LANGUE DE MOLIERE OU DE SHAKESPEARE AU QUEBEC ?

1ère Partie:

 

Les enjeux linguistiques

 

 

Entrevue avec Monsieur Mario Beaulieu

 

Isidore Grao

Le 16 janvier 2012

 

Entrevue le 22 novembre 2011 avec : Monsieur Mario Beaulieu

- Président de la Société Saint Jean Baptiste de Montréal (SSJBM)

- Président du Mouvement Québec Français (MQF)

 

IG : Bonjour M.Beaulieu.

Vous êtes le Président  de la SSJBM et du MQF. Récemment ces deux mouvements ont défrayé l’actualité Québécoise en participant à la marche organisée par « Cap sur l’Indépendance » et en organisant celle de la semaine suivante pour protester contre le recul du français à Montréal. Peut-on dire que les messages envoyés ont été reçus par la population Québécoise ?

MB : Je pense que oui. La marche de « Cap sur l’indépendance » a regroupé une participation d’environ 3 000 personnes. Ce que nous souhaitions, c’était de démontrer que le mouvement indépendantiste était encore bien vivant au Québec, malgré le contexte politique parfois mitigé au Parti Québécois. « Cap sur l’indépendance » est une coalition qui regroupe 22 organismes indépendantistes et qui vise à établir une campagne permanente pour l’indépendance. Au Québec, on sait que depuis le dernier référendum en 1995, il n’y a plus eu de campagne systématique pour l’indépendance. Malgré tout, l’appui reste très solide. Les sondages démontrent qu’il y aurait de 35 à 40 % d’appui à la souveraineté du Québec, à l’indépendance. Quand on utilise la question référendaire de 1995 l’appui atteint 40 à 45 %  et ce sans qu’il y ait vraiment de campagne en faveur de l’indépendance ni de promotion systématique. On constate que l’appui reste très fort. Cette marche visait à démontrer que le mouvement indépendantiste est encore actif. Cap sur l’indépendance vise toujours à intervenir en démontrant que notre liberté collective c’est à dire la possibilité de décider par nous mêmes de notre avenir, de nos politiques est toujours présente. Même si, en ce moment nous sommes une nation carrément annexée c’est à dire que c’est le gouvernement fédéral d’une nation anglaise, qui contrôle notre nation. C’est ce gouvernement là qui prend les décisions les plus importantes au niveau de nos relations internationales, au niveau de nos impôts collectés (près de 50 milliards cette année), au niveau de notre économie.

 

IG : Pour revenir sur le référendum de 1995 alors  que de nombreuses zones d’ombre ont émaillées le déroulement de ce vote, le « non » est passé d’extrême justesse. Ce qui n’était pas le cas pour le premier référendum. Donc on peut parler de demi-victoire, pourquoi ne pas avoir tenté à moyen terme, un nouveau référendum ? Que s’est-il donc passé ?

 

