LANGUE DE MOLIERE OU DE SHAKESPEARE AU QUEBEC ?
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1ère Partie:
Les enjeux linguistiques

Entrevue avec Monsieur
Mario Beaulieu
Isidore Grao
Le 16 janvier 2012
Entrevue le 22 novembre 2011 avec : Monsieur Mario
Beaulieu
- Président de la Société Saint Jean Baptiste de Montréal
(SSJBM)
- Président du Mouvement Québec Français (MQF)
IG : Bonjour M.Beaulieu.
Vous êtes le Président
de la SSJBM et du MQF. Récemment ces deux mouvements ont défrayé l’actualité
Québécoise en participant à la marche organisée par « Cap sur
l’Indépendance » et en organisant celle de la semaine suivante pour
protester contre le recul du français à Montréal. Peut-on dire que les messages
envoyés ont été reçus par la population Québécoise ?
MB : Je pense que oui. La marche de « Cap sur
l’indépendance » a regroupé une participation d’environ 3 000 personnes.
Ce que nous souhaitions, c’était de démontrer que le mouvement indépendantiste
était encore bien vivant au Québec, malgré le contexte politique parfois mitigé
au Parti Québécois. « Cap sur l’indépendance » est une coalition qui
regroupe 22 organismes indépendantistes et qui vise à établir une campagne
permanente pour l’indépendance. Au Québec, on sait que depuis le dernier référendum
en 1995, il n’y a plus eu de campagne systématique pour l’indépendance. Malgré
tout, l’appui reste très solide. Les sondages démontrent qu’il y aurait de 35 à
40 % d’appui à la souveraineté du Québec, à l’indépendance. Quand on utilise la
question référendaire de 1995 l’appui atteint 40 à 45 % et ce sans qu’il y ait vraiment de campagne
en faveur de l’indépendance ni de promotion systématique. On constate que
l’appui reste très fort. Cette marche visait à démontrer que le mouvement
indépendantiste est encore actif. Cap sur l’indépendance vise toujours à
intervenir en démontrant que notre liberté collective c’est à dire la
possibilité de décider par nous mêmes de notre avenir, de nos politiques est
toujours présente. Même si, en ce moment nous sommes une nation carrément
annexée c’est à dire que c’est le gouvernement fédéral d’une nation anglaise,
qui contrôle notre nation. C’est ce gouvernement là qui prend les décisions les
plus importantes au niveau de nos relations internationales, au niveau de nos
impôts collectés (près de 50 milliards cette année), au niveau de notre économie.
IG : Pour revenir sur le référendum de 1995 alors que de nombreuses zones d’ombre ont émaillées
le déroulement de ce vote, le « non » est passé d’extrême justesse.
Ce qui n’était pas le cas pour le premier référendum. Donc on peut parler de demi-victoire,
pourquoi ne pas avoir tenté à moyen terme, un nouveau référendum ? Que
s’est-il donc passé ?
MB : Effectivement, on a constaté que l’appui à la
souveraineté dans l’année qui a suivi le référendum, continuait d’augmenter. On
est donc passé très près de la victoire. Et ce, malgré les milliers de
certificats de citoyenneté qui avait été accordés aux nouveaux arrivants. Ce
qui a manifestement aidé au « non ». Il y a eu aussi le dépassement
des limites de financement permises et le changement de Premier Ministre. Pour
rappel, M. Jacques Parizeau était Chef du Parti Québécois lors du référendum. Par la suite, ce fut Lucien Bouchard. Celui-ci
avait fait une très belle performance pendant le référendum. Il était issu du
parti conservateur, (parti fédéraliste), et était devenu fraichement
souverainiste. Bouchard n’a fait aucune action pour relancer un éventuel
référendum, aucune campagne. Ce fut plutôt la tendance inverse une stratégie
qui visait à calmer le jeu. On nous répétait qu’il ne fallait pas réagir aux
provocations du gouvernement fédéral qui faisait une campagne d’intimidation
avec son plan B, et menaçait d’avoir recours à la partition du Québec. Monsieur
