RANCHER : de Bonaparte à Napoléon III

Etude de M. Thierry Jan

 

3ième partie

 

RANCHER ET SES AMIS

 

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Isidore Grao

Le 5 Janvier 2012

www.lavoixdecartier.com

 

 

 

 

Joseph Rosalinde Rancher devait être ami avec tout le monde. Il avait très probablement  un caractère souple et accommodant quand on songe qu’il fréquenta Paganini dont on connaît la réputation ombrageuse. La famille de Cessole le protégea et c’est à elle que l’on doit la majeure partie des documents sur ce poète.

 

SPITALIERI DE CESSOLE 

 

La famille Spitalieri  a joué à plusieurs reprises des rôles influents et importants dans la vie de Joseph Rosalinde Rancher. Il convient donc de brosser un bref portrait de celle-ci et de ses origines. Cette famille de négociants était originaire de Barcelonnette. C’est au XVI° siècle qu’elle apparaît à Nice. Le 28 mai 1775, Honoré François obtint des lettres de noblesses et le Comté de Cessole qui se trouve dans le Piémont. Le Comte Hilarion après avoir été sénateur, gérera le consulat de la mer en 1819, finissant sa carrière comme président du sénat jusqu’à sa mort en 1845. C’est lui qui interviendra lors de l’arrestation de Rosalinde Rancher, suite à l’histoire du concert où le poète, responsable alors du théâtre royal, fit jouer son neveu, modifiant ainsi le programme. Le chevalier Victor de Cessole présenta lors d’un banquet de l’académia Nissarda en 1912, un long poème « Lou pantaj de Kem »  attribué à Rancher. Cela fit à l’époque débat sur la paternité de celui-ci.

 

HENRI SAPPIA UN TEMOIN     

 

En 1823, Joseph Castel, jeune niçois, élève de l’académie saint Luc de Rome, expose au palais communal son œuvre monumentale « Le martyr de saint Pons ». A cette occasion, Paul Emile Barbéri, le chanoine Rusca et Rancher composèrent un hommage pour fêter cet événement. Paul Emile Barbéri mérite ici une parenthèse. Artiste peintre, issu de l’école saint Luc de Rome, il s’installe à Nice en 1801, il a 26 ans, tout va très vite pour lui, il fonde une école de dessin après avoir enseigné au lycée impérial. Cette dernière perdurera jusqu’en 1881, remplacée par l’école d’art décoratif voulue par Mossa. Peintre doué, on lui doit entre autres : « La très sainte Trinité » de la chapelle du saint Suaire. Il est aussi aquarelliste, architecte et portraitiste. Il réalise le portrait de Rancher dont il est l’ami. Henri Sappia évoque ces promenades qu’un groupe d’amis faisaient dans les années 1838-1840 : « Aussitôt qu’on avait arrêté la promenade du soir, on faisait passer un petit mot à Nicolo Paganini qui demeurait en face de la Société Typographique, au président de Cessole qui lui était place saint Dominique, au poète Rancher à la place Vieille. Quelle réunion : Paganini, Risso, De Cessole, Barberi, Rancher, Delserre, Don Sappia et moi-même qui était enfant. ».

 

 

PAGANINI

 

Rancher peut avant la mort de Paganini écrivait : « Que Paganini fasse connaître son secret et que tous les violonistes du monde lui payent un tribut afin qu’il élève un palais pour les vieux musiciens. Ainsi il sera sûr de passer à la postérité et son nom sera béni dans ce monde et dans l’autre ! Espérons que Paganini acceptera de révéler au plus tôt son secret, car la mort pourrait le prendre à l’improviste. » Paganini rendait son âme le 27 mai 1840 à cinq heures du soir.

 

        TALLEYRAND

 

Rancher entretint de nombreux échanges épistoliers avec divers savants et érudits de son temps, certains furent même ses amis. Il avait acquit une certaine célébrité grâce à ses recherches sur la langue niçoise. Parmi ses très nombreux correspondants on retiendra une lettre du Prince Talleyrand datée du 28 juin 1826 où ce dernier remercie chaleureusement Rancher pour divers présents.

 

                                                          FRANCOIS GUISOL    

 

Tout comme Rancher, François Guisol est français, il naît à Brignoles en 1803. Il sera compagnon de jeu de Garibaldi. Rosalinde Rancher va l’apprécier et l’estimer. Le père de la Némaide, s’il a versifié en niçois, voit le jeune Guisol écrire des pièces de théâtre dans cette langue qu’il a fait renaître. Rancher en est heureux et satisfait. Guisol est un autodidacte, il n’a pas la finesse de Dabray ou de Rosalinde dont il a lu les oeuvres. Il est aussi un journaliste et créera un journal en niçois. Il meurt en 1874.