MB : Effectivement, on a constaté que l’appui à la souveraineté dans l’année qui a suivi le référendum, continuait d’augmenter. On est donc passé très près de la victoire. Et ce, malgré les milliers de certificats de citoyenneté qui avait été accordés aux nouveaux arrivants. Ce qui a manifestement aidé au « non ». Il y a eu aussi le dépassement des limites de financement permises et le changement de Premier Ministre. Pour rappel, M. Jacques Parizeau était Chef du Parti Québécois  lors du référendum.  Par la suite, ce fut Lucien Bouchard. Celui-ci avait fait une très belle performance pendant le référendum. Il était issu du parti conservateur, (parti fédéraliste), et était devenu fraichement souverainiste. Bouchard n’a fait aucune action pour relancer un éventuel référendum, aucune campagne. Ce fut plutôt la tendance inverse une stratégie qui visait à calmer le jeu. On nous répétait qu’il ne fallait pas réagir aux provocations du gouvernement fédéral qui faisait une campagne d’intimidation avec son plan B, et menaçait d’avoir recours à la partition du Québec. Monsieur Jean Chrétien répétait le slogan qui avait été utilisé par la Yougoslavie et la Bosnie en l’appliquant au Québec alors que cela était tout à fait contraire aux lois internationales. Plutôt que de réagir et de mobiliser la population, le Parti Québécois ne répondait pas à ces provocations là. M. Bouchard  qui avait été aussi ministre responsable du dossier linguistique pour le gouvernement fédéral, était plutôt favorable au bilinguisme institutionnel. Il avait une position tout à fait contraire à celle que tenait le Parti québécois qui visait à ce que le français soit la seule langue officielle pour les services publics en aménagant des mesures d’exception pour la minorité historique d’anglophone. Donc tout cela a causé des conflits internes assez importants au parti Québécois. Il y a eu un congrès important en 1996 où Monsieur Lucien Bouchard déclare que si l’on réalisait le programme du parti québécois il ne pourrait plus se regarder dans le miroir. Donc il a fait retirer ce programme pour assurer l’avenir du français, y compris l’application de la loi 101 aux CEGEPS et  l’abolition de la loi 86. Cette loi 86 avait affaiblie la charte de la langue française dans tous ses secteurs d’application depuis 1993. A ce moment là tous les députés du parti québécois s’étaient engagés à abolir la loi 86 dès la reprise du pouvoir. Quand le parti Québécois a repris le pouvoir Monsieur Jacques Parizeau a tout concentré sur le référendum. Suite à sa démission et avec l’arrivée de Monsieur Lucien Bouchard on a abandonné les revendications linguistiques et la réalisation  du programme du parti québécois. Tout cela a démobilisé de nombreux militants. Certains ont quitté le parti québécois à partir de ce moment là. On nous disait qu’il y aurait un effort pour la souveraineté. En 1997 et en 1998 on devait adopter de nouvelles actions et à chaque fois qu’il y avait une nouvelle assemblée du parti Québécois M. Bouchard parlait de la souveraineté. Mais en dehors des activités internes au parti québécois il n’en parlait à peu prés jamais. Donc il n’y a pas eu vraiment de démarche vers un deuxième référendum. Malgré tout, l’appui à la souveraineté s’est maintenu au même niveau qu’il était en 1995. Récemment il y a bien eu l’élection du parti NPD, mais le mouvement souverainiste est encore très présent dans la population québécoise. On pense qu’en organisant une campagne qui  rassemblerait  tous les organismes indépendantistes on est convaincu de pouvoir augmenter cet appui à la souveraineté pour accélérer le mouvement vers l’indépendance.

 

IG : Une petite réserve cependant. Il ne faudrait pas oublier l’effet « immigration » dont on sait qu’il dilue les forces du oui à la souveraineté. Ne croyez-vous pas comme le disait récemment Monsieur Bernard Landry qu’il y ait urgence à aller vers un troisième référendum ?

 

