THIERRY JAN

 

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RENÉ BEHAINE «UN HOMME MAL DANS SON  SIÈCLE»

 

1ière partie

Isidore Grao

Le, 9 février 2012

www.lavoixdecartier.com

 

 

«Après son étude sur Rosalinde Rancher diffusée précédemment sur La Voix de Cartier», Monsieur Thierry Jan, dans la série «Patrimoine culturel niçois», nous propose la lecture d'un écrivain, aujourd'hui oublié : René Dehaine.

 

PERDU DANS LA FOULE DES HOMMES

 

Cerner la personnalité de René Behaine n’est pas vraiment aisé. Cet écrivain issu du milieu de la magistrature a un caractère ambivalent. En effet, il est à la fois anti raciste et se proclame anti sémite, patriote et anti militariste, son âme est animée d’une grande spiritualité et il rejette les religions. René Behaine est en fait perdu, égaré dans la société de son temps. Est-il un nostalgique ou un réactionnaire ? En tous cas il est monarchiste et pour une fois cohérent : anti républicain. Il se proclame isolé dans la foule horrible des hommes. On croirait entendre Rousseau chez cet écorché vif, cet incompris. Il est évident que quelques-unes de ces propositions semblent assez incompatibles et de nature à donner l'idée d'une personnalité déconcertante René Béhaine est intéressant pour avoir écrit un roman cyclique en 16 volumes. Il est de cette période riche de la première moitié du XX° siècle. Son œuvre : «Histoire d’une société» est dans la lignée de : La Recherche du temps perdu de Proust, Les Thibault de Roger Martin du Gard, Les hommes de Bonne volonté de Jules Romains, Salavin et la Chronique des Pasquier de Duhamel ou encore Jean-Christophe de Romain Rolland. Béhaine connut un certain succès après un accueil enthousiaste de Léon Daudet. L'ensemble de l'œuvre fut couronnée par la Société des gens de lettres en 1958. Son ouvrage le plus connu : Sous le char de Kâli en 1947 eut un joli succès. Enfin Viviane Smith écrivit ce qui est la seule thèse consacrée à Béhaine  «La première manière de René Béhaine». René Behaine aujourd’hui inconnu, eut pourtant de nombreuses critiques élogieuses venant du monde des lettres : Léon Daudet lui écrit un chapitre élogieux dans Ecrivains et Artistes. René Lalou lui consacre trois pages d'une analyse assez fine dans son Histoire de la littérature française. Un paragraphe  fait un parallèle avec les Thibault dans le tableau du XXe siècle de Groos et Truc. Le célèbre dictionnaire Bompiani contient des articles consacrés à René Béhaine : L'Histoire d'une société. Les Nouveaux venus, Les survivants, Au prix même du bonheur, Sous le char de Kali. Roger Martin du Gard écrit une lettre pour demander un article sur René Béhaine, dans la NRF. Cette lettre évoque la situation matérielle difficile de René Béhaine. Plus tard, en reprochant à Paulhan de ne pas avoir accédé à sa demande, il aura un mot ambigu au sujet de Béhaine : «J'ai vu que Béhaine avait eu une voix au Goncourt gagné par « (1933) Malraux : La condition humaine. C'est un prix de vertu qu'il faudrait lui décerner!"

René Behaine ou Behenne est  né à Vervins le 17 juin 1880 et mort à Villefranche sur mer le 2 janvier 1966 en fin d’après midi. C’est sa compagne Renée Davis qui réglera ses dernières volontés. Il ne voulait aucune cérémonie. Il repose au cimetière du Rabiac à Antibes. Dans ce lieu de repos éternel, il a retrouvé son fils Jean François et son épouse Marie Louise Bauley décédée le 24 juillet 1961 à Antibes. La villa de Villefranche «La Prediletta» sur les pentes du mont Alban fut sa dernière demeure. René Behaine résidait dans cette ville depuis 1951 selon certaines sources ou avant d’après d’autres puisqu’il y aurait accueilli en décembre 1940 Pierre de Bénouville. Cet écrivain décrit la société de son temps et y porte un jugement sévère, notamment sur le libéralisme issu de la révolution française. Son œuvre se réalisa surtout dans l’entre deux guerres. Il sera très apprécié par Léon Daudet et soutenu jusqu’à la fin de sa vie par Pierre Guillain de Bénouville qui bien que Camelot du roi, sera un acteur majeur de la résistance. En 1961 il est proposé pour le prix Nobel de littérature. Maurice Chapelon  dira : «Qui est René Behaine ?... Le romancier le plus méconnu de notre siècle et aux yeux de quelques-uns, le plus grand.», propos qu’il tiendra le lendemain de sa mort en 1966. On songe à ceux de l’abbé Seyiès sur le tiers état.  En 1960 la critique est unanime pour reconnaître René Behaine comme un écrivain marquant et le Petit Crapouillot dira même de lui : «Le plus grand romancier contemporain».