 

Références bibliographiques :

(Source : Nice historique 15 février 1910 J B De Orestis)

(Source : Nice Historique numéro 4  1997)

(Sourgentin numéro 109 décembre 1993)

(Source : Nice Historique numéro : 2 et 3 1953)

(Sources : Nice Historique numéro 1 1954 A Compan)

 

 

L’ŒUVRE DE RANCHER

 

Tout artiste a une œuvre majeure, de référence, celle à laquelle on songe immédiatement en évoquant son nom. Joseph Rosalinde Rancher fut surtout un poète, mais la Némaide demeure son ouvrage principal. Elle lui vaudra des inimités, celles de ceux qui se sentaient visés. Il n’y a que la vérité qui blesse !

 

                                                  ROSALINDE L’ECRIVAIN

 

Après avoir travaillé à l’hôpital, Joseph Rosalinde va se retrouver en 1812  contrôleur des contributions à Arezzo en Toscane. Il semble qu’il commence à écrire à cette époque, peut avant la chute de l’empire. Il y écrira : « Mes adieux à Arezzo. » et est admis à l’académie Pétrarque. Rosalinde compose en Français et en Niçois. Selon Henri Sappia que l’on peut lire dans la revue Nice Historique du 15 octobre 1898 :  Guillaume Boyer, Pierre de Chateauneuf, Bertrand du Puget, Raymond Ferraud et Ludovic Lascaris, sont des troubadours qui défendirent le Provençal qui est un trait d’union entre le Latin et les langues nationales de l’Espagne, de la France et de l’Italie explosée en une mosaïque d’Etats. Au XIV° siècle, il est dominant en Europe occidentale. Le cardinal Pierre Bembo souligne sa supériorité deux siècles plus tard. Il va peu à peu disparaître avec la Toscane qui impose l’Italien à toute la péninsule et François 1° qui en France décrète le Français comme langue officielle des actes législatifs. Joseph Dabray, le Comte Spitaliéri de Cessole et Joseph Rancher vont contribuer à la reconnaissance du Niçois, idiome découlant du Provençal, par leurs écrits. Rancher est consacré comme écrivain avec la Nemaïda en 1823. Cette œuvre sera à la fois encensée et condamnée. On le compare à Boileau. La Nemaïda est divisée en sept chants. Son mérite est d’avoir fixé la langue en l’écrivant, ce qu’aucun ouvrage n’avait alors fait. Le Niçois était alors profondément méprisé, Scaliero parle d’un mélange de Provençal, de Latin, d’Italien et d’Aragonais. Le docteur Fodéré n’est pas tout à fait d’accord avec cette opinion et parle d’un patois qui n’est ni Provençal ni Piémontais et grossier. Rancher en est conscient : « Je pensais que mon poême ne serait pas inutile, puisqu’il pourrait en amusant mes compatriotes, donner une idée de notre langage aux étrangers. »  Il est ainsi, d’une certaine façon précurseur de Mistral et du félibrige, puisque ce n’est qu’en 1850 que ce dernier œuvrera pour la défense du Provençal. Rosalinde lie des correspondances avec les poètes Provençaux dont Joseph Marie Diouloufet qui deviendra son ami. En 1827 il publie son guide des étrangers. Deux ans avant, il avait fait un plan de Nice et sa campagne dédié au Comte de Cessole. En 1835 Nice est frappée par le choléra, le poète composera trois sonnets en Niçois, ce en hommage au docteur Trompeo, médecin de la cours de Turin, aux autorités et à la faculté de médecine son œuvre, dans son ensemble, illustre le petit peuple niçois qu’il décrit admirablement dans ses moindres détails.

On peut axer notre étude sur Rancher autour de trois œuvres majeures qu’il composa en moins de dix ans. La Nemaïda de 1823, cette querelle de clocher pourrait-on dire, puisqu’elle oppose les sacristains aux marguilliers de la cathédrale Sainte Réparate. Rancher décrit assez corrosivement certains personnages en appuyant les traits, il dénonce aussi la guerre. En 1830 il écrit « La mouostra  raubada » 8 chants très poétiques sur le vol d’une montre. Deux ans plus tard, il achève ses 75 fables Niçoises où les animaux ont les premiers rôles. Rancher s’en Explique : « Ici ce n’est plus la fable qui fait éclore le proverbe, mais le proverbe qui donne naissance à la fable et la morale qui la termine, n’est que le développement du proverbe. »

Joseph Rosalinde Rancher est rigoureux. C’est un perfectionniste. Selon Louis Martiny qui évoque Rancher travaillant un poème : « Surcharges, ratures, Rancher impitoyable avec lui-même, biffant, corrigeant jusqu’à obtenir la forme parfaite et harmonieuse. Il n’y a donc pas de premier jet chez Rancher ». Afin d’obtenir une langue parfaite Rancher remontera aux statuts de Provence avant 1388 quand Nice et son Comté en faisaient encore partie, pour structurer la graphie et l’orthographe du Niçois. Quand un mot lui manque, il utilise le vocable français avec (le Comté est sous la souveraineté des Savoie) une orthographe italienne.