MB. D’une part, oui il y aurait urgence. Au dernier recensement la proportion des citoyens de langue matermelle française est tombée sous la barre des 50 % à Montréal qui est la métropole du Québec. Dans l’ensemble du Québec la part des francophones est tombée sous la barre des 80 %. Quand on parle de la langue utilisée à la maison il y a un déclin assez significatif et assez rapide. A Montréal on est à 54,6 % alors qu’il n’y a pas très longtemps on était encore à 62,4 %. Par contre il reste important dans l’ensemble du Québec et le chiffre atteint 82 %. Il reste donc encore une masse critique qui nous permet de réaliser l’indépendance. Donc je pense qu’on est loin d’être fini. Mais il faut réactiver le dossier. Je pense que notre plus grand ennemi au Québec, c’est nous-mêmes avec cette mentalité que l’on appelait de colonisés et que Camille Laurin appelait aussi «  l’identification à l’agresseur » ou d’autres «  le syndrome de Stockholm ». Dès qu’on a établi la charte de la langue française, on s’est mis à reculer assez rapidement. Le gouvernement fédéral a mis beaucoup d’énergie pour combattre la charte de la langue française. Il a eu la stratégie de nous reprocher  la loi 101. C’est assez paradoxal parce que dans le même temps où le mouvement indépendantiste se développait  (dans les années 1960), on interdisait l’enseignement dans les autres provinces canadiennes, hormis le Québec, du français. Dans toutes les provinces canadiennes hormis le Québec il y a eu des lois qui ont interdit l’enseignement du français dans les écoles publiques pour permettre une anglicisation massive des francophones à l’extérieur du Québec. Seulement 4,5 % de langues maternelles françaises dans le Canada et seulement 2,5% utilisent le français à la maison. Alors qu’au Québec on finançait sans aucun interdit et sans aucune restriction des écoles en anglais pour tous. Donc la loi 101 permettait d’établir la normalité et c’est ce qui se passe dans la plupart des états, c’est à dire qu’on a décidé de financer les écoles publiques en français pour les nouveaux arrivants,  tout en maintenant des institutions d’enseignement pour la minorité anglophone. Par contre on n’a pas appliqué la charte de la langue française à l’enseignement post secondaire. Ce qui a été une erreur. Après plusieurs années d’affaiblissement de la loi 101, on arrive à un point où il y a 30 % plus d’écoliers dans les écoles anglaises que la proportion d’anglophone le justifierait. Il y a 11,5 % d’écoliers québécois dans les établissements anglophones pour 8,2 d’écoliers de langue anglaise maternelle, et aux niveaux des CEGEPS (ce qui n’existe pas ailleurs qu’au Québec). Dans la dernière année d’enseignement scolaire et la première année universitaire c’est 16 % des étudiants qui ont fréquenté des CEGEPS anglais. Pour ce qui est des universités c’est 25% environ des étudiants québécois qui fréquentent des universités anglaises pour 8 % de la population. Donc on finance trois fois plus les universités anglophones que ne justifierait la proportion de la population. Ceci est sans compter les fondations privées qui reçoivent des subventions fédérales bien au delà des 30 %. Presque 35 % des subventions fédérales sont donnés aux étudiants universitaires anglais. On a même lu hier dans des journaux qu’il y avait des programmes qui visaient à renforcer les universités françaises qui avaient subi des détournements d’argent. Par exemple on donnait accès aux étudiants français aux universités québécoises avec les mêmes chèques que les québécois. Alors qu’une bonne proportion des étudiants français choisit d’aller à l’université Mc Gill malgré les difficultés du langage. Donc globalement on se trouve à financer l’anglicisation du Québec à partir des institutions gouvernementales municipales quelles que soient leurs origines : québécoises ou fédérales. Il y a une étude très importante qui a été publiée il y a deux semaines environ par l’institut de recherche en économie contemporaine qui démontrait que dans la fonction publique québécoise à tous les paliers gouvernementaux il y a environ 14 % des emplois qui se déroulent principalement en anglais. Donc il y a 14 % d’emplois anglophones pour 8,7 % pour la population active dont la langue parlée à la maison est anglaise et ceci sans tenir compte les emplois bilingues. On a  donc évalué qu’il s’agissait de 50 000 emplois principalement en anglais de trop que l’on finance environ de 2,2 milliards. On se trouve à accueillir tous les émigrants à Montréal alors que le déclin démographique est dans les régions éloignées de Montréal. Tout le sur-financement des universités anglophones favorise ce qu’on peut appeler l’exode des cerveaux : par exemple : 50 % des étudiants en médecine à l’université Mc Gill quittent le Québec après la deuxième année qui suit leur diplomation alors qu’on connaît une pénurie de médecins dans toutes les régions du Québec. Les études démontrent qu’il faudrait plutôt décentraliser les études universitaires en médecine. Dans le même temps, on s’apprête à bâtir deux méga- hôpitaux au centre ville de Montréal, dont un méga hôpital anglophone qui va recevoir autant sinon plus de financement. Les anglophones, les canadiens anglais interviennent aux niveaux des groupes de pression anglophones pour favoriser l’anglicisation des services publics au Québec et pendant ce temps là on a eu des gouvernements issus du parti québécois sous Lucien Bouchard qui ont fait beaucoup reculé  le français. Maintenant depuis plusieurs années on a un gouvernement libéral dont la clientèle la plus importante est la clientèle anglophone de Montréal. Ce gouvernement là contribue à angliciser davantage le Québec. Il est urgent de réagir mais on est loin d’être fini. Il reste une bonne proportion de francophones. Nous sommes convaincus que si nous arrivons à sensibiliser la population sur une grande dynamique linguistique (parce qu’il y a eu des progrès apportés par la charte de la langue française) on pense que le problème linguistique pourrait se régler assez facilement.

 

IG : .En complément à cette question, que pensez-vous du comportement de Stephen Harper, Premier Ministre Canadien vis à vis du Québec ; et, aux conditions d’immigration au Québec, des résidents français ?

