LA JEUNESSE QUEBECOISE:

PLUS DE LANGUE DE BOIS POLITICIENNE

Description: i Love Peres:Users:GMPent:Desktop:2012-01-11 Article LA JEUNESSE QUEBECOISE PLUS DE LANGUE DE BOIS POLITICIENNE Marie Depelteau Paquette.docx (applicationvnd.openxmlformatsphoto MarieDepelteau Paquette.JPG

 

 

Isidore Grao

Le, 11 janvier 2012

www.lavoixdecartier.com

 

 

Interview de Mlle Marie Depelteau Paquette

Le lundi 12 décembre 2011

 

 

 

IG : Bonjour Mademoiselle. Dans le monde politique actuel on donne beaucoup la parole aux  politiciens « établis ». Quelques fois trop même, car on oublie que c’est grâce au peuple et aux bienfaits de la démocratie qu’ils ont été élus, et ce quel que soit le mode de scrutin établi. Aux élections fédérales du 2 mai 2011, les électeurs disaient qu’ils voulaient du changement ! Et qui mieux que le monde de la jeunesse, dont vous êtes une émérite représentante, peut œuvrer pour cette évolution. Je dis « émérite » car je sais que vous êtes très impliquée dans le fonctionnement de la société québécoise, tant sur le plan professionnel, que culturel, que politique. Pouvez-vous pour nos lecteurs, vous présenter ?

 

MDP : Je suis Marie Depelteau-Paquette. J’ai 27 ans. Etudiante en maitrise dans les sciences politiques à l’université de Montréal, je complète actuellement mon mémoire. Je travaille aussi comme attachée politique dans un arrondissement de la grande ville de Montréal auprès du maire d’arrondissement. Je suis aussi Commissaire scolaire dans un quartier de Montréal et j’anime une émission de radio à CSM la radio de l’université de Montréal et je suis membre aussi comme militante au Parti Québécois et au Bloc Québécois.

 

IG : Avec toutes ces occupations, trouvez-vous encore quelques temps pour votre vie privée ?

 

MDP : Un petit peu.

 

IG : Comment vous sont venues toutes ces aspirations ?

 

MDP : En fait c’est un peu par hasard. A l’école secondaire on organisait un genre d’élection au conseil d’élèves. Comme personne ne se décidait à lever sa main j’ai alors décidé de lever la mienne. C’est ce qui a déclenché tout le reste. Je me suis retrouvée à être impliquée dans mon école, puis dans les commissions scolaires. J’étais déjà souverainiste. Je n’étais pas très loin des partis souverainistes sans être pour cela militante dès l’âge de 16 ans. Et au fur et à mesure que ma vie a évolué, je me suis retrouvée un peu partout en même temps à défendre mes convictions.

 

IG : Vous travaillez au district de Montréal. Quel est votre point de vue sur la fusion des communes?

 

MDP : Oui je travaille dans l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie. Au fond les fusions étaient issues d’une bonne idée de partage. Mais à force de vouloir contenter tout le monde on a un peu travesti cette notion là. Aujourd’hui et en particulier à Montréal on se trouve dans un enchevêtrement administratif et politique qui ralentit l’ensemble des développements de notre ville.

 

IG : Effectivement j’ai été moi-même témoin de quelque chose d’étonnant à Montréal. Il y a environ 18 mois un jour où il neigeait abondamment, j’ai vu les « charrues » s’arrêter de déneiger en plein milieu de rue. A mon étonnement on m’a répondu que le prolongement de cette rue était géré par une autre commune. Moi je croyais que la fusion des communes en créant un pôle unique de commandement, permettait de résoudre ce genre de problèmes !

 

MDP : Oui, on a voulu faire des compromis, donner le pouvoir au district des communes et malgré tout, des situations comme celle que vous évoquez, peuvent se produire.

 

IG : Pour revenir dans ce système de fusion de communes, croyez-vous qu’on ait plutôt privilégié l’aspect économique au détriment de celui de la démocratie ?

 

MDP : En fait oui et non. C’est certain que l’aspect économique a été privilégié mais les arrondissements et les districts font en sorte que maintenant on a beaucoup plus de pouvoir local. Le pouvoir est beaucoup plus proche des citoyens.

 

IG : Oui mais quand vous assistez à l’incident que je citais précédemment on se dit qu’il y a surement un problème dans la chaine de commandement et qu’il existe un déficit de coordination. Ce n’est pas votre avis ?

 

MDP : Effectivement au cas particulier il semble qu’il y ait un problème de coordination. C’est comme cela quand on créé plusieurs royaumes.