Les œuvres de Rancher ont été publiées par :

La revue des langues Romanes sous la direction d’André Compan en 1954.

 

RANCHER LE MUSICIEN, LE CRITIQUE 

               

Rancher est aussi compositeur et violoniste virtuose. En 1827 le 26 décembre, il joue sa pièce musicale : « Le berger des Alpes Maritimes ». Le Comte Achiardi de saint Léger lui confie en décembre 1826 l’orchestre du théâtre Italien.

Le cercle philharmonique de Nice fut fondé en 1838 par des amateurs de musiques dont Rancher. Ce dernier perdurera jusqu’au rattachement. Rancher dans le poème d’éloge à Thalberg, nous apprend une infirmité de son enfance : « J’étais encore enfant, je ne sais quel génie/ Me livra tout entier au Dieu de l’harmonie:/ Quoique, jusqu’à sept ans, un sort bien malheureux/ M’eût privé d’admirer l’astre éclatant des cieux/….. » Le poème continu et Rancher nous explique sa guérison, grâce à son père qui était chirurgien. Il nous brosse un enfant, un adolescent, un homme inachevé quand ce père meurt, il n’a alors que quinze ans. Rancher fait l’éloge de Thalberg : « Et quand sur son piano préludera Thalberg/ Il dira : C’est d’un Dieu que me vient ce concert. » Nous sommes en 1842, Rancher montre son émoi devant la prestation de ce grand violoniste : « ….Tes magiques accords/ Ont ébranlé mon cœur, énervé mes transports… ». Le poète n’a guère plus d’un an à vivre.

 

LE GUIDE DES ETRANGERS

 

Le Guide des étrangers à Nice est à lui seul, une petite encyclopédie. Il renferme des données historiques, des renseignements sur les promenades remarquables, les objets et monuments de la ville et de ses environs. L’édition de 1827 est signée par le Comte Hilarion de Cessole et Rosalinde Rancher. Avant ce guide, Rosalinde Rancher avait réalisé une carte topographique de Nice. L’ouvrage situe Nice et ouvre le débat sur son appartenance (nous sommes en 1827). Cette dernière se tranche selon deux conceptions : soit ce sont les fleuves qui divisent les Etats, soit ce sont les montagnes. Puis les auteurs nous brossent l’histoire de cette ville un demi millénaire avant Jésus Christ, jusqu’à la restauration Sarde. Suit la liste des évêques, l’organisation de l’église avec le chapitre de la cathédrale et la liste des églises et chapelles. Les hôpitaux et hospices achèvent la partie religieuse de ce guide. La vie administrative et politique avec ses organes est elle aussi exposées. Dans la cité, les spectacles, l’hygiène public, les cafés. Cet ouvrage est décidemment très éclectiques, assez mélangé. Rancher et le Comte de Cessole ont surtout appuyé leurs descriptions sur l’histoire. Les routes, les aménagements, tout est mentionné. La langue, la population, l’enseignement, l’agriculture et l’industrie concluent ce magnifique ouvrage. Ce guide, même encore aujourd’hui, serait précieux, aidant le visiteur curieux à découvrir cette cité. L’invitation se poursuit en nous incitant à se promener à Laghet, à La Turbie, ou encore au mont Chauve. Le lecteur moderne découvrirait un autre aspect de Nice, celui d’une ville qui s’étire paisiblement le long de sa baie, baignée par un soleil généreux. 

 

LA NEMAIDE    

 

Ce qui surprendra dans cette œuvre de 1823, c’est le décor, la description des lieux que seuls les plus vieux pouvaient alors connaître. Par exemple, le pré de Cougnet que l’on situerait aujourd’hui entre l’avenue Jean Médecin et le boulevard Carabacel, commence à s’urbaniser à l’époque de cette querelle entre Sacristains et Marguillier. Rancher nous donne ainsi des indications historiques sur Nice et sa topographie. Dans le troisième chant de la Nemaïda, Rancher nous brosse un tableau des mœurs de son temps, des plaisirs simples et des divertissements champêtres de nos aïeux. L’action se passe à Cimiez. Les jeunes accrochaient aux boutonnières des rubans colorés, des fois tricolores, recevant alors une aumône symbolique. Cette coutume disparue en 1848, suite à la constitution octroyée par Charles Albert. Le dernier vers nous parle du regard de la belle et d’un heureux destin. Une anecdote sur cette pièce en vers : Rancher avait décrit le chirurgien Marie dans la Némaïda sous un personnage « Boffa ». Le chirurgien Marie, (Moussü Maria pour le petit peuple) se vengea du poète, lui assénant une volée de coups.