 

MB : C’est ce type de provocations  fédérales qui commence à faire réagir de plus en plus la population Québécoise. Malheureusement le Bloc Québécois qui n’a pas été réélu comme par le passé avait un comportement un peu attentiste. Il ne voulait pas dénoncer les opérations contre les minorités en dehors du Québec. Il ne voulait pas se mêler du dossier linguistique. M. Harper depuis qu’il est au gouvernement a insufflé des reculs importants au Québec tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Il y a deux ans, se sont déroulées des manifestations parce que l’on refusait à un avocat Montréalais de procéder en français au tribunal de l’immigration à Montréal. Alors qu’il souhaitait procéder en français, et ce, à la demande de son client. Alors il y a eu une bataille assez importante. Finalement ils ont accepté que cet avocat là procède en français mais dans plusieurs cas on impose l’unilingue anglais dans les institutions en anglais au Québec et à l’extérieur du Québec. De plus en plus aux services frontaliers, donc à la sécurité frontalière, les agents fédéraux sont unilingues anglais. Ils veulent imposer l’anglais aux tribunaux québécois de l’immigration. Maintenant les emplois fédéraux et bilingues diminuent. Une grande partie  des fonds attribués aux programmes de langue officielle vont aux anglo-québécois alors qu’ils sont déjà très favorisés. C’est sur que M. Harper utilise aussi tous les symboles d’un retour à la monarchie britannique dont les québécois se reconnaissent de moins en moins. Je pense qu’à moyen terme ce comportement là va favoriser l’indépendance du Québec.

 

IG : Vous venez de dire que de plus en plus les fonctionnaires québécois s’exprimaient dans leur fonction en anglais. Mais je croyais que cela était interdit par la loi 101 ?

 

MB : Effectivement mais la loi 101 est très peu respectée, le gouvernement québécois actuel ne fait pas respecter la loi 101 au sein de ses propres organismes. C’est ainsi qu’au départ la loi 101 laissait une souplesse dans le cadre des services aux individus. On disait que les services publics devaient être en français mais sans exiger que ces services soient bilingues. Par contre les services aux entreprises, aux personnes morales devaient être exclusivement en français. En 2002 j’étaits au Parti Québécois et on faisait le plus de pression possible pour que le gouvernement de Lucien Bouchard intervienne. Mais finalement Lucien Bouchard a démissionné, et la loi 104 qui interdisait de revenir à une échappatoire contenue dans la loi 101. Cette dernière permettait aux gens qui allaient dans une école anglaise de s’acheter le droit d’aller dans une école anglaise en contournant la loi 101 par l’intermédiaire des écoles anglaises privées non subventionnées. L’article 1 de la loi 104 devait modifier la charte de la loi française en rétablissant l’obligation que les communications entre le gouvernement du Québec et les personnes morales établies au Québec devaient être seulement en français. Mais cette obligation  n’a jamais été mise en vigueur. La loi 86 avait enlevé dans plusieurs cas les mots « uniquement en français ». La loi 104 a été votée à l’unanimité par les parlementaires Québécois. Alors le gouvernement actuel essaie de jeter de la poudre aux yeux en faisant des campagnes incitatives pour  faire avancer l’usage du français avec les entreprises alors qu’il continue de communiquer avec elles en anglais. Nous avons fait une manifestation devant les registraires des entreprises. A la prochaine manifestation prévue le 1er décembre 2011on va aller visiter le ministère du revenu et des agences gouvernementales pour exiger qu’ils respectent l’article 16 de la loi 101 (tel que modifié par le projet de loi 104). Par ailleurs, la politique linguistique gouvernementale qui n’est pas régie par une loi mais un règlement, précise que les services gouvernementaux doivent s’avancer dans l’unilinguisme français pour bien montrer que le français est la langue commune au Québec. C’est le bilinguisme intégral au Canada alors que dans le même temps on donne le service en anglais aux immigrants au Québec. Dans tous les services gouvernementaux, les nouveaux arrivants qui s’installent à Montréal peuvent avoir le service en anglais sur demande ce qui fait qu’il n’y a pas d’incitatif à apprendre le français. Alors il y a une grande bataille à mener de ce coté là. Une revendication commune du Mouvement Québec français avec le syndicat de la fonction publique du Québec est que pour tous les services administratifs excluant les services sociaux, de santé, d’éducation municipaux, soient exclusivement en français pour tous y compris pour les anglophones.  Si on veut respecter l’esprit de la loi 101 qui fait de la langue française la langue commune de tous les québécois on constate qu’on peut continuer à donner les services en anglais pour les services de proximité pour les minorités historiques anglophones qui dans les faits constituent environ 5 % de la population du Québec. Il y 8 % de citoyens québécois de langue maternelle anglaise, et c’est 5,6 % de langue maternelle anglaise née au Québec. Les gens de langue anglaise d’origine britannique née au Québec c’est 3 % de la population. Alors pour une petite minorité  on finance finalement essentiellement des services en anglais qui servent à angliciser les immigrants francophones de Montréal.

