installer des cabines sur la plage. Les bains de mer ont alors une stricte raison médicale. Plusieurs médecins décrivent les vertus thérapeutiques des bains de mer. Ils sont salutaires par leur effet thermique sur les corps et les organismes.  Le professeur Trousseau les recommande dans les maladies nerveuses.

En 1894 le fameux guide Joanne évoque la plage de sable du Lazaret et de la tour rouge. Cette dernière tout comme les bains militaires va disparaître avec l’agrandissement du port et le prolongement de sa digue dans la première décennie du XX° siècle. Á la veille du premier conflit mondial, le syndicat d’initiative pense déjà à prolonger la saison et tente de promouvoir les charmes de l’été.  Le docteur Balestre vante les mois de  mai, juin, juillet. Nice n’est pas en reste avec ses établissements d’hydrothérapie. On parle aussi de Cannes et de Juan les Pins, nouvelle station qui a ses partisans. Cette nouvelle station est née en 1881 par la volonté d’un banquier de Cannes qui souhaite urbaniser le cap d’Antibes. Juan les Pins faillit se nommer Albany les Pins. C’est la mort accidentelle du cousin du prince de Galles qui empêcha ce choix.  Juan va très vite devenir le rendez vous branché et mondain que l’on connaît aujourd’hui.  En 1885 la gare PLM permet au train de s’y arrêter. Tout s’accélère avec des hôtels et un casino en 1910,

Les artistes vont  faire la promotion du bronzage, avoir une peau halée est désormais branché. Les corps dénudés des femmes, de Brigitte Bardot, tout cela va définir les nouveaux canons de la mode et désormais de Saint Tropez à Menton, ce sera une vague migratrice qui colonisera les plages et les moindres criques de la riviera. Gilbert Bécaud en fera une chanson, raillant avec son habituelle subtilité ce qui aujourd’hui frise le ridicule. Où sont passés les galets me demandait une amie l’été dernier. Il n’y a en effet plus un seul centimètre carré de libre pour poser sa serviette sur nos plages en été, et bien malin qui pourrait dire si la plage est de sable ou de galets. On parlait des vertus bénéfiques des bains de mer au XIX° siècle, en ce début de XXI° le corps médical lance chaque année un avertissement sur les dangers oncologiques d’une exposition prolongée aux rayons du soleil. En somme et ce sera notre conclusion : ce qui semblait salutaire à la fin du XIX° siècle, pourrait s’avérer dommageable aujourd’hui.

 

 

 

 

LE SPORT ET LE TOURISME

 

ORIGINE DES PRATIQUES SPORTIVES

 

Ce sont les Anglais qui les premiers amènent leurs pratiques : golf, régate, tir aux pigeons, concours hippiques et plus tard courses automobiles. Ce sont des sports de luxe et seules les classes aisées peuvent suivre cet engouement.

Le sport a une autre origine née de la défaite de 1871 que l’on attribue alors à la faiblesse physique des soldats français. Des sociétés patriotiques voient alors le jour et la gymnastique et le tir sont préconisés pour forger les élites de cette revanche.

Un troisième facteur va jouer le rôle de catalyseur. La loi de 1901 sur les associations favorise la naissance de clubs sportifs, la compétition voit alors le jour.

Le sport devient une activité et non plus seulement un loisir.  Les autorités voient dans la pratique du sport, un moyen de distraire les populations dont les hivernants. En 1904 une subvention est accordée au club alpin. C’est d’une certaine manière la naissance des sports d’hiver encouragés par le général Goiran maire de Nice. Le ski avait été largement encouragé par Victor de Cessole.

 

LES GRANDES MANIFESTATIONS SPORTIVES

 

A la veille de la première guerre mondiale,  les meetings se multiplient dans tous les domaines. Le champ d’aviation en 1910 connait un succès sans précédent. L’avion cette nouvelle invention est le défi des nouveaux aventuriers et de pilotes comme Maïcon. On trouve aussi le tennis avec Suzanne Lenglen, le cyclisme et Urago, l’automobile et Jean Behra. La presse s’empare du phénomène en faisant l’écho des manifestations et épreuves.  Nice sera précurseur dans le domaine du sport, ce avec les hivernants anglais et la nature des lieux, laquelle offre de multiples possibilités tant sur terre que sur mer.