Jean Chrétien répétait le slogan qui avait été utilisé par la Yougoslavie et la
Bosnie en l’appliquant au Québec alors que cela était tout à fait contraire aux
lois internationales. Plutôt que de réagir et de mobiliser la population, le
Parti Québécois ne répondait pas à ces provocations là. M. Bouchard qui avait été aussi ministre responsable du
dossier linguistique pour le gouvernement fédéral, était plutôt favorable au
bilinguisme institutionnel. Il avait une position tout à fait contraire à celle
que tenait le Parti québécois qui visait à ce que le français soit la seule
langue officielle pour les services publics en aménagant
des mesures d’exception pour la minorité historique d’anglophone. Donc tout
cela a causé des conflits internes assez importants au parti Québécois. Il y a
eu un congrès important en 1996 où Monsieur Lucien Bouchard déclare que si l’on
réalisait le programme du parti québécois il ne pourrait plus se regarder dans
le miroir. Donc il a fait retirer ce programme pour assurer l’avenir du
français, y compris l’application de la loi 101 aux CEGEPS et l’abolition de la loi 86. Cette loi 86 avait
affaiblie la charte de la langue française dans tous ses secteurs d’application
depuis 1993. A ce moment là tous les députés du parti québécois s’étaient
engagés à abolir la loi 86 dès la reprise du pouvoir. Quand le parti Québécois
a repris le pouvoir Monsieur Jacques Parizeau a tout concentré sur le
référendum. Suite à sa démission et avec l’arrivée de Monsieur Lucien
Bouchard on a abandonné les revendications linguistiques et la
réalisation du programme du parti
québécois. Tout cela a démobilisé de nombreux militants. Certains ont quitté le
parti québécois à partir de ce moment là. On nous disait qu’il y aurait un
effort pour la souveraineté. En 1997 et en 1998 on devait adopter de nouvelles
actions et à chaque fois qu’il y avait une nouvelle assemblée du parti
Québécois M. Bouchard parlait de la souveraineté. Mais en dehors des activités
internes au parti québécois il n’en parlait à peu prés jamais. Donc il n’y a
pas eu vraiment de démarche vers un deuxième référendum. Malgré tout, l’appui à
la souveraineté s’est maintenu au même niveau qu’il était en 1995. Récemment il
y a bien eu l’élection du parti NPD, mais le mouvement souverainiste est encore
très présent dans la population québécoise. On pense qu’en organisant une
campagne qui rassemblerait tous les organismes indépendantistes on est
convaincu de pouvoir augmenter cet appui à la souveraineté pour accélérer le
mouvement vers l’indépendance.
IG : Une petite réserve cependant. Il ne faudrait
pas oublier l’effet « immigration » dont on sait qu’il dilue les
forces du oui à la souveraineté. Ne croyez-vous pas comme le disait récemment Monsieur
Bernard Landry qu’il y ait urgence à aller vers un troisième référendum ?
MB. D’une part, oui il y aurait urgence. Au dernier
recensement la proportion des citoyens de langue matermelle
française est tombée sous la barre des 50 % à Montréal qui est la métropole du
Québec. Dans l’ensemble du Québec la part des francophones est tombée sous la
barre des 80 %. Quand on parle de la langue utilisée à la maison il y a un
déclin assez significatif et assez rapide. A Montréal on est à 54,6 % alors
qu’il n’y a pas très longtemps on était encore à 62,4 %. Par contre il reste
important dans l’ensemble du Québec et le chiffre atteint 82 %. Il reste donc
encore une masse critique qui nous permet de réaliser l’indépendance. Donc je
pense qu’on est loin d’être fini. Mais il faut réactiver le dossier. Je pense
que notre plus grand ennemi au Québec, c’est nous-mêmes avec cette mentalité
que l’on appelait de colonisés et que Camille Laurin appelait aussi «
l’identification à l’agresseur » ou d’autres « le syndrome de Stockholm ».