 

IG : Pour reprendre ma précédente question je connais énormément de jeunes français qui voudraient immigrer au Québec mais qui sont rebutés par les difficultés administratives du Québec, et même pour des diplômés quand on ajoute l’obligation d’obtenir les équivalences. Ce qui m’étonne c’est qu’il n’y ait pas de relations privilégiées entre le Québec et la France. Alors que des liens de parentés nous unissent, les étudiants français disent qu’ils sont soumis aux mêmes aléas que les autres émigrants étrangers et la Délégation Générale du Québec à Paris n’apporte aucune aide en la matière ? Ne croyez-vous qu’il y aurait là quelque chose à améliorer ?

 

MB : Oui tout à fait. On dit souvent que les gouvernements du Québec ont tenté différentes approches avec la France. Il semble que plusieurs français aient rencontré  des difficultés en ayant une résidence permanente en France pour immigrer au Québec. Pour ce qui est des études supérieures il y a un programme assez ancien, (près de 15 ans,) qui donne accès aux universités québécoises en leur faisant payer les mêmes droits que les étudiants québécois. Alors que normalement les étudiants étrangers ont une participation financière beaucoup plus supérieure  à acquitter. Mais les universités anglophones telle Mc Gill qui sont beaucoup plus financés proportionnellement que les universités francophones, ont fait de grandes campagnes de publicité en indiquant qu’en profitant de ce programme là les étudiants d’origine française pouvaient fréquenter des universités anglophones aux prix les plus courts et concurrentiels au monde. Il y a donc une bonne proportion d’étudiants français qui vont pour cela dans de telles universités donc plutôt que de contribuer à renforcer le système des échanges avec les québécois ils vont vers des universités anglophones où tout fonctionne en anglais et où on ne donne pas une perception significative du Québec. Effectivement on a le plus grand intérêt à favoriser l’immigration française et les échanges avec la France. A l’intérieur de la France les services publics sont en français, je pense aux universités aux services de l’éducation. Je pense donc qu’au Québec si on francisait nos services publics et on rétablissait la charte de la langue française, on arriverait à franciser les nouveaux arrivants .Cela contribuerait à améliorer l’avenir du français au Québec et en Amérique.

IG : S’agissant des obligations d’obtenir des équivalences dans les diplômes j’avoue ne pas comprendre leur nécessité. Un médecin québécois qui arrive en France peut exercer immédiatement son métier alors pourquoi que le contraire ne serait pas valable ?

 

MB : Il existe toutes sortes de problèmes. Ce que l’on voit pour une grande partie de la population québécoise c’est que la France est la mère patrie et on a tout intérêt à resserrer les liens avec elle. Par contre, le Québec contrôle partiellement son immigration. Il ne contrôle pas la catégorie des réfugiés politiques ni la réunification familiale. Pour les autres catégories d’immigrants le contrôle Québécois s’effectue dans le cadre d’une entente temporaire qui permet au Québec d’exercer une certaine influence dans la sélection des émigrants. L’expérience démontre que le fédéral interface  avec le processus. On a des témoignages de gens qui pour émigrer au Canada choisissent le Québec parce que c’est en français. Mais ils ont eu toutes sortes de difficultés à émigrer au Québec parce qu’il y a des interférences qui viennent du Canada anglais. Il y a eu différents programmes d’immigration. Il y a encore des négociations pour une certaine forme de libre circulation entre la France et le Québec mais il reste beaucoup de chemin encore à faire. Je pense que de toutes les manières le Canada anglais ne favorise pas ce genre de rapprochement là.