 

                                        LES BERGERS DES ALPES MARITIMES   

       

Ce vaudeville en un acte fut présenté le 26 décembre 1829 devant le roi Charles Félix et la reine Marie Christine. Les paroles étaient de Rancher, tandis que la musique fut composée par Philippe Oddi et Caïetan Sicard.

 

                                               LA MOUOSTRA RAUBADA           

 

Ce sont huit chants très poétiques composés en 1830 sur le vol d’une montre. La mouostra Raubada est un plaidoyer pour ce sous prolétariat qui au XIX° siècle, vit dans des conditions dramatiques. Il y a un peu Hugo et Zola avant l’heure quand il dénonce les esclaves noirs, le travail des enfants, la prostitution, les bas quartiers du port crasseux et miséreux. Les misérables ne sont pas loin. Il conclu cette œuvre par une maxime morale : « La vertu doit toujours être notre guide.  Rancher décrit un épisode où le docteur part à la recherche d’autres plaisirs que ses études. Ce dernier fréquente ainsi les maisons de tolérance. Le poète par des mots et des images, des métaphores décrit ces relations où la femme et la fille sont bien souvent des victimes.

 

                                                    75 FABLES NICOISES                  

 

Cette œuvre de 1832 donne le 1° rôle aux animaux. Les fables dénoncent l’hypocrisie, la méchanceté, la trahison, l’ingratitude. L’œuvre de Rancher, même si elle s’insurge contre la société et ses injustices, demeure conservatrice. Rancher a laissé aussi des sonnets. Son œuvre est ainsi très éclectique. Joseph Rosalinde Rancher a su, tout en restant un écrivain classique au sens littéraire du terme, exprimer le langage, les besoins et les préoccupations du peuple.

 

                                         POESIES ET ŒUVRES DIVERSES   

                     

Rancher composa de nombreux poèmes pour fêter un évènement ou en hommage. En 1838 il dédia à Jacque Bres à l’occasion de son mariage avec Françoise Gauthier un poème qu’il signa « son ami intime ». Le marié fut le beau père du docteur Barety lequel présida l’académia Nissarda.  C’est à l’occasion d’une traversée à bord du brick La Galatea que Rosalinde, le 28 avril 1838 rendit hommage au commandant et à l’équipage. On savait Rancher Fabuliste et avec « Lou garri de villa e lou garri campagnart » on retrouve La Fontaine et ses deux rats ! Les deux premiers vers peuvent se traduire ainsi : « Vie tranquille vaut mieux que foule et boucan ». A l’occasion de l’installation du buste de S M Charles Félix à la société philharmonique le 27 novembre 1824, Rancher composa une cantate où Tirsis, Cloris, bergers et nymphes font l’éloge de ce roi. Laissons à Tirsis la conclusion : « Le roi que j’ai gravé dans mon cœur/ Charles Félix qui m’inspire/ Nous a ramené l’âge d’or. » Il adressa également des épitaphes, des poèmes et l’on découvre Rancher qui aurait été pénitent blanc. Il signe en effet « Lou Fraire » soit frère dans son adresse aux nobles lors de l’ouverture de l’hôpital Sainte Croix. Rosalinde écrit aussi des chansons comme le retour du berger dans sa patrie. Il pense à ses amis et les soutient dans leurs épreuves. Une élégie en naîtra suite à la mort de la petite chienne de mademoiselle Emilie Gauthier. Très religieux, il ne manque pas de faire un discours en vers à l’occasion de la bénédiction de la 1° pierre de l’église de saint Roman par monseigneur Galvano en 1840.

Poésies à l’occasion du mariage du Comte Georges Henri de Viry avec mademoiselle Delphine de Cessole 1823 Poésies en l’honneur de l’arrivée du roi Charles Félix à Nice en 1826 La porte Félix ouverte, sonnet pour l’entrée à Nice du roi Charles Félix et la reine Marie Christine 1828 La course des bateaux, Les habitants de Drap, L’évêque Dominique Galvano 1836. Lors de la venue du roi Charles Albert à Nice en avril 1836, il composa une canson en niçois.

 

Références bibliographiques

(Source : Nice Historique 1° juillet 1911)

(Source : Nice Historique 15 mai 1910 Edouard Arène)

(Nice Historique numéro 5 mai 1912 J F Gilly)

(Rancher sa vie, ses œuvres par A L Sardou 1884)

(Sourgentin avril 1997 numéro 126)

(Sources : Nice Historique numéro 2,3 : 1985)

(Source : Nice Historique numéro 4 1935)

(Sources : Nice Historique numéro 3   1938)

 

 

                       VIE INTELLECTUELLE Á NICE JUSQU’AU RATTACHEMENT

 

Ce sont les sociétés, associations, clubs ou encore cercles qui au XVIII° et au début du XIX° siècle, animaient la vie intellectuelle. On y faisait de la musique, du théâtre ou encore de la poésie.