 

LE SPORT, UNE ACTIVITÉ MONDAINE

 

La voile a un terrain de prédilection pour les parcours en banane. La baie des Anges offrant le profil adéquat pour ces épreuves. Le patinage se pratique au parc Chambrun, le palais de glace avec son cadre Rococo en étant l’écrin. Le cercle de la Méditerranée rue Halévy possède une piste de patins à roulettes. Au pont Magnan l’école d’équitation Zucarelli et Videau loue des chevaux. Les courses de chevaux se font à l’hippodrome de Nice à l’embouchure du Var. Le mont Boron permet le tir aux pigeons et les amateurs de vélocipède se rendent quant à eux au vélodrome du vallon des fleurs.  On trouve aussi un champ de tir à la Californie.  Le Nice Lawn Tennis Club rencontre un franc succès et la municipalité lui accorde d’importantes subventions afin qu’il continue à satisfaire la demande des hivernants. L’aviation se retrouve au terrain de la Californie où évoluent ces pilotes venus de partout pour assouvir leur passion de voler.

 

LES JARDINS, POUMONS VERTS AU CŒUR DES VILLES

 

LA RIVIERA ET SES JARDINS D’ACCLIMATATION

 

Les premiers à avoir implanté des espèces végétales dans le Comté, furent les Romains. Il faudra attendre la découverte des Amériques pour voir la pomme de terre, le maïs ou encore la tomate. Puis Louis XV fera ouvrir des jardins botaniques dans les grands ports militaires de son royaume Rochefort, Brest et à la veille de la révolution : Toulon. Sous l’empire, Joséphine de Beauharnais créera d’abord à la Malmaison, puis dans ce nouveau département des Alpes Maritimes des implantations de plantes venues de ses Antilles natales. Les Anglais de plus en plus amoureux de la riviera, vont y aménager des jardins d’agrément. Ils ramenaient des diverses parties de leur empire des essences inconnues. Le climat de nos contrées étant adapté à ces plantes souvent tropicales, ils les y plantaient.

A Nice on compte trois principaux jardins, c’est du moins ce que relève Alphonse Karr en s’installant. Il y a celui de la famille Bermond servant surtout à l’industrie des parfums, il sera loti en 1899. On trouve aussi le jardin d’acclimatation du domaine du Ray, propriété de Caïs de Pierlas. Il sera démembré à son décès en 1868 pour former les parcs Chambrun et Liserb et enfin les établissements horticoles Besson.

Cette pratique des Britanniques aura ses amateurs, lesquels s’installeront au cap d’Antibes. Nous citerons le principal d’entre eux : Gustave Thuret dés 1856 il entreprend l’acclimatation de diverses essences. Son jardin existe toujours aujourd’hui et l’on peut y voir des espèces uniques sur la riviera. Un autre jardin, mais uniquement pour l’agrément enserrera après 1883 la villa Eilenroc, construite pour Hugh Hope Lowdon ancien gouverneur des Indes Néerlandaises à l’anse du faux argent, toujours au cap d’Antibes. Cette villa construite entre 1865 et 1867 devra son jardin au jardinier Suisse Henri Ringuissen. James Willie acheta la propriété et s’intéresser aux aménagements de ce jardinier qui réalisera un jardin unique autour de cette villa inspirée du petit Trianon. La villa est aujourd’hui pour partie un musée et le jardin ouvert au public tous les mercredis. Les villas vont pour le plus grand nombre, se retrouver agrémentées de jardins. C’est une nouveauté, on ne plante plus par utilité, mais pour le seul plaisir de la beauté, de plantes, d’arbres et de fleurs aux couleurs rutilantes. La villa Vigier fait partie de ces réalisations. Achille Georges Vigier, le petit fils du maréchal Davout acquière en 1862 une villa où il aménage un jardin d’acclimatation qui sera très prisé après sa mort en 1883. La villa sera rasée en 1967 et le parc loti. Il n’en reste aujourd’hui qu’un jardin public à la sortie du port de Nice. Le domaine des cèdres à Saint Jean Cap Ferrat est avec près de 16000 plantes, le plus important jardin botanique français, Il se situe au cœur de l’ancienne propriété du roi Léopold II et représente 14 des 75 hectares de cet ancien domaine du roi des Belges. C’est Alexandre Marnier Lapostolle créateur du Grand Marnier qui en fait l’acquisition en 1924. Menton aura, elle aussi, ses promoteurs de jardins. Nous évoquerons ici : James Henry Bennett (1816-1891). Ce dernier logeait chez sa nièce dans la villa saint Louis. Comme  la plupart des Anglais, il aime le jardinage et en initiera la pratique à Grimaldi sur des restanques se terminant par une tour médiévale en ruine. La serre de culture fut l’une des premières connues dans la région. Après la modification des terrasses en 1927, l’espace réservé à la botanique a disparu. C’est deux Anglais les frères Hanbury qui imagineront à la Mortola en 1867 ce jardin toujours célèbre qui accueille le visiteur à la frontière franco-italienne. 