 

IG : Si vous permettez une petite réflexion. Il est vrai que l’accueil des immigrants se fait par l’intermédiaire des services fédéraux et là le Québec n’y peut rien. Mais ensuite quand l’immigrant s’installe au Québec pourquoi les municipalités ne prennent-elles pas le relais pour améliorer les conditions d’intégration ?

 

MB : Je suis tout à fait d’accord. Il existe différents projets de loi qui avaient été mis en place lors du dernier mandat du parti québécois actuellement le contexte politique est un peu bloqué mais tout peut changer très rapidement. Ce que l’on propose aux niveaux des services municipaux, des services du gouvernement du Québec, c’est que ces services soient essentiellement en français pour les nouveaux arrivants. À peu près partout au monde cela constitue la normalité : quelqu’un qui veut s’établir en Italie doit savoir parler l’italien, si c’est en Allemagne il doit apprendre l’allemand. Ici au Québec, en général les services publiques devraient uniquement fonctionner en français, dans ce cas là ce que nous proposons, c’est de renforcer la loi 101 ou la charte de la langue française. Il est essentiel d’appliquer la charte de la langue française au niveau postsecondaire des CEGEPS. Il faut également établir un financement équitable des universités francophones. Il y a actuellement 80 %  francophones de langue maternelle, 10 % d’allophones donc 90 % de non anglophones au Québec. Pour que les nouveaux arrivants fréquentent les établissements d’enseignement post secondaires, d’enseignements supérieurs en français, les universités francophones devraient recevoir 90 % du financement. Aujourd’hui, du gouvernement du Québec elles ne reçoivent que 75 % seulement, et du gouvernement fédéral, 65%.

 

Si les services gouvernementaux administratifs à Montréal étaient esclusivement en français, les nouveaux arrivants et les allophones auraient davantage tendance à utiliser le français comme langue d’usage. Ainsi, par exemple, si pour obtenir son permis de conduire, sa carte d’assurance maladie, son rapport d’impôt, tout individu devait communiquer en français, je pense que les nouveaux arrivants verraient qu’il faut qu’ils apprennent le français et se diraient d’accord pour apprendre la langue du pays dans lequel ils veulent émigrer. Ceci est tout à fait réalisable par le gouvernement du Québec. C’est ce que l’on revendique et qui nous fera descendre dans la rue de plus en plus. Il faut vraiment remobiliser la population du Québec dans le dossier linguistique et dans le dossier de l’intégration et de la francisation des nouveaux arrivants. On sait que la nécessité  d’assurer l’avenir du français est un facteur puissant pour augmenter l’appui à l’indépendance. A mesure qu’on revendique et qu’on réalise ce genre de mesures, on voit le gouvernement fédéral, le gouvernement du Canada anglais qui réagit pour interférer avec ces lois du Québec. On sait que partout à travers le monde ou il existe des systèmes basés sur le bilinguisme institutionnel on observe la disparition graduelle des langues minoritaires. Les seuls états où il y a plusieurs langues nationales il n’y a pas ce phénomène d’assimilation là, ce sont des pays comme la Suisse, la Belgique, le Cameroun, où on fonctionne plutôt sur le principe des droits collectifs et territoriaux : sur un territoire donné, il y a une langue pour les services publics. Par exemple, si on regarde la Belgique : si vous vous trouvez en territoire flamand les services vous seront rendus en flamand et idem pour le cas des wallons où l’on parle le français. Là où il y a des difficultés c’est à Bruxelles. Bruxelles est bilingue et la langue française est devenue très majoritaire à Bruxelles. Ceci concerne la Belgique. Mais au Québec, la charte de la langue française qui a été établie en 1977 pour faire du français la seule langue officielle au Québec. Le Canada anglais a réussi à affaiblir cette législation. Si on réussit à la renforcer et à la rétablir on sera assuré de franciser les émigrants. On sait au Québec  que l’appui à la souveraineté n’est pas lié à l’origine ethnique mais plus à la langue. Plus les allophones sont francisés plus ils tendent à appuyer la souveraineté comme le reste de la population francophone. Alors l’enjeu linguistique est un enjeu majeur qui sera pour nous, appelé à devenir de plus en plus important, au Québec.