 

                                      LES RANCHER, DES GENS INSTRUITS

 

Le père de Rosalinde fut membre d’une société littéraire fondé en l’an IX par le préfet Florens. Elle se dénomma tout d’abord le Lycée et devint un an plus tard l’Athénée. Elle compta parmi elle tous les littérateurs et savants de Nice. Son existence fut brève. L’abbé Bonifassi évoqua une fête donnée dans l’église Saint François de Paule, alors désaffectée où Joseph Rancher prit la parole, soulignant l’importance des études anatomiques. C’était le 23 février 1802, un an avant sa mort.

Le 20 juillet 1817, Marie Anne Rancher est agrégée dans la confrérie des pénitents rouges. Elle sera rejointe par sa sœur Claire le 4 septembre 1825. Joseph Rancher a  probablement été pénitent blanc  Dans un poème dédié à l’inauguration de l’hôpital sainte croix (pénitents blancs) il signe fraire Rancher.

 

                                      LES SOCIÉTÉS DE MUSIQUE Á NICE

 

Le 30 août 1810  Cougnet et Danglemont fondent à Nice une société de musique. Elle se trouve rue de la Lumière, maison Niel. Deux concerts par mois y sont donnés. La société philharmonique est plus ancienne, datant du début de l’Empire. Elle est plus structurée et perdure. En 1825 il en coûte 15 francs pour y adhérer. La cotisation passera à 20 francs  cinq ans plus tard. Rancher la décrira dans son guide des étrangers. Elle se situe dans une maison de la rue du pont Neuf, près de la place saint Dominique.  Elle sera également citée dans le guide du voyageur à Nice de Risso un an après la mort de Rosalinde. Elle change de nom en 1838, devenant le cercle philharmonique. La cotisation est alors élevée 50 francs et il faut de plus payer un droit d’entrée de 20 francs. L’admission est rigoureuse : être catholique et sujet du roi de Piémont Sardaigne. Le président en est le Comte Spitaliéri de Cessole. Ce dernier, ami de Paganini, le fera venir au théâtre Royal en  décembre 1836.  Une autre société voit le jour en 1828 sous l’initiative de Decourcelle. La société du gymnase musicale sera réduite à quelques dizaines de membres.

 

                                                          LIBRAIRIE VISCONTI

 

C’est sur le cours Saleya, la rue chic à l’époque que le niçois  Benoît Visconti ouvre en 1839 sa librairie. C’est une maison où l’on peut trouver toutes sortes de livres, il y a même une bibliothèque de prêt. Les journaux français et étrangers sont proposés dans ses salons fumoirs. Elle fut conçue sur le modèle des clubs anglais et elle offrait également des spectacles. Elle acquière une réputation qui franchit les frontières et devient le rendez vous des élites et des intellectuels. Elle quitte le cours en 1896 pour la rue Gioffredo et perd du même coup son prestige. Elle fermera en 1936.

 

                                                            MEYERBEER A NICE    

              

Meyerbeer vint une première fois à Nice de novembre 1833 à Février 1834. Il interrompt la composition de son opéra les Huguenots et doit alors débourser un dédit au directeur de l’opéra de Paris. C’est pour son épouse malade que le compositeur vint à Nice. Cet œuvre sera poursuivit en partie à Nice. Les Huguenots représentés à Paris en 1836. Meyerbeer parcourt à dos d’âne (moyen de transport très commun à cette époque) et compose, lit et écrit.  Il reviendra à Nice vingt ans plus tard.

 

ANTOINE RISSO

 

C’est Balmonière Chartroux Augustin qui fera à Nice des premières recherches en botaniques, devançant ainsi Antoine Risso qui sera son élève à partir de 1792. En 1799 réformé pour faible constitution Risso est admis sur sa demande comme pharmacien de 3° classe à l’hôpital militaire. Un an plus tard il est l’assistant de Fodéré à l’école centrale. Il va l’aider dans son ouvrage de la Statistique du département. En 1803 il est professeur de botanique et membre de la société d’agriculture des Alpes Maritimes. La même année il est reçu pharmacien par le jury de médecine suite aux examens d’octobre et novembre 1802. Antoine Risso à 29 ans en 1806 quand il commence ses relevés météorologiques. Il se maria en 1813 avec la fille de Defly vingt ans plus jeune que lui. Quand le roi Charles Félix lui offre en reconnaissance de ses nombreux travaux : une tabatière en or à son chiffre, Rancher  adresse ses félicitations «……. Mon cher ami, je profite de cette occasion pour vous témoigner toute ma joie pour les marques d’estimes que sa majesté a bien voulu donner aux profondes connaissances qui vous distinguent et qui vous ont depuis longtemps placé aux rangs des plus savants naturalistes de l’Europe…… » On doit à Risso le reboisement de la colline du château entre 1832 et 1833. En 1844 il présente le nouveau guide des Etrangers à Nice, mise à jour de celui de Joseph Rosalinde Rancher. Le descriptif du Sourgentin, petite source aux eaux pures et abondantes, est mentionné dans le magazine éponyme. Il décède le 25 août 1845 assisté de son médecin le docteur Deporta son collègue à l’école de médecine. Il est inhumé au cimetière du château.