 

DES PLANTES POUR LE PLAISIR

 

C’est une innovation, on ne plante plus par utilité nutritionnelle, mais pour le seul plaisir des yeux et des sens. La beauté des plantes, leur variété, leurs couleurs, tout cela incite à aménager un jardin autour de sa demeure, sa maison ou sa villa. Le rattachement et les Anglais vont favoriser cette pratique et la développer.  C’est surtout entre 1870 et la première guerre mondiale que vont ‘fleurir’ sur la riviera ces jardins d’agrément. 

 

 

 

 

DES JARDINS DE DIVERS TYPES

 

On trouve des jardins dit Renaissance ou à l’italienne. L’aménagement est fait en fonction du bâtiment avec des jeux d’eaux et des fontaines. Les jardins à la française respectent un plan symétrique avec des figures géométriques et une allée centrale perpendiculaire à la façade principale de la demeure. Le jardin paysager quant à lui est un mélange des  conceptions françaises et anglaises avec un gout prononcé pour l’exotisme. Ce type de jardin est enrichi de divers statues, kiosques, ruines et belvédères.  Chacun en fonction de la disposition de son habitat, de ses penchants va édifier des jardins. Les choix varieront entre ces trois types.

 

LES JARDINS PUBLICS

C’est l’une des nouveautés. Les municipalités  aménagent des espaces au cœur de cet essor urbain. Ce sont des lieux où les hivernants peuvent s’y promener, s’aérer. La raison principale de leur édification est d’ordre d’hygiène. Ces lieux publics permettent aux citadins de se rencontrer, se retrouver. Ils sont organisés d’une manière fonctionnelle et grâce aux progrès  de la biologie végétale, s’enrichissent de nouvelles essences. Les jardiniers ont l’occasion de montrer leur art et leur talent avec des décorations florales en mosaïques.

 

LES JARDINS CÉLÈBRES DE NICE

Á Nice on trouvera le square Leclerc, là où se trouve la statue du maréchal Masséna. Ce jardin  est l’œuvre de Joseph Durandy. Ce square reliait le quai saint Jean Baptiste et le boulevard du pont Neuf. D’abord baptisé le pont square, puis Masséna, il prendra le nom du chef de la 2° DB après 1945. On citera également les parcs Chambrun, Vigier,  les jardins de l’hôtel Regina, des arènes,  du monastère à Cimiez et de la villa Masséna. Dans le quartier de la Buffa en même temps que sont tracés les boulevards Gambetta et Victor Hugo, qui d’une certaine manière scellent Nice à la France, un jardin est crée. Il va porter le nom de jardin du Roi de Wurtemberg en hommage à ce monarque qui aida la ville après le tremblement de terre de 1887. En 1914 il devient le jardin Alsace Lorraine et sera d’ailleurs l’écrin avec ses statues du rappel de toutes les guerres du XX° siècle. La colline du Château va durant cette période de l’essor touristique être aménagée, reboisée et aujourd’hui, elle est ce poumon vert qui domine la vieille ville et le port.