 

René Behaine est le fils d’un magistrat, Au gré des nominations paternelles, il se retrouve à Vervins, Sens, Troyes et Paris où il se marie le 23 novembre 1899 avec Marie Louise Bauley née le 26 novembre 1872 à Sainte Savine près de Troyes. Jean François leur fils y naîtra le 10 février 1912. La famille hérite d’un château à Morgny dans l’Aisne où elle s’installe en 1920. Six ans plus tard avec femme et enfant ils se retrouvent à Antibes chemin des Rastines où il va demeurer jusqu’à 1934. C’est l’année du suicide de Jean François le 18 avril, René se sépare de son épouse et vient à Nice avec Renée Davis qui est veuve et journaliste. C’est 6 avenue des Orangers que l’écrivain résidera jusqu’en 1940. Il a une sensibilité à fleur de peau (voir le texte qu’il écrit fin décembre 1959 après la mort de son chien Dim). René est un isolé dans la foule horrible des hommes. Un homme de bonne volonté qui souffrira de ses choix politiques très orientés à droite, voire monarchiste. Son ouvrage Le seul Amour, sera préfacé en 1960 par Yves Gandon qui l’a bien connu. En 1930 à Antibes pour l’Enchantement de Feu cinquième partie de L’Histoire d’une Société, Yves Gandon alors critique littéraire reçoit une réponse de René Behaine, décidemment désappointé par ce monde de plus en plus égoïste: «Est-ce qu’il resterait un atome de justice sur cette horrible terre ?».

 

Si avant guerre, il habite au milieu des mimosas à Antibes, à la fin de sa vie, il choisit Villefranche et les orangers de son ermitage. Sportif accompli, il traverse la rade de Villefranche à la nage alors qu’il a 80 ans.

 

En 1959 René Behaine écrivait à propos de son œuvre : «Sans certains échos souvent très lointains qui en sont venus jusqu’à moi et le souvenir de celui qui m’attend, au but qu’il me désigne, je n’aurais à ce jour où mon œuvre se termine, que le regret de l’avoir commencée.». Ce terrible aveu, celui d’être demeuré incompris, un échec, une vie manquée ? Non, il semble au contraire que Behaine est conforté dans son opinion de la société et ce regret ne serait ici qu’une condamnation de ses semblables avec la secrète pensée : «Ils ne m’ont pas mérité». René Behaine est au soir de sa vie un homme seul, fait-il un bilan de celle-ci ? Il ne faut pas oublier le drame de son existence, la mort de son fils Jean François, ce suicide qui bouleverse l’ordre de la destinée. Cet enfant qui par un après midi d’avril quitte la maison familiale et n’y reviendra plus. Ce fils, ce jeune homme a choisi d’en finir et pas très loin du domicile familial, dans un fourré se donne la mort. Jean François devait être un jeune homme plutôt déstructuré. Les parents eux-mêmes craignaient cette issue fatale. Ils demandaient aux voisins de les aider à le retrouver, soulignant qu’il était peut-être mourant ou mort son corps caché dans un fourré. C’est le  vendredi 18 avril 1934 qu’il alla vers 15 heures au rendez vous de la mort. On le retrouvera le lundi 21 avril 1934 mort d’une balle dans la tête, le corps dans un petit ravin et le revolver sur le talus d’où il se tua.  L’article du journal mentionne la naissance de Jean François à  Paris en 1911, or l’acte de décès indique Sainte Savine le  10 février 1912. Cette erreur de date pose des questions.