 

LES PENITENTS ROUGES A NICE      

              

On trouve des femmes pénitentes dès la fin du XVI° siècle. Selon les canons de cette époque, un homme ne pouvait rendre visite à une femme veuve ou malade. On va donc créer des ordres féminins. Si jusqu’à la révolution, leur nombre est réduit, on assiste après la restauration de 1814 à leur développement. La confrérie de la très sainte trinité voit le jour en 1817 auprès des pénitents rouges. On dénombrera plus de 300 sœurs dix ans plus tard.

De son côté Paul Emile Barberi qui émigre à Nice en 1801, venant de Rome où il a étudié les beaux arts il y fonde une école municipale de dessin qu’il dirigera jusqu’en 1823. A Rome il était pénitent et va donc s’appliquer à faire renaître cette institution à Nice. La révolution et l’Empire sont passés avec leurs cortèges de malheurs et de destructions. Il va fusionner deux anciens ordres en un seul. Les pénitents rouges sont ainsi créés. Il en deviendra le prieur en 1829 ; Il meurt à Nice en 1847 à 72 ans.

 

   LES PENITENTS BLANCS               

 

L’archiconfrérie va avec la restauration modifier ses statuts. Avant 1782, cohabitaient trois confréries à Nice. Le 27 octobre 1816, les prieurs Ignace Veran et Jean Fidele convoque l’assemblée des pénitents. Ils sont alors 80. Ils acceptent à l’unanimité les nouveaux statuts que l’évêque monseigneur Colonna d’Istria accepte le 20 août 1817 et qui sont entérinés par le sénat royal le 18 mars 1818. La confrérie des pénitents blancs est la plus nombreuse dans le Comté et à Nice. Elle s’occupait surtout de l’hôpital. La révolution n’a pas eu le même impact dans le Comté que dans la France. En 1803 on recense 69 confréries dans les trois arrondissements des Alpes Maritimes, six ans plus tard on en compte 85. Aujourd’hui subsistent dans les Alpes Maritimes une quinzaine de confréries qui perpétuent cet ordre millénaire et laïc.

 

Références bibliographiques :

 

(Source : Nice Historique 12 mai 1906)

(Source : Nice Historique numéro 4 1997)

(Source : Nice Historique numéro 2 et 3 1994)

(Sources : Nice Historique janvier février 1927 et mars avril 1927)

(Source : Nice Historique 1997 numéro 3)

(Source : Nice Historique  numéro 1 1938)

(Sourgentin numéro 27 1977)

(Sources : Sourgentin numéro 160 et 179)

(Sources : Pénitents des Alpes Maritimes. Serre éditeur)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RANCHER L’HOMME INTIME

 

 

                                                        JOSEPH ROSALINDE  BOURSIER

 

 

         Joseph Rosalinde a probablement étudié dans l’une des nombreuses écoles privées de Nice, on retrouve  trois jeunes Rancher âgés de  12 à 16 ans dans la classe de dessin d’un certain professeur Florence.

Par un arrêté du 1° Germinal an VIII, les Consuls décrètent les conditions exigées pour bénéficier d’une bourse d’étude. Joseph Rancher père va arguer de ses états de service : officier de santé en Messidor An II ; officier municipal en l’An VII ; Suppléant au tribunal criminel, il démissionnera de son poste de conseiller municipal, le trouvant incompatible avec sa fonction pénale. Joseph Rancher a été retenu comme otage par les Austro Sardes. Il  aurait conseillé Augustin Robespierre durant une de ses missions à Nice. Quand son père adresse sa demande pour Rosalinde, ce dernier a 16 ans et non 12 comme il est demandé par les règlements. Ce qui explique l’absence de certificat de naissance dans son dossier. Le jeune Rancher aurait été de faible constitution, ce qui explique la confusion. Ce n’est qu’en 1803 le 3 avril que Joseph Rancher fut avisé de la nomination de son fils au lycée de Marseille. Rosalinde verra mourir son père à 55 ans avant qu’il rejoigne la citée phocéenne. Sa mère obtiendra une seconde place pour un autre de ses fils : Jean Louis François qui était né le 11 janvier 1789. Rosalinde s’avère être  un élève brillant et il fera d’ailleurs honneur à sa bourse en poursuivant au lycée de Marseille de brillantes études durant trois ans. Ce lycée avait été créé par un senatus consulte du 16 octobre 1802, il est le premier des 36 établissements prévus en France par le Consulat. Rosalinde en sera donc un des premiers a en bénéficier, puisque ce lycée sera inauguré le 8 octobre 1803 Quand il achève ses études en 1806, il peut afficher un éloquent palmarès avec un prix d’excellence en latin, un deuxième accessit en thème, un prix de vers latins et un 1° prix de dessin. Il est réformé en 1808 à cause de sa myopie et ne pourra donc participer aux campagnes impériales. Rosalinde s’il ne peut servir la France sur les champs de bataille, entrera dans l’administration  impériale.