 

IG : Par ailleurs, vous êtes universitaire et de ce fait vous vous penchez sur les notions de droit administratif, non ?

 

MDP : Pas tout à fait, je travaille sur les pouvoirs du Premier Ministre au Canada. C’est beaucoup plus une question de réformes politiques. Mais il est vrai que je parle aussi du doit administratif parce que je fais de l’administration publique.

 

IG : Que pensez-vous du fait qu’au Québec les recours contre l’Etat se fasse par le biais des cours judiciaires privées ?

 

MDP : C’est ainsi au Canada et au Québec aussi. Je pense qu’il s’agit  là d’un problème démocratique que l’on vit parce que dans le fond la législature n’est pas suffisamment forte face au pouvoir exécutif. Au Canada comme au Québec, le pouvoir est très concentré entre les mains du Premier Ministre qui n’a pas à consulter qui que ce soit pour prendre une décision. Ce qui a pour conséquence qu’au Parlement, les députés ont des difficultés à surveiller les actions du Premier Ministre et de ses ministres. Les citoyens n’ont pas d’autre choix que d’aller  devant la Cour de justice pour mettre en question une décision gouvernementale. Je constate qu’il y a là un problème car les juges ne sont pas élus, ils sont nommés par le pouvoir du Premier Ministre.

 

IG : Dans ce cas comment concilier les deux principes : celui de la séparation des pouvoirs entre la Justice et la Puissance Publique et celui de soumettre la puissance publique au contrôle d’un juge privé ?

 

MDP : Je ne pourrais pas dire comment concilier les deux, mais une chose est certaine c’est qu’au Canada comme au Québec c’est le même système même si les personnes concernées sont différentes. Il y a donc un problème par cette dichotomie qui est créée par différents éléments qui concourent à ce qu’il n’y ait plus une grande différence entre l’exécutif et le judiciaire.

 

IG : En France il existe une organisation spécifique réservée à la puissance étatique et une autre pour les actions civiles et privées. Ce qui m’a étonné de prime abord c’est qu’un juge de Cour Supérieure puisse juger en toute liberté des actions de l’Etat !

 

MDP : Pour nous il s’agit du système de justice britannique puisque c’est toujours la Couronne que représente le Procureur Général. Et quand le système de justice décide de poursuivre quelqu’un, c’est la Couronne qui poursuit et c’est la même chose quand quelqu’un décide de poursuivre l’Etat il poursuit la Couronne, c’est la même optique judiciaire.

 

IG : Commissaire scolaire ? En quoi consistent ces fonctions ? Intervenez-vous dans la définition des programmes de scolarité ?

 

MDP : Non jamais il s’agit plutôt de la prestation dans le système éducatif pour s’assurer que l’éducation soit donnée de façon équitable : par exemple : une école qui a des élèves avec moins de difficultés psychologiques, économiques, scolaires, publiques devrait normalement avoir moins besoin de ressources qu’une autre école où les enfants rencontrent toutes ces difficultés et ont moins de ressources personnelles. Les commissions scolaires se doivent donc de gérer le service éducatif en ayant en tête le principe d’équité.

 

IG : Mais pour juger en toute équité faîtes-vous appel à des experts en la matière ?

 

MDP : La plupart des employés de ces écoles fait office d’experts en matière d’intégration et de pédagogie. Ces commissions sont dirigées par des personnes élues par la population dont on constate que l’expertise est suffisamment reconnue et appréciée au sein des commissions scolaires. Ceci étant dit il y a de grands débats sur les commissions scolaires pour lesquelles on pense que le milieu de l’éducation n’est pas apte à connaître tous les menus détails de chacune des populations et des écoles,  qui sont réparties à travers le territoire québécois. 

 

IG : Que pensez-vous du fait que l’histoire et la géographie du Québec soient très peu enseignées au Québec. Alors qu’on sait que ces matières sont très utiles pour former les jeunes esprits à plus de solidarité humaine (géographie) et plus d’union entre les peuples en leur apportant un supplément d’âme par les traditions (Histoire) ?

 

MDP : En fait c’est vrai que l’histoire et la géographie sont moins enseignées au Québec qu’en France. Mais cela est en train d’évoluer. Quand je constate que mon petit frère âgé de douze ans en faisait beaucoup plus que j’en faisais à l’époque. Il y a des choix  territoriaux qui sont fait et qui pour moi me posent plus de problèmes que celui de l’enseignement de l’histoire et de la géographie. En fait l’histoire du Canada et du Québec est courte il y a tout juste cinq cent ans à enseigner ce n’est pas si long que cela.

