RANCHER : de Bonaparte à Napoléon III

Etude de M. Thierry Jan

 

Description: i Love Peres:Users:GMPent:Desktop:2011-12-29 Article DE BONAPARTE A NAPOLEON III Photo Thierry Jan.jpg

 

 

Isidore Grao

Le 29 décembre 2011-12-29

www.lavoixdecartier.com

 

 

Liminaire du Journal :

 

Dans un précédent article, paru le 7 décembre 2011 sous l’intitulé :

«Travailler sur la Créativité dans un contexte Niçois», M. Robert Brugerolles, faisant allusion à l’Association « Rancher créativité 2000 », invitait le lecteur à connaître le premier écrivain de langue niçoise, à savoir Rosalinde Rancher.

 

Le Journal «Lavoixdecartier.com» a voulu connaître davantage sur les us et coutumes de l’époque concernée.

 

Aujourd’hui c’est chose faite grâce à l’aimable autorisation de M. Thierry Jan, auteur de l’étude de «Rancher de Bonaparte à Napoléon III».

 

Le journal diffusera cette étude sur le patrimoine Niçois au travers de la vie de Rosalinde Rancher. Cette étude ne manquera d’intéresser tous les amateurs d’Histoire. Compte tenu de sa densité elle sera diffusée en trois épisodes, successivement :

 

- 1ère partie : Jouse R. Rancher : présentation de la famille Rancher

- 2ième partie : Nice sous la Restauration Française

- 3ième partie : Rancher et ses amis

 

A toutes et à Tous, Niçoises, Niçois, Québécoises et Québécois, bonne lecture.

 

 

Description: couverture

DE BONAPARTE Á NAPOLÉON III

THIERRY JAN

TABLE DES MATIÈRES

 

Préface

UNE FAMILLE PROVENÇALE

Généalogie des Rancher

Une famille originaire de Provence

UNE PÉRIODE DE TROUBLES

De la révolution au congrès de Vienne

Nice jusqu’à la Restauration

Questionnaire préfectoral de l’an X

Dubouchage préfet des Alpes Maritimes

L’ENSEIGNEMENT Á NICE

Les écoles de Nice avant 1792

La révolution et l’Empire

Le collège de pharmacie à Nice

Le français dans le Comté sous le Consulat et l’Empire

La Restauration Sarde

NICE SOUS LA RESTAURATION

Les premiers aménagements à Nice

La presse à Nice sous Rancher

Le Sénat de Nice

LE NIÇOIS UNE LANGUE D’OC

Le niçois une des langues d’Oc

De l’ancienne langue d’Oc à Rancher

Le niçois et le provençal

DEVELOPPEMENT TOURISTIQUE

Personnalités ayant vanté Nice et son Comté

Fodéré, le voyage statistique aux Alpes Maritimes

Les débuts de Nice station d’hiver

Demeures princières à Nice avant le rattachement

La colonie Russe à Nice

Chorographie du Comté de Nice

 

RANCHER ET SES AMIS

Spitalieri de Cessole

Henri Sappia un témoin

Paganini

Talleyrand

François Guisol

L’ŒUVRE DE RANCHER

Rosalinde l’écrivain

Rancher le musicien, le critique

Le guide des étrangers

La Némaide

Les bergers des Alpes Maritimes

La Mouostra raubada

75 fables niçoises

Poésies et œuvres diverses

VIE INTELLECTUELLE Á NICE JUSQU’AU RATTACHEMENT

Les Rancher des gens instruits

Les sociétés de musique à Nice

Librairie Visconti

Meyerbeer à Nice

Antoine Risso

Les pénitents rouges a Nice

Les pénitents blancs

RANCHER L’HOMME INTIME

Joseph Rosalinde boursier

Prix scolaires de Rancher à Nice

L’affaire Servet

Rancher un chef de famille

 

 

 

Préface

Joseph Rosalinde Rancher est un poète injustement délaissé. Combien sont passés place Vieille ou des boulets sans même observer la stèle et la plaque qui lui font honneur ? Et parmi ceux qui prennent la peine de lire les indications, de lever leur nez, d’admirer une façade ou un linteau de porte, combien sont-ils qui pourront dire : Je connais Joseph Rosalinde Rancher ?  J’appartiens à la deuxième catégorie et  devant mon ignorance, j’ai franchi le pas. Après une première introspection sur Internet, des visites aux archives municipales et des rendez vous à la librairie de Cessole,  j’ai mesuré tout l’intérêt que cet auteur avait.  Devant le vide  navrant que l’on peut observer dans les rayons des bibliothèques au sujet de Joseph Rosalinde Rancher, j’ai décidé de lui rendre justice et de  lui consacrer une biographie.  On n’est jamais si bien servit que par soi même et me voilà attelé à l’ouvrage.  Joseph Rosalinde Rancher a vécu à une période  très animée de l’histoire. Aussi j’ai décidé  que cet ouvrage ne s’arrêterait pas aux faits  de la vie de cet homme, mais qu’il engloberait toute cette période  des lumières. Rancher est français et va être témoin du début de l’essor du tourisme à Nice. Le Comté est enclavé entre le royaume des Lys, la principauté de Monaco alliée traditionnelle de la France et  le royaume de Piémont Sardaigne dont il fait parti depuis la trahison du Comte de Beuil en 1388.  Le sujet va probablement déborder sur les origines de cet homme, sur ses amis et sur ce développement  de Nice comme station touristique hivernale qui depuis Smollet est le but de voyage de tous les hivernants. Joseph Rosalinde Rancher fut ami avec Paganini, et beaucoup d’autres intellectuels ou artistes. Le titre :