 

     L’ŒUVRE D’UNE VIE

 

C’est ainsi que l’on peut qualifier l’histoire d’une société de René Behaine. L’auteur va en un demi siècle, de 1907 à 1959 écrire les seize volumes de cette œuvre où il décrit la société de son temps, d’avant 1914. C’est bien jeune puisque à peine âgé de 18 ans qu’il commence à écrire en 1898, soit un an avant son mariage. Il déclare à son futur beau père : «Je veux, marié, écrire une œuvre comme la comédie humaine ou les Rougeon-Macquart. Je suis certain de le faire.» En 1914 il publie : «Les survivants», est-ce prémonitoire quand on sait l’hécatombe que causa ce conflit auquel il échappa étant alors en Suisse. C’est durant l’entre deux guerres qu’il réalise la majeure partie de ses livres. A la veille de la seconde guerre il achève : Le jour de Gloire, là aussi une prémonition. C’est en 1947 qu’il connaît le succès avec : Sous le chemin de Kâli. En 1960 dans l’ouvrage qui se veut un résumé de son œuvre, il ajoute un petit texte dédié à son chien Dim et dédicace cet ouvrage à Jean François, ce fils qui s’était suicidé en 1934. Le texte poignant écrit à ce chien qu’il avait recueilli un dimanche d’où son nom, peut-être considéré comme son testament.

 

      CORRESPONDANCE

Cette lettre de Pierre De Bénouville a été écrite le 16 octobre 1934 à Antibes. Son auteur parle de Jean François et du drame vécu par René Behaine à travers la mort tragique de son fils. On voit dans cette missive tracé les traits d’une société orpheline, Bénouville tout comme Behaine est monarchiste et ils voient l’un et l’autre dans la république la cause des malheurs de la France.