 

                                       PRIX SCOLAIRES DE RANCHER A NICE        

                

L’école centrale de Nice en l’an X est pleine de promesses. Risso y tient une chaire de botanique, l’abbé Jacques  Roman devait s’occuper des belles lettres, il ne vint pas occuper son poste, nommé entre temps au lycée de Marseille où l retrouvera Rancher. Rosalinde pendant ce temps glane plusieurs prix : dont le 1° prix d’histoire générale et le deuxième prix de dessin. L’école centrale est victime de la réforme du 11 floréals an X avec la création des lycées.  L’article 11 de l’arrêté des consuls du 24 vendémiaire an XI décrétait la fermeture des écoles centrales des Alpes Maritimes, du Var et des Bouches du Rhône, remplacées par le lycée de Marseille. L’école centrale des Alpes Maritime désignant  onze élèves parmi les meilleurs, dont fera parti Rancher. Ce lycée fut établi dans l’ancien couvent des Bernardines

 

     L’AFFAIRE SERVET !

 

On ne connaît pas d’aventure galante à Joseph Rosalinde Rancher sinon ce procès qu’il eut avec mademoiselle  Luigia Servet qui l’assigna en justice afin de le contraindre à se marier avec elle. La procédure débuta le 15 février 1832. Elle accusait le poète de l’avoir mise enceinte. Elle donna en effet le jour à une fillette en mars de la même année, laquelle sera baptisée à l’église sait Jacques le 4 avril 1832 sous le prénom de Catherine. Au mois d’octobre, elle retire sa plainte tandis que Rosalinde Rancher lui verse 800 lire. L’affaire eut assez d’écho pour que Stendhal la commente comme un amour passion. La somme versée à Luigia posait la question sur la filiation de cette enfant. On ne trancha jamais sur cette éventuelle paternité du poète, à l’époque les tests de paternité n’existaient pas.

 

  RANCHER UN CHEF DE FAMILLE

 

Avec la chute de l’empire et le retour des Savoie, Joseph Rosalinde Rancher travaille tout d’abord à Livourne dans une maison de commerce anglaise avant de revenir à Nice dans sa maison de la place vieille. Nous sommes en 1814, il retrouve sa mère et ses sœurs Marianne et Claire, toutes deux institutrices, ainsi qu’Adrien son frère aîné qui est aussi son parrain. Le roi Victor Emmanuel 1° tout comme Louis XVIII en France, veut effacer la période révolutionnaire et l’empire : « Comme avant » dit-il. La restauration entraînera des troubles à Turin en 1821 où des Niçois seront acteurs : Trinchieri de Venanson et Jean Baptiste de Gubernatis. Victor Emmanuel 1° abdique et c’est alors le règne de Charles Félix. A Nice la révolution de Turin est peu suivie. Rosalinde suit à partir de 1818  les cours de droit civil du professeur Maurice Piccon qui fut juge au tribunal d’instance sous l’Empire. Il fera ensuite son stage à l’étude de maître François Roux. Joseph Rosalinde Rancher est reçu le 15 décembre 1821 comme écrivain juré (sorte de clerc aux écritures du sénat, l’équivalent du tribunal.) Il va gravir les échelons de l’administration Sarde pour arriver en décembre 1835 au grade de sous secrétaire au consulat du commerce de la mer, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort. Au décès de son père en 1803, les hoiries de sa famille se composaient : outre de la maison de la place Vieille, de terrains à Gorbella, de nombreux biens immobiliers en Avignon  issus de l’héritage de la veuve Rancher.  La famille avait donc des biens et on peut se demander pourquoi Rosalinde et son frère Jean François Louis eurent tous les deux une bourse pour étudier au lycée de Marseille. Le 1° février 1819 Joseph Rosalinde Rancher qui est revenu à Nice depuis 1814, devient le chef de famille bien que n’étant pas l’aîné et obtient de sa fratrie les pouvoirs pour gérer le patrimoine familiale. Ce dernier est constitué en une indivision entre tous, enfants et mère.  Quand sa sœur Marie Anne épouse le 17 octobre 1831 André Féraud, le partage est décidé l’année suivante. André est substitut du procureur au sénat (tribunal) Ce détail est important. Dés 1832 Rosalinde et Adrien vont racheter à leurs frères et sœurs leurs parts. .En 1832 les hoiries Rancher héritent de Joseph Viani un lointain parent par la mère du chirurgien Joseph Rancher. Les biens se trouvent à Paris, aussi Rosalinde donne pouvoir à un avoué parisien Jules Lageret pour liquider avec bénéfice d’inventaire cette succession. Rosalinde donne en 1840 procuration à Adrien pour liquider les biens d’Avignon et les titres de la place de Paris. Adrien les convertira en créances hypothécaires. Joseph Rosalinde Rancher sentant sa santé péricliter, fait son testament fin 1841.  Il décède dans sa maison de la place Vieille le 11 juillet 1843 et est inhumé au cimetière du château, où reposeront plus tard Adrien et son beau frère André Féraud. 