 

IG : Mais vous ne croyez pas que l’histoire permettrait de conserver l’esprit des pionniers de l’époque fait de solidarité et d’abnégation ?

 

MDP : Pour ma part, je vais toujours militer pour qu’il y ait plus de cours d’histoire et de géographie. Mais le problème de la solidarité n’englobe pas seulement l’enseignement de l’histoire mais plutôt l’ensemble des sociétés modernes et occidentales qui réclament toujours plus d’individualisme. Je ne suis pas convaincue que par les conditions géographiques on va arriver à changer cette condition là. C’est certain que l’augmentation de l’enseignement de la géographie aidera à la compréhension entre les peuples surtout au Canada et au Québec mais je ne crois pas que ce sera suffisant pour régler le problème et créer cette cohésion.

 

IG : On sait qu’au Québec la politique ne semble pas intéresser la jeunesse (à noter que vous êtes à titre personnel, une exception à cette remarque), pour preuve la participation des jeunes très faible aux dernières élections de 2008. Et pourtant ils sont l’avenir du pays. A quoi attribueriez-vous ce désamour pour la politique ?

 

MDP : Je pense qu’il y a beaucoup de jeunes qui voient la politique comme étant de la chicane. Il faut savoir qu’au Québec on a une espèce de pensée étrange qui préconise « il ne faut jamais se chicaner » et « il ne faut jamais être en désaccord avec les autres ». Effectivement en politique on n’est pas d’accord les uns avec les autres et on cherche à trouver un compromis. Et en même temps la politique telle qu’on la pratique au Québec est un peu surannée, je crois. Notre système a été créé au début du 19° siècle et n’est pas encore tout à fait adapté à ce que le peuple souhaite comme types d’interventions. Les jeunes on les voit dans les manifestations, on les voit dans les groupes communautaires et ailleurs sur le plan politique et pourtant ils ne votent pas ! Je pense surtout qu’il s’agit d’un désaveu de notre système électoral.

 

IG : Seriez-vous d’accord pour le droit de vote soit ramené à 16 ans ?

 

MDP : Pas à toutes les conditions, c’est sûr mais je crois que ce serait bon notamment pour créer l’habitude. On sait que les gens qui votent le plus ici au Québec, ce sont les femmes qui ont obtenu le droit de vote pendant leur vie adulte donc qui ont lutté pour obtenir ce droit. Les jeunes qui n’ont jamais lutté ne voient pas l’intérêt de cela. Ils ont très peu l’habitude d’aller voter. Je pense que le vote à 16 ans peut créer cette habitude là mais évidemment à certaines conditions. Evidemment à 16 ans on n’est pas encore à l’âge adulte mais dans le fond le vote à 18 ans a été créé d’une façon instinctive. Pourquoi on ne descendrait pas cet âge à 16 ans ? Pourquoi on ne le monterait pas à 20 ans ? A 16 ans ils sont encore à l’école donc on peut leur donner un encadrement dans l’exercice pour la première fois de ce droit là. Je pense que cela pourrait devenir une idée intéressante qui mérite réflexion.

 

IG : Sur le plan politique, vous êtes une responsable à l’exécutif du Bloc Québécois. En quoi consistent ces fonctions ?

 

MDP : En fait au Bloc Québécois on a des exécutifs de comté, donc dans chacune des circonscriptions on a des exécutifs qui participent aux décisions du parti, à son  financement, aux élections. Ce sont des gens qui sont toujours prêts à discuter des questions qui concernent le parti.

 

IG : Il y a quelques instants, Mme Barbot m’a fait savoir que M. Paillé avait remporté la course à la présidence du Bloc Québécois.

 

MDP : Avec un nouveau Président je veux encore plus participer aux décisions du parti.

 

IG : Un aparté, comment analysez-vous les résultats des élections fédérales du 2 mai 2011 dans lesquelles le Bloc a perdu la majorité de ses députés ?

 

MDP : Un peu comme tout le monde je ne sais pas ce qui s’est exactement passé. Je ne sais si la campagne électorale a été mauvaise. Je sais que les gens au Québec ont voulu un changement et ils ont constaté qu’il n’y avait pas de changement. Le Bloc doit rappeler qu’on a un gros changement à proposer, c’est la souveraineté du Québec. J’ai l’impression que les Québécois ont fait le pari d’un autre parti et ils vont éventuellement revenir au bercail. Le Bloc a toujours bien fait son travail mais en même temps ce ne peut être qu’un travail d’opposition. Je disais il y a quelques minutes que les Québécois étaient mal à l’aise avec la chicane. Les gens se sont dit puisque ca ne change  pas et qu’il n’y a que de la critique, pourquoi qu’on n’essaierait pas un autre parti. Malheureusement pour eux, le NPD ne fait pas un bon travail d’opposition. Au fond on ne peut pas l’expliquer cet échec car les gens ici votent avec leur cœur. Et le cœur c’est toujours difficile de savoir où il est !