 

PERSONNALITÉS AYANT VANTÉ NICE ET SON COMTÉ

 

Déjà à la fin du XVIII° siècle, certains voyageurs s’étaient aventurés au delà du Var et avaient découvert Nice, alors toute petite bourgade assoupie au pied de sa colline et baignée par la mer. Le tableau était idyllique et pour certains ils revinrent après la révolution dans cette contrée du royaume de Piémont Sardaigne.

 

Smolett : « Il n’existe aucun endroit au monde où la pluie et les vents sévissent moins qu’ici. » dit-il en 1763. Sulzer  en 1775 est tout aussi élogieux : « Ici on jouit au milieu de l’hiver de toutes les grâces du printemps perpétuel. » Charles Mercier Dupaty : « Les maisons de campagne des environs de Nice, sont peuplées d’Anglais, de Français, d’Allemands ; c’est là que tous les pays du monde se fuient l’hiver. » écrivait en 1747, ce président au parlement de Bordeaux. Durant l’hiver 1764 les Duc d’York et Prince de Brunswick sont les précurseurs d’une saison d’hiver. En 1770 début des travaux du chemin des Ponchettes qui dureront deux ans. Durant l’été 1770, le Duc Benoit Maurice de Chablais visite le Comté et la ligne des Alpes. Il était accompagné entre autres officiers, du Comte de Provana. Le Duc de Gloucester fera à cette occasion relâche à Villefranche, venant de Naples. L’Abbé Amoretti dans son voyage de Milan à Nice en 1780 est  ébloui par Nice. Albanis de Beaumont architecte de la Cour de Sardaigne fait imprimer en 1788 son Voyage historique et pittoresque du Comté de Nice, il le dédiera au Duc de Gloucester. En 1803 l’avocat Dominique Rossetti et trois ans plus tard le chevalier Louis Andrioli s’attacheront aux détails historiques. Dans son ‘Essai sur les agréments et sur la salubrité du climat de Nice’, de 1822 le docteur Richelmi brosse lui aussi une histoire de Nice et de ses origines Grecques. Il fait la distinction entre la ville ancienne et la ville moderne qui se développe à l’ouest, de l’autre coté du Paillon. Il se fait guide de sa ville, décrivant les monuments et endroits admirables à visiter. Puis l’ouvrage nous présente les qualités climatiques de Nice. L’auteur se réfère à Fodéré dans son voyage aux Alpes Maritimes où il est expliqué que le sol étant calcaire, les eaux de pluie ne croupissant pas, n’altèrent pas l’air. En Angleterre les médecins envoyaient leurs malades phtisiques à Nice, jugeant son air salutaire pour leur santé, bien que certains spécialistes déconseillent alors le bord de mer aux pulmonaires. Le docteur Richelmi fait, comme plus tard les peintres, remarquer la transparence de l’air et sa pureté. L’auteur décrit la campagne, l’arrière pays, l’élevage et l’agriculture.

C’est avec ‘La mer de Nice’ que Théodore de Banville se fait le promoteur de la capitale du Comté. Ce livre est un recueil de lettres qu’il envoya durant toute une saison hivernal au journal « Le Moniteur » entre 1859 et 1860. Il n’a de cesse de vanter le soleil, le ciel, la mer et les fleurs de Nice. Ne dira t-il pas : « Nice est une déesse vivante, sortie des flots d’écume, sous un baiser du soleil. On vient passer l’hiver à Cannes et on s’en retourne, mais on vient à Nice pour une semaine et on y reste toute la vie. » Alphonse Karr aura la même remarque : « Il y a des gens qui sont venus passer un mois à Nice il y a quinze ou vingt ans et qui y sont encore. » Théodore pousse le lyrisme jusqu’à son paroxysme : « De quelle grâce vous enlace ce mois de décembre en habit de printemps vêtu de verdure et de fleurs  » On parlera dans une opérette du pays où fleurit l’oranger et de l’éternel printemps. Roubaudi avec Nice et ses environs publié en 1843 ; Risso l’année suivante et son guide des voyages de Nice ; deux autres ouvrages l’indicateur Niçois de 1845 et l’Almanach de la division de Nice, complètent ces ouvrages à la destination des touristes. Le tourisme est une nouvelle industrie, qui comme le souligne Alphonse Karr en 1856, sert surtout aux étrangers malades ou frileux, car Nice ne connaît pas d’hiver.