 

Références bibliographiques /

 

 

(D’après : notes d’histoire locale A J Rance Bourrey Nice Malvano imprimeur)

(Sources : Nice Historique numéro 2  1939)

(Source : Nice Historique numéro 2 et 3 1953)

(Sources : Nice Historique numéro 2 ; 3 1953

 

 

 

RANCHER ET SON EPOQUE

 

 

 

1744                                                                             Louis Rancher épouse Jeanne Artaud

5 janvier 1747                                                              Naissance de Joseph père de Rosalinde

1750-1754                                                                    Louis Rancher consul de st Jeannet

1773-1796                                                                    Victor Amédée III roi Piémont

1773 6 octobre                                                             Joseph épouse Thérèse Lioni

1774-1792                                                                    Louis XVI roi de France

19 ou 20 juillet 1785                                                    Naissance Rancher

1780 1788                                                                    Route royale entre Nice et Turin

1789                                                                             Joseph achète des terres Gorbella

1782 1792                                                                    Construction place Victor

1792-1795                                                                    Convention

19 avril 1792                                                                Renvoie  ambassadeur français

23 juillet 1792                                                              Déclaration guerre à France

22 septembre 1792                                                      Alliance avec Autriche

29 septembre 1792                                                      Les français entrent à Nice

1792                                                                             Saut des français à Duranus

25 avril 1793                                                                Adhésion à la 1° coalition

31 janvier 1793                                                            Création dpt des A M

7 mai 1794                                                                   Les français aux portes de Coni

1795-1799                                                                    Directoire

28 avril 1796                                                                Cession de Nice à la France

19 octobre 1796                                                           Mort de Victor Amédée II

1796-1802                                                                    Charles Emmanuel IV roi de Piémont

27 JUIN 1798                                                              Les français à Turin

9 décembre 1798                                                          Charles Emmanuel IV exil

1799                                                                             Savoie chassés de Turin

1799-1804                                                                    Consulat

1802                                                                             Annexion du Piémont

1802-1821                                                                    Victor Emmanuel I° roi de Piémont

1803                                                                             Mort de Joseph, Rancher boursier

1803-1806                                                                    Rancher lycéen Marseille

1803-1814                                                                    Dubouchage préfet des AM

1804-1814                                                                    Empire Napoléon 1°

1807 4 juillet                                                                Naissance de Garibaldi

1808                                                                             Employé à l’hôpital

1808                                                                             Francisation, collège impérial

1812                                                                             Contrôleur contributions

1814-1824                                                                    Louis XVIII roi de France

1814                                                                             Retour du Comté aux Savoie

1814                                                                             Rancher revient à Nice

1814 18 août                                                                Naissance de Malaussena

1815                                                                             Gènes revient aux Savoie

1818-1821                                                                    Employé chez un avocat

1821-1831                                                                    Charles Félix roi de Piémont

1821                                                                             Révolution à Turin

1821                                                                             Rancher dans l’administration

1822                                                                             1° tronçon promenade anglais

1823                                                                             La Menaïda

1824-1830                                                                    Charles X roi de France

1825                                                                             Rancher réalise un plan de Nice

1826                                                                             Rancher chef d’orchestre

1827                                                                             Le guide des étrangers

1828                                                                             Nouvel opéra de Nice

1829                                                                             Rancher emprisonné

1830-1848                                                                    Louis Philippe 1° roi des Français

1830                                                                             Aménagement du port de Nice

1830-1832                                                                    Protégé par Cessole

1830                                                                             Conseil d’Ornato

1831-1849                                                                    Charles Albert roi de Piémont

1832                                                                             Les fables niçoises

1833-1834                                                                    Exil Garibaldi

1835                                                                             Edification place Masséna

1835                                                                             Rancher sous secrétaire adm.

1835                                                                             Choléra à Nice

1835                                                                             Mort de sa mère

1837                                                                             Mariage de sa sœur

1842                                                                             Rancher rédige son testament.

1843    Mort de Rancher