 

IG : Récemment j’interrogeais M. Mario Beaulieu qui me disait que les Québécois avaient peur du conflit et faisaient un complexe, le complexe « des petits pains ». A votre avis à quoi est dû ce complexe ?

 

MDP : je ne le saurais l’expliquer exactement mais pendant longtemps on a été des colons, la réalité c’est ca, et peut être que la réalité revient sur notre passé. Longtemps les patrons ont été des anglophones et les ouvriers, les employés étaient des francophones. Cela s’incruste dans une chaine de pensée populaire. On n’en est pas revenu encore. Cela fait à peine 40 ans que les Québécois ont pris en main leur destinée économique et culturelle. Probablement que tout cela participe d’un même ensemble.

 

IG : Que pense la jeunesse de la notion de souveraineté nationale ? Est-ce que ce sentiment est largement répandu parmi elle ?

 

MDP : Pas encore. Ils voient un monde de plus en plus international et on voit ce qui se passe dans les autres pays, par exemple ce qui se passe cette semaine avec les élections en Russie. Les jeunes québécois se demandent pourquoi on devrait être souverainiste pour soi-même. Moi je pense le contraire. Je pense que la souveraineté va nous amener à nous ouvrir sur le monde, mais pour l’instant les jeunes québécois ne voient pas leur avenir de la même façon que moi.

 

IG : D’autant plus que les discours politiciens au Québec ne sont pas clairs. François Legault, ancien dissident du PQ, annonce que pour lui la souveraineté ne viendra d’actualité dans 10 ans. Il préconise qu’il faut d’abord régler les problèmes de société avant de parler de souveraineté, d’autres, tel M. Gilbert Paquette, Président de l’IPSO, qui dit exactement le contraire. Qu’en pensez-vous ?

 

MDP : Je pense exactement de la même façon que M. Paquette.

 

IG : On dit que les politiciens Québécois ne sont pas trop appréciés par les électeurs. A votre avis, que faudrait-il faire pour inverser cette tendance ?

 

MDP : Il faut reconnaître que ce phénomène n’existe pas uniquement au Québec. En règle générale, les politiques n’inspirent pas la confiance. Modifier ce comportement, est la question que je me pose tous les jours sans savoir y répondre. Souvent les gens disent : « les politiques sont tous des menteurs sauf celui que je connais ». Peut être qu’il faudrait aller rencontrer chacun des citoyens chez eux et puis leur montrer qu’il s’agit de gens normaux , un peu comme vous et moi. Pour l’instant c’est une question sans réponse pour moi.

 

IG : Ce que certains électeurs m’ont déclaré, c’est que pendant les campagnes électorales les candidats font beaucoup de promesses et une fois élus on ne les voit plus, on a même des difficultés à les rencontrer !

 

MDP : Ce ne serait pas une mauvaise idée que faire des réunions, mais vous savez que la plupart des citoyens ne vont pas dans ces réunions là. Ils ne côtoient jamais le politique. Et ce sont ceux-là qui me préoccupent. Ceux qui viennent dans les réunions participent à la vie politique. Mais pour tous les autres la question se pose de savoir ce que l’on fait avec eux. C’est une question sans réponse.

 

IG : Mais alors un constat qui aboutit à une question : Ne serait-ce pas la peur du conflit qui empêche les québécois de s’émanciper, de se révéler. Car enfin un Député, est un homme comme un autre et qui par ses fonctions, doit rester à l’écoute des citoyens. Il a un mandat temporaire. Il semblerait qu’on ait à faire à deux mondes distincts, d’un côté, celui de la politique et de l’autre à une certaine partie des citoyens, apolitiques.

 

MDP : Je crois que ces réunions seraient la meilleure façon d’intéresser les citoyens à la politique. Mais je reste dubitative sur la meilleure façon de faire. Par essence, on est tous différents.

 

IG : Certainement qu’il faudra laisser les esprits évoluer. Il s’agit bien d’une évolution et non d’une révolution.

Dernière question : croyez-vous qu’intégrité et politique soient compatibles ?

 

MDP : Bien sur. Je pense que les gens ont l’impression que nos politiques ne sont pas intègres mais au contraire tous ceux que je connais ont un comportement irréprochable. Mais évidemment il y aura toujours une exception.