Dès qu’on a établi la charte de la langue française, on s’est mis à reculer
assez rapidement. Le gouvernement fédéral a mis beaucoup d’énergie pour
combattre la charte de la langue française. Il a eu la stratégie de nous
reprocher la loi 101. C’est assez
paradoxal parce que dans le même temps où le mouvement indépendantiste se
développait (dans les années 1960), on
interdisait l’enseignement dans les autres provinces canadiennes, hormis le
Québec, du français. Dans toutes les provinces canadiennes hormis le
Québec il y a eu des lois qui ont interdit l’enseignement du français dans
les écoles publiques pour permettre une anglicisation massive des francophones
à l’extérieur du Québec. Seulement 4,5 % de langues maternelles françaises dans
le Canada et seulement 2,5% utilisent le français à la maison. Alors qu’au Québec
on finançait sans aucun interdit et sans aucune
restriction des écoles en anglais pour tous. Donc la loi 101 permettait
d’établir la normalité et c’est ce qui se passe dans la plupart des états,
c’est à dire qu’on a décidé de financer les écoles publiques en français pour
les nouveaux arrivants, tout en
maintenant des institutions d’enseignement pour la minorité anglophone. Par
contre on n’a pas appliqué la charte de la langue française à l’enseignement
post secondaire. Ce qui a été une erreur. Après plusieurs années
d’affaiblissement de la loi 101, on arrive à un point où il y a 30 % plus
d’écoliers dans les écoles anglaises que la proportion d’anglophone le
justifierait. Il y a 11,5 % d’écoliers québécois dans les établissements
anglophones pour 8,2 d’écoliers de langue anglaise maternelle, et aux niveaux
des CEGEPS (ce qui n’existe pas ailleurs qu’au Québec). Dans la dernière année
d’enseignement scolaire et la première année universitaire c’est 16 % des
étudiants qui ont fréquenté des CEGEPS anglais. Pour ce qui est des universités
c’est 25% environ des étudiants québécois qui fréquentent des universités
anglaises pour 8 % de la population. Donc on finance trois fois plus les
universités anglophones que ne justifierait la proportion de la population. Ceci
est sans compter les fondations privées qui reçoivent des subventions fédérales
bien au delà des 30 %. Presque 35 % des subventions fédérales sont donnés aux
étudiants universitaires anglais. On a même lu hier dans des journaux qu’il y
avait des programmes qui visaient à renforcer les universités françaises qui
avaient subi des détournements d’argent. Par exemple on donnait accès aux
étudiants français aux universités québécoises avec les mêmes chèques que les
québécois. Alors qu’une bonne proportion des étudiants français choisit d’aller
à l’université Mc Gill malgré les difficultés du langage. Donc globalement on
se trouve à financer l’anglicisation du Québec à partir des institutions
gouvernementales municipales quelles que soient leurs origines : québécoises
ou fédérales. Il y a une étude très importante qui a été publiée il y a deux
semaines environ par l’institut de recherche en économie contemporaine qui
démontrait que dans la fonction publique québécoise à tous les paliers
gouvernementaux il y a environ 14 % des emplois qui se déroulent principalement
en anglais. Donc il y a 14 % d’emplois anglophones pour 8,7 % pour la
population active dont la langue parlée à la maison est anglaise et ceci sans
tenir compte les emplois bilingues. On a
donc évalué qu’il s’agissait de 50 000 emplois principalement en anglais
de trop que l’on finance environ de 2,2 milliards. On se trouve à accueillir
tous les émigrants à Montréal alors que le déclin démographique est dans les
régions éloignées de Montréal. Tout le sur-financement des universités
anglophones favorise ce qu’on peut appeler l’exode des cerveaux : par
exemple : 50 % des étudiants en médecine à l’université Mc Gill quittent
le Québec après la deuxième année qui suit leur diplomation alors qu’on connaît
une pénurie de médecins dans toutes les régions du Québec. Les études
démontrent qu’il faudrait plutôt décentraliser les études universitaires en
médecine. Dans le même temps, on s’apprête à bâtir deux méga- hôpitaux au
centre ville de Montréal, dont un méga hôpital anglophone qui va recevoir
autant sinon plus de financement. Les anglophones, les canadiens anglais
interviennent aux niveaux des groupes de pression anglophones pour favoriser
l’anglicisation des services publics au Québec et pendant ce temps là on a eu
des gouvernements issus du parti québécois sous Lucien Bouchard qui ont fait
beaucoup reculé le français. Maintenant
depuis plusieurs années on a un gouvernement libéral dont la clientèle la plus
importante est la clientèle anglophone de Montréal. Ce gouvernement là
contribue à angliciser davantage le Québec. Il est urgent de réagir mais on est
loin d’être fini. Il reste une bonne proportion de francophones. Nous sommes
convaincus que si nous arrivons à sensibiliser la population sur une grande dynamique
linguistique (parce qu’il y a eu des progrès apportés par la charte de la
langue française) on pense que le problème linguistique pourrait se régler
assez facilement.
IG : .En complément à cette question, que
pensez-vous du comportement de Stephen Harper, Premier Ministre Canadien vis à
vis du Québec ; et, aux conditions d’immigration au Québec, des résidents
français ?