A René Béhaine

Mon cher ami

En présentant à vous-même et au public ce qui dans ma pensée ne doit être qu’un fragment d’une œuvre critique étendue, je me dois de donner certaines explications. Il y a un an à peine mes amis et moi ne connaissions de vos œuvres que des titres magnifiques que nous nous répétions parfois avec admiration. Dans notre vie tumultueuse, accaparés que nous étions par de graves obligations et par notre métier d’écrivain à l’exercice duquel nous apportions sinon toute notre foi du moins toute notre conscience, nous avions peu de minutes à nous et rarement le loisir de nous laisser glisser sur les belles pentes qui nous tentaient. Une histoire de prix littéraire amena sur ma table «La Solitude et le Silence». Ma vie durant, mon cher ami, je n’oublierai la lumière qui se fit dans mon cœur. C’était par un de ces soirs d’hiver froid et gris, et à l’heure où dans Paris les réverbères tentent d’éclairer le ciel pour le flot ininterrompu des passants jetés dans la rue par les ternes soucis que chaque heure apporte et aussi par cet instinct grégaire qui, dans ces heures de défaite, les retiennent loin de la solitude glacée de leurs logis sans joie. Cette lecture fut pour moi, et pour mes amis aussitôt alertés, une révélation qui nous isola dans la foule peureuse. Longtemps encore j’entendrai les mots émouvants des soirées que nous passâmes à discuter chez les uns et chez les autres, dans les cadres les plus divers ; et plus encore qu’à discuter à nous congratuler. Nous avions vécu jusqu’alors dans cet univers où chacun va courber sous sa peine, l’œil morne et le masque impénétrable. Notre foi en l’esprit, ces pages, déjà plus qu’à demi écrites quand je vous ai rencontré, vous l’ont dite, mais ce qu’elles n’ont su vous dire, c’est notre incertitude, notre angoisse et aussi notre lassitude. Autour de nous la terreur était à son comble ; l’anarchie semblait devoir triompher en dépit de la levée soudaine d’une génération généreuse qui, peu de jours après, allait en Février s’affronter avec les forces du mal, et dont beaucoup de représentants devaient mourir lâchement assassinés. Or, votre œuvre nous arrivait calme et grande ; calme comme est calme le visage d’une femme qui vient de pleurer, et plus grande encore que nous n’avions osé l’espérer. Après l’histoire de ce prix, qu’il eût été symbolique que l’on vous décernât, car c’était Monsieur le Conseiller Béhaine votre père, qui avait validé le testament de ses fondateurs, je vous écrivis pour vous exprimer mon admiration personnelle et celle de mes amis. Cette lettre composée à la hâte dans laquelle je tentais de vous dire combien votre combat pour l’esprit nous touchait et nous exaltait, ne vous montrait qu’une faible part de cet enthousiasme dont vous ne deviez connaître d’ailleurs la mesure qu’après les heures tragiques auxquelles je faisais allusion et au cours desquelles nous avions si souvent pensé à vous. Lorsque après le combat, étendus sur le sol de nos permanences, ou assis sur nos talons, nous attendions depuis la tombée de la nuit jusqu’au petit jour l’événement qui sauverait notre pays, notre anxiété nous empêchait de dormir ; et si parfois accablés par la fatigue accumulée de plusieurs jours de bataille nous nous effondrions, le souvenir de nos morts venait nous réveiller ; au cours de nos nuits blanches, nous parlions de vous et de l’espoir que vous nous aviez rendu. Pour le bien comprendre, cet enthousiasme, il faudrait lire les premières pages de cet ouvrage qui définissent notre délicate et douloureuse position. La Crise, ce cataclysme moral sans précédent dans l’histoire mondiale, nous la considérions sous des angles différents. Et bien qu’unanimement nous réclamions pour l’esprit une primauté indiscutable, les remèdes que nous proposions étaient différents et ne marquaient que trop notre incertitude. Les uns réclamaient une politique démographique, soucieuse des natalités et chassant des postes de commande des vieillards maladroits. Les autres discutaient avec âpreté de l’Avenir de l’Intelligence : aucun ne se décidait à examiner les causes psychologiques d’un mal qui nous ronge. Dans notre horreur de ce mal nous parlions surtout et sans le savoir d’exterminer le monde qu’il régit, et ne comprenions pas encore ce que vous expliquez si magnifiquement à vos contemporains et à ceux qui viendront : à savoir que le mal si grand soit-il ne saurait résister à une purification vraiment spirituelle. Votre œuvre aux prolongements philosophiques incommensurables nous présente un exemple : celui de deux êtres qui se dématérialisent, d’un représentant de ces «Nouveaux Venus» dont l’élévation n’est que le résultat des catastrophes sociales qui précédèrent l’avènement de la Troisième République, et d’une représentante de ces «Survivants» qui, ayant perdu un pouvoir pour lequel ils sont faits, tentent, soit de s’adapter à une vie sociale nouvelle et folle, soit de demeurer ce qu’ils étaient en préservant l’essence même de leur noblesse : leur manière de vivre. Au cours de « La Conquête de la Vie », de l’«Enchantement du Feu», nous reconnûmes votre héros : c’était nous-mêmes ; Michel, assoiffé d’une vérité qu’il perçoit et qu’il n’exprime pas encore car il en est ébloui, «et, sous cette figure de révolté réformateur qui s’ignorait lui-même, semblant s’élever contre l’ordre alors qu’il n’avait d’autre désir que de le réaliser», n’avait pas de secrets pour nous. Déjà ces deux ouvrages prennent des proportions philosophiques dans notre monde moderne qui cherche avant tout l’oubli et non la cause de son malheur, proportions qui ne feront que s’accentuer dans les volumes suivants. «Avec les yeux de l’esprit», «Au prix même du bonheur» sont des messages grandioses à une humanité pervertie et corrompue qu’il faut sauver car tel est le devoir de certains. Le thème prend encore plus d’ampleur avec «Dans la foule horrible des hommes» ; puis vous proposez le remède et, pour ceux qui travaillent au bien de la Communauté humaine, la seule solution : «La Solitude et le Silence», au cours de laquelle Michel, plus que jamais combattant de l’esprit, présente ses arguments, offre son exemple et celui de Catherine, sans pour cela dédaigner une poésie lyrique qui n’est pas la moindre qualité de vos fortes études. «Les Signes dans le ciel», titre éclatant, allusion aux signes annonciateurs des immenses bouleversements qui vont déranger encore une fois une société assoupie, je ne les ai connus que plus tard, lorsque je suis venu vous rendre visite dans votre émouvante solitude après un drame atroce qui atteignit vos amis comme vous-même. Que d’heures passées ensemble sous ce chaud soleil du Midi, et qui furent pour moi capitales. J’y repense tandis que j’écris cette lettre assis au bureau même de Jean-François, lien vivant de nos cœurs. Après avoir lu cet essai, après avoir sondé mes intentions vous m’avez montré le chemin ; et c’est à vous que ce livre devra son complément dont le titre dit bien le sens : «Captivité et Délivrance de l’Esprit aux XIXe et XXe siècles». C’est en effet à vous, cher ami, que je dois de vouloir entreprendre cette grande œuvre. Mon but est de tenter de faire dans le domaine de la critique ce que vous avez si pleinement réussi dans celui du roman ; et ma seule ambition, de propager ce mouvement en faveur de l’esprit, que vous avez provoqué.