Dans son histoire de Nice en trois volumes, Louis Durante à ces mots pour définir cette contrée : « Depuis longtemps les douceurs d’un beau climat, et les riants jardins dont la ville de Nice est entourée, ont répandu sa renommée en Europe. Chaque hiver une foule d’étrangers distingués par leur naissance et par leur richesse, accourt du fond du nord à cet asile de la santé pour venir y respirer l’air le plus tempéré de l’Europe.

En 1821, soit vingt ans après avoir quitté le Comté, Fodéré publiait à Paris les deux volumes de son « Voyage aux Alpes Maritimes ». Ces deux ouvrages dont la rédaction s’est essentiellement faites au début du XIX° siècle, nous livrent une intéressante masse statistique sur Nice. L’auteur traite l’histoire naturelle, agraire, civile et médicale du Comté de Nice. Le manuscrit original sera confié par Fodéré au préfet Florens en 1803. Avec une équipe où Risso  collabore, Fodéré parcourt l’arrière pays, prenant des notes sur les villages et les campagnes.  Le pays déjà pauvre, voit sa situation aggravée par la guerre et le brigandage. Les Barbets accentuent encore davantage ce climat incertain. Les coalitions menacent la France et c’est un niçois Masséna qui stoppe les envahisseurs à Zurich le 25 septembre 1799. Fodéré nait en 1764 en Savoie, élève brillant, il obtient une bourse pour aller étudier à Paris. En 1795, il vient une première fois à Nice. La situation sanitaire y est déplorable, il contracte la fièvre typhoïde et va achever sa convalescence à Marseille. En 1798, il revient à Nice enseigner à l’école centrale des Alpes Maritimes. Il donnera un tableau peu flatteur de Nice et son Comté : des habitants frustres et rudes et un niveau intellectuel au ras de terre. Fodéré s’éteint le 4 février 1835 à Strasbourg. Faisant suite à plusieurs auteurs, le baron Louis Durante écrit un ouvrage  où il décrit le Comté et ses particularités. Il parle également de la nature du sol, de la flore, de l’agriculture, du climat, du commerce et des institutions. Son travail s’adresse plus à un public averti qu’aux visiteurs et aux touristes. Une dédicace au roi Charles Albert souligne alors les bienfaits de la maison de Savoie. Cette chorographie, histoire du Comté de Nice depuis ses origines fait suite à l’histoire de Nice parue en 1823 qui semble n’avoir pas satisfait son auteur. On remarquera que Durante publie son ouvrage à Turin non en italien mais en français.

 

                                             DES  MAIRES AMBITIEUX POUR NICE

 

Avec le rattachement en 1860, Nice va voir son essor s’accentuer notamment sous l’action du premier maire d’après le plébiscite, François Malaussena. Ce dernier est nommé par décret impérial le 25 juin de la même année. Il va comme la plupart des édiles qui vont lui succéder à la mairie, avoir une ambition pour sa ville. On lui doit les boulevards tracés dans les quartiers neufs, ce qui va favoriser l’urbanisation de ceux-ci, jadis surtout marécageux et cressonnière. Il va également achever l’aménagement de la place Masséna et relier le quai du midi (États-Unis aujourd’hui) à la Promenade des Anglais avec un pont qui portera le nom de l’Empereur Napoléon III. Malaussena va faciliter la liaison avec Villefranche et Cimiez où réside une grande partie de la colonie britannique. Avec l’Empire Nice va bénéficier des subsides généreux du gouvernement impérial soucieux de fidéliser à la France cette nouvelle province. La chute de l’empire va freiner l’essor du Comté. Á partir de 1880, ce sont les capitaux privés qui vont financer le développement de Nice.