MB : C’est ce type de provocations fédérales qui commence à faire réagir de plus
en plus la population Québécoise. Malheureusement le Bloc Québécois qui n’a pas
été réélu comme par le passé avait un comportement un peu attentiste. Il ne
voulait pas dénoncer les opérations contre les minorités en dehors du Québec. Il
ne voulait pas se mêler du dossier linguistique. M. Harper depuis qu’il est au
gouvernement a insufflé des reculs importants au Québec tant à l’intérieur qu’à
l’extérieur du pays. Il y a deux ans, se sont déroulées des manifestations
parce que l’on refusait à un avocat Montréalais de procéder en français au
tribunal de l’immigration à Montréal. Alors qu’il souhaitait procéder en
français, et ce, à la demande de son client. Alors il y a eu une bataille assez
importante. Finalement ils ont accepté que cet avocat là procède en français
mais dans plusieurs cas on impose l’unilingue anglais dans les institutions en
anglais au Québec et à l’extérieur du Québec. De plus en plus aux services
frontaliers, donc à la sécurité frontalière, les
agents fédéraux sont unilingues anglais. Ils veulent imposer l’anglais aux
tribunaux québécois de l’immigration. Maintenant les emplois fédéraux et
bilingues diminuent. Une grande partie
des fonds attribués aux programmes de langue officielle vont aux
anglo-québécois alors qu’ils sont déjà très favorisés. C’est sur que M. Harper
utilise aussi tous les symboles d’un retour à la monarchie britannique dont les
québécois se reconnaissent de moins en moins. Je pense qu’à moyen terme ce
comportement là va favoriser l’indépendance du Québec.

IG : Vous venez de dire que de plus en plus les
fonctionnaires québécois s’exprimaient dans leur fonction en anglais. Mais je
croyais que cela était interdit par la loi 101 ?
MB : Effectivement mais la loi 101 est très peu
respectée, le gouvernement québécois actuel ne fait pas respecter la loi 101 au
sein de ses propres organismes. C’est ainsi qu’au départ la loi 101
laissait une souplesse dans le cadre des services aux individus. On disait que
les services publics devaient être en français mais sans exiger que ces
services soient bilingues. Par contre les services aux entreprises, aux
personnes morales devaient être exclusivement en français. En 2002 j’étaits au Parti Québécois et on faisait le plus de pression
possible pour que le gouvernement de Lucien Bouchard intervienne. Mais
finalement Lucien Bouchard a démissionné, et la loi 104 qui interdisait de
revenir à une échappatoire contenue dans la loi 101. Cette dernière permettait
aux gens qui allaient dans une école anglaise de s’acheter le droit d’aller
dans une école anglaise en contournant la loi 101 par l’intermédiaire des
écoles anglaises privées non subventionnées. L’article 1 de la loi 104 devait
modifier la charte de la loi française en rétablissant l’obligation que les
communications entre le gouvernement du Québec et les personnes morales
établies au Québec devaient être seulement en français. Mais cette
obligation n’a jamais été mise en vigueur.
La loi 86 avait enlevé dans plusieurs cas les mots « uniquement en
français ». La loi 104 a été votée à l’unanimité par les parlementaires
Québécois. Alors le gouvernement actuel essaie de jeter de la poudre aux yeux
en faisant des campagnes incitatives pour faire avancer l’usage du français avec les
entreprises alors qu’il continue de communiquer avec elles en anglais. Nous
avons fait une manifestation devant les registraires des entreprises. A la
prochaine manifestation prévue le 1er décembre 2011on va aller
visiter le ministère du revenu et des agences gouvernementales pour exiger
qu’ils respectent l’article 16 de la loi 101 (tel que modifié par le projet de
loi 104). Par ailleurs, la politique linguistique gouvernementale qui n’est pas
régie par une loi mais un règlement, précise que les services gouvernementaux
doivent s’avancer dans l’unilinguisme français pour bien montrer que le
français est la langue commune au Québec. C’est le bilinguisme intégral au
Canada alors que dans le même temps on donne le service en anglais aux
immigrants au Québec. Dans tous les services gouvernementaux, les nouveaux
arrivants qui s’installent à Montréal peuvent avoir le service en anglais sur
demande ce qui fait qu’il n’y a pas d’incitatif à apprendre le français. Alors
il y a une grande bataille à mener de ce coté là. Une revendication commune du
Mouvement Québec français avec le syndicat de la fonction publique du Québec
est que pour tous les services administratifs excluant les services sociaux, de
santé, d’éducation municipaux, soient exclusivement en français pour tous y
compris pour les anglophones. Si on veut
respecter l’esprit de la loi 101 qui fait de la langue française la langue commune
de tous les québécois on constate qu’on peut continuer à donner les
services en anglais pour les services de proximité pour les minorités
historiques anglophones qui dans les faits constituent environ 5 % de la
population du Québec. Il y 8 % de citoyens québécois de langue maternelle
anglaise, et c’est 5,6 % de langue maternelle anglaise née au Québec. Les gens
de langue anglaise d’origine britannique née au Québec c’est 3 % de la
population. Alors pour une petite minorité
on finance finalement essentiellement des services en anglais qui
servent à angliciser les immigrants francophones de Montréal.