Trois lettres de René Béhaine à René Benjamin

1) Antibes (sans date)

Cher Monsieur

Je n’ai pas perdu une heure, j’ai gagné une après-midi agréable – celle du 6 – à lire votre livre si vivant. Je n’étais pas gai, je déplorai presque de n’être ni condamné de droit commun, ni agent bolchévisant, et j’ai oublié tout cela dans la compagnie d’un homme heureux. Vous en savez quelque chose, vous qui savez que la vie est un dur passage, et qui cependant, sans, comme moi, goûter la joie de celui pour qui elle est, cette joie, facile. Merci donc de m’avoir entraîné avec vous dans cette existence qui ressemble si peu à la mienne, mais aussi d’avoir songé à me faire ce signe si amical.

Avec toute ma bien vive sympathie

Béhaine

2) La Plage d’Hyères

Mon cher confrère

J’étais aux premières audiences et je viens de lire votre article. Il est admirable,  il crie ce que j’eusse voulu crier, vous rendez jusqu’aux nuances des sentiments que tout homme d’honneur a éprouvé et éprouve. Je connaissais votre grand talent, je connais aujourd’hui le cœur qui l’anime. Je relis votre article, je le ferai lire, je l’envoie à l’autre bout de la France. Enfin il y a donc des esprits auxquels je m’apparente. Je ne suis donc pas le seul à être malade de ce que je vois, de ce que j’entends !

Permettez-moi de vous prier d’agréer l’expression de ma bien vive sympathie.

René Béhaine

Cette lettre écrite sur la plage d’Hyères date probablement de 1925... René Behaine  évoque ici le procès de Léon Daudet après l’assassinat de son fils Philippe. Il décrira les audiences auxquelles il assista dans l’Aveugle devant son miroir, avant dernier volume de son histoire d’une société. 

3) Les Rastines d’Antibes (nov.1933)

Cher Monsieur

Est-ce que je n’ai pas un peu ajouté, peut-être, à ce qui nous sépare ? Car, superficiellement, nous sommes très divisés, par le christianisme. Mais en vérité, si nous suivons des sentiers différents, la cime est bien la même, et je vous remercie d’avoir bien voulu m’exprimer avec tant de cœur et de générosité que vous l’avez senti. Que cette horrible démocratie disparaisse au plus vite ! Peut-être pourrons-nous encore goûter, selon le mot si humain du duc de Guise, «les agréments de la vie». J’espère avoir le grand plaisir de faire un jour votre connaissance. Ma vie très difficile me retient dans ce pays d’ailleurs si beau. Mais quand vous viendrez sur la côte, n’oubliez pas que vous avez à Antibes un admirateur et un ami.

René Béhaine

      

      Á PROPOS DE RENÉ BEHAINE

        RENÉ BEHAINE, SON STYLE

 « La phrase écrite n’est, pour le lecteur ordinaire qu’une transposition à peine modifiée de la phrase parlée. Qu’une idée la gonfle, lui donne de l’ampleur et du poids, la gêne et presque la surprise qu’il en éprouvera lui fait conclure aussitôt qu’il y a là une faute... Mais il en est d’autres dont le suffrage sérieux est le seul qui compte, et c’est à ceux-ci que je veux m’adresser. C’est à ceux qui, le livre ouvert, osent et savent suivre avec patience le développement de la phrase qui s’ajuste et s’accorde à la méditation de leur esprit. Le soir tombe, on relit la page, on se cherche dans ce miroir que vous tend l’expérience et qu’a coulé pour vous, dans la retraite et le silence, un cœur si proche du vôtre, qu’on ne connaîtra jamais. Vous ralentissez maintenant votre lecture. Vous tournez les pages comme si entre elles vos propres souvenirs s’étaient glissés. Vous vous dites : Que n’ai-je seize ans, que n’ai-je dix-huit ans, que ne puis-je, à ce carrefour où je n’ai su choisir, entrer dans le chemin dont je ne connaîtrai jamais le mystérieux secret. Mais la leçon du passé fermé doit servir à ceux devant qui l’avenir demeure grand ouvert. Et plus encore qu’à vous, c’est à ceux-ci que ce livre est destiné »

A suivre.

 

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