Borriglione poursuit la même ambition pour sa ville, le Petit Paris d’Hiver doit imiter la capitale et à son tour organiser une exposition universelle, ce qu’il fait en 1883-1884.  Cette exposition vise à égaler le dynamisme des villes françaises et surtout à contrer Turin et Gènes qui chaque année organisent des expositions. Nice va se retrouver cette année là en concurrence avec Boston, Philadelphie et Londres. Ce défi dynamise les organisateurs. Les atouts de Nice sont indéniables, la ville est le rendez vous du gotha et devient une vitrine internationale. L’exposition se tient au Piol et domine toute la ville. Ce qui aurait du être un succès sera un échec et un fiasco économique. Borriglione a de nombreux ennemis et tout est fait pour boycotter cette manifestation, le président de la république n’y vient pas et elle est boudée par les hivernants qui attendent autre chose pour se distraire. A la différence des expositions de Paris, celle de Nice ne va pas laisser de traces dans le temps. Les bâtiments ne sont pas pérennes, ils seront démontés après la fermeture de cette manifestation en mai 1884..

Alfred Borriglione fut un maire qui donna une telle dynamique à sa ville durant les huit ans de sa mandature, que même après son départ, ses successeurs bénéficieront mécaniquement de ce dynamisme. C’est  lui qui par sa personnalité va imposer les casinos à Nice. Le débat est très animé à ce sujet, il y a les partisans des établissements de jeu qui évoquent le succès de Monte-Carlo et ceux qui s’opposent pour des raisons de moralité à ces lieux. La première pierre du casino municipal de la place Masséna est posée le 19 novembre 1881. Borriglione avait constitué le 18 mars de la même année une société du casino municipal. La jetée promenade détruite par un incendie le 4 avril 1883, ne concurrencera pas le casino municipal qui ouvre ses portes en février 1884.  Le  second palais de la jetée promenade sera inauguré le 10 janvier 1891. Borriglione fut un maire qui alimenta les polémiques, lesquelles étaient soutenues par l’Éclaireur de Nice son adversaire politique créé le 18 mars 1883. Le Petit Niçois, son journal qu’il avait lancé en 1879, soutenait ses projets. Entre les deux titres,  la concurrence créait une émulation profitable à leur qualité rédactionnelle.

Un homme, Henri Germain, président fondateur du crédit Lyonnais va aider le maire de Nice et inciter les investisseurs et les grands capitalistes (le terme n’a pas le même sens qu’aujourd’hui) a investir sur cette riviera baignée de lumière. Ce qui avait commencé avec Malaussena va se poursuivre et même s’amplifier avec ses successeurs. C’est toute la côte qui en bénéficie et le chemin de fer facilitant les transports dynamise ces chantiers qui s’ouvrent de partout, même en Italie. Henri Germain, afin de mieux pénétrer cette société niçoise qu’il sait jalouse de ses particularités, prépare habillement le terrain. Son épouse le seconde efficacement en donnant des réceptions à la villa Orangini où se retrouvent les hommes politiques influents, les artistes et les écrivains. Ces financiers vont modifier le paysage avec leurs goûts pour le luxe et l’apparat. Ce sont des constructions qui empruntent aux habitudes de l’aristocratie européenne que ces financiers et banquiers côtoient et qu’ils se font construire. La riviera a perdu son caractère champêtre et de villas en folies, de demeures fastidieuses en palaces, c’est un monde nouveau qui se met en place et qui va régner sur les céans jusqu’au suicide collectif de l’Europe en 1914. Cette société vit au rythme de l’argent qui circule comme un flot indomptable. Le jeu et les Casinos attisent cette fièvre de gagner ou, le plus souvent de perdre. On est riche en posant ses jetons, on est ruiné quand la boule s’est arrêtée sur le mauvais chiffre. Á la veille de la guerre on compte cinq casinos à Nice, deux à Beausoleil, un à Menton et Beaulieu.

Après le traumatisme de la guerre, c’est une autre société qui apparaît, un nouveau tourisme, de nouvelles modes, bientôt les hivernants laisseront la place aux estivants.

 

T. Jan