IG : Pour reprendre ma précédente question je
connais énormément de jeunes français qui voudraient immigrer au Québec mais
qui sont rebutés par les difficultés administratives du Québec, et même pour
des diplômés quand on ajoute l’obligation d’obtenir les équivalences. Ce qui
m’étonne c’est qu’il n’y ait pas de relations privilégiées entre le Québec et
la France. Alors que des liens de parentés nous unissent, les étudiants
français disent qu’ils sont soumis aux mêmes aléas que les autres émigrants
étrangers et la Délégation Générale du Québec à Paris n’apporte
aucune aide en la matière ? Ne croyez-vous qu’il y aurait là quelque chose
à améliorer ?
MB : Oui tout à fait. On
dit souvent que les gouvernements du Québec ont tenté différentes approches
avec la France. Il semble que plusieurs français aient rencontré des difficultés en ayant une résidence
permanente en France pour immigrer au Québec. Pour ce qui est des études
supérieures il y a un programme assez ancien, (près de 15 ans,) qui donne accès
aux universités québécoises en leur faisant payer les mêmes droits que les
étudiants québécois. Alors que normalement les étudiants étrangers ont une
participation financière beaucoup plus supérieure à acquitter. Mais les universités anglophones
telle Mc Gill qui sont beaucoup plus financés proportionnellement que les
universités francophones, ont fait de grandes campagnes de publicité en
indiquant qu’en profitant de ce programme là les étudiants d’origine
française pouvaient fréquenter des universités anglophones aux prix les plus
courts et concurrentiels au monde. Il y a donc une bonne proportion d’étudiants
français qui vont pour cela dans de telles universités donc plutôt que de
contribuer à renforcer le système des échanges avec les québécois ils vont vers
des universités anglophones où tout fonctionne en anglais et où on ne donne pas
une perception significative du Québec. Effectivement on a le plus grand
intérêt à favoriser l’immigration française et les échanges avec la France. A
l’intérieur de la France les services publics sont en français, je pense aux
universités aux services de l’éducation. Je pense donc qu’au Québec si on
francisait nos services publics et on rétablissait la charte de la langue
française, on arriverait à franciser les nouveaux arrivants .Cela contribuerait
à améliorer l’avenir du français au Québec et en Amérique.
IG : S’agissant des obligations d’obtenir des
équivalences dans les diplômes j’avoue ne pas comprendre leur nécessité. Un
médecin québécois qui arrive en France peut exercer immédiatement son métier
alors pourquoi que le contraire ne serait pas valable ?
MB : Il existe toutes sortes de problèmes. Ce que
l’on voit pour une grande partie de la population québécoise c’est que la
France est la mère patrie et on a tout intérêt à resserrer les liens avec elle.
Par contre, le Québec contrôle partiellement son immigration. Il ne contrôle
pas la catégorie des réfugiés politiques ni la réunification familiale. Pour
les autres catégories d’immigrants le contrôle Québécois s’effectue dans le
cadre d’une entente temporaire qui permet au Québec d’exercer une certaine
influence dans la sélection des émigrants. L’expérience démontre que le fédéral
interface avec le processus. On a des
témoignages de gens qui pour émigrer au Canada choisissent le Québec parce que
c’est en français. Mais ils ont eu toutes sortes de difficultés à émigrer au
Québec parce qu’il y a des interférences qui viennent du Canada anglais. Il y a
eu différents programmes d’immigration. Il y a encore des négociations pour une
certaine forme de libre circulation entre la France et le Québec mais il reste
beaucoup de chemin encore à faire. Je pense que de toutes les manières le
Canada anglais ne favorise pas ce genre de rapprochement là.
IG : Si vous permettez une petite réflexion. Il est
vrai que l’accueil des immigrants se fait par l’intermédiaire des services
fédéraux et là le Québec n’y peut rien. Mais ensuite quand l’immigrant
s’installe au Québec pourquoi les municipalités ne prennent-elles pas le relais
pour améliorer les conditions d’intégration ?
MB : Je suis tout à fait d’accord. Il existe
différents projets de loi qui avaient été mis en place lors du dernier mandat
du parti québécois actuellement le contexte politique est un peu bloqué mais
tout peut changer très rapidement. Ce que l’on propose aux niveaux des services
municipaux, des services du gouvernement du Québec, c’est que ces services
soient essentiellement en français pour les nouveaux arrivants. À peu près
partout au monde cela constitue la normalité : quelqu’un qui veut s’établir en
Italie doit savoir parler l’italien, si c’est en Allemagne il doit apprendre
l’allemand. Ici au Québec, en général les services publiques devraient
uniquement fonctionner en français, dans ce cas là ce que nous proposons, c’est
de renforcer la loi 101 ou la charte de la langue française. Il est essentiel
d’appliquer la charte de la langue française au niveau postsecondaire des
CEGEPS. Il faut également établir un financement équitable des universités
francophones. Il y a actuellement 80 %
francophones de langue maternelle, 10 % d’allophones donc 90 % de non
anglophones au Québec. Pour que les nouveaux arrivants fréquentent les
établissements d’enseignement post secondaires, d’enseignements supérieurs en
français, les universités francophones devraient recevoir 90 % du financement.
Aujourd’hui, du gouvernement du Québec elles ne reçoivent que 75 % seulement,
et du gouvernement fédéral, 65%.
Si les services gouvernementaux administratifs à Montréal
étaient esclusivement en français, les nouveaux
arrivants et les allophones auraient davantage tendance à utiliser le français
comme langue d’usage. Ainsi, par exemple, si pour obtenir son permis de
conduire, sa carte d’assurance maladie, son rapport d’impôt, tout individu
devait communiquer en français, je pense que les nouveaux arrivants verraient
qu’il faut qu’ils apprennent le français et se diraient d’accord pour apprendre
la langue du pays dans lequel ils veulent émigrer. Ceci est tout à fait
réalisable par le gouvernement du Québec. C’est ce que l’on revendique et qui
nous fera descendre dans la rue de plus en plus. Il faut vraiment remobiliser
la population du Québec dans le dossier linguistique et dans le dossier de
l’intégration et de la francisation des nouveaux arrivants. On sait que la
nécessité d’assurer l’avenir du français
est un facteur puissant pour augmenter l’appui à l’indépendance. A mesure qu’on
revendique et qu’on réalise ce genre de mesures, on voit le gouvernement
fédéral, le gouvernement du Canada anglais qui réagit pour interférer avec ces
lois du Québec. On sait que partout à travers le monde ou
il existe des systèmes basés sur le bilinguisme institutionnel on observe la
disparition graduelle des langues minoritaires. Les seuls états où il y a
plusieurs langues nationales il n’y a pas ce phénomène d’assimilation là, ce
sont des pays comme la Suisse, la Belgique, le Cameroun, où on fonctionne plutôt
sur le principe des droits collectifs et territoriaux : sur un territoire
donné, il y a une langue pour les services publics. Par exemple, si on regarde
la Belgique : si vous vous trouvez en territoire flamand les services vous
seront rendus en flamand et idem pour le cas des wallons où l’on parle le
français. Là où il y a des difficultés c’est à Bruxelles. Bruxelles est
bilingue et la langue française est devenue très majoritaire à Bruxelles. Ceci
concerne la Belgique. Mais au Québec, la charte de la langue française qui a
été établie en 1977 pour faire du français la seule langue officielle au
Québec. Le Canada anglais a réussi à affaiblir cette législation. Si on réussit
à la renforcer et à la rétablir on sera assuré de franciser les émigrants. On
sait au Québec que l’appui à la
souveraineté n’est pas lié à l’origine ethnique mais plus à la langue. Plus les
allophones sont francisés plus ils tendent à appuyer la souveraineté comme le
reste de la population francophone. Alors l’enjeu linguistique est un enjeu
majeur qui sera pour nous, appelé à devenir de plus en plus important, au
Québec.