 

 

 

 

Rancher de Bonaparte à Napoléon III,

Me paraissait ainsi tout trouvé. De plus cette période est très mouvementée, que ce soit l’histoire ou justement le développement de Nice qui cessera d’être une bourgade provinciale pour devenir cette capitale du tourisme, connue dans le monde entier.

    Une famille Provençale

Le berceau de la famille se trouve à saint Jeannet en Provence.  A Nice on nomme ce village : « Lou pais de li Masca ». Avant la révolution, l’état civil était tenu par les prêtres et des imprécisions, des fautes sur les noms étaient courantes. Ainsi pour la famille Rancher, on trouve jusqu’au XVIII° siècle l’orthographe Ranchier. La trace de cette famille se retrouve dès la seconde moitié du XV° siècle.

 

Généalogie des Rancher

Guillaume décède avant 1560, suivit de Féréol trente ans plus tard. Maurice donne à sa famille ses premiers titres. Nous sommes au XVI° siècle et il faut attendre le XVII° siècle pour pouvoir dater avec précision les dates de naissance et de mort des membres de cette famille : Honoré Rancher né le 10 mai 1685 ; décédé le 10 février 1736 il a pour fils : Jean Rancher né le 15 décembre 1686 ; marié à Madeleine Trastour le 26 novembre 1706 ; décédé le 22 avril 1739. Son fils sera : Louis Rancher né le 21 février 1714 ; marié à Jeanne Artaud le 4 février 1744 ; décédé le 19 décembre 1754, c’est le grand père de notre poète et joseph Rancher naîtra le 5 janvier 1747 ; marié à Thérèse Lioni en 1744 et décédera le 25 août 1803 . L’un de ses nombreux enfants : Joseph Rosalinde Rancher nait le 20 juillet 1785 et décède le 11 juillet 1843. Joseph Rancher aura 13 enfants dont seuls neuf survivront :

Adrien Joseph né le 27 septembre 1774, sans enfant

Jeanne Françoise Thérèse née le 15 octobre 1776, un fils Henri

Jean Louis né le 22 janvier 1780, sans enfant

Rosalinde Joseph né le 20 juillet 1785, sans enfant

Jean François Louis né le 11 janvier 1789, une fille Antonietta

Jean André Mathias né le 22 février 1790, sans enfant connu

Joséphine née le 23 décembre 1792, un fils Joseph Emile

Marie Blanche née le 12 mai 1794, mariée  le 17 octobre 1831, sans enfant connu

Claire Elisabeth née  le 28 avril 1798, mariée le 7 mai 1837, sans enfant connu

 

 

UNE FAMILLE ORIGINAIRE DE PROVENCE

Quand Louis Rancher épouse en 1744 Jeanne Artaud, la France est gouvernée par Louis XV qui a succédé au régent vingt un ans plus tôt. C’est le cardinal de Fleury qui a en réalité le pouvoir, le roi ne l’exercera qu’à partir de 1743. La France est victorieuse à Fontenoy en 1745. Bien vite la guerre de sept ans accumule les désastres et les défaites. La crise économique et les philosophes attisent un esprit de révolte contre l’autorité de l’église et celle du roi. Louis Rancher se retrouve après la naissance de son fils Joseph en 1747 consul du village de saint Jeannet, de 1750 à 1754. Cela correspondait à un maire aujourd’hui. Les Rancher étaient donc des notabilités villageoises.

De l’autre côté du Var dans les Etats de Savoie le Comté de Nice a pour souverain depuis 1730 Charles Emmanuel III. Ce dernier a succédé à son père Victor Amédée II et entreprend des réformes administratives qui amènent ses Etats vers l’absolutisme. Comme tous les Savoie, il poursuit une politique d’alliances alternées entre la France et l’Autriche.  En 1773 le royaume de Piémont Sardaigne change de souverain avec Victor Amédée III et l’année suivante c’est la France qui voit Louis XVI monter sur le trône. Le 6 octobre 1773, Joseph Rancher épouse Thérèse Lioni. Il s’installe à Nice et exerce la profession de chirurgien accoucheur.  Ils auront 14 enfants dont Rosalinde qui naquit le 19 ou le 20 juillet 1785. En 1789 Joseph acquière des terres à Gorbella. La maison de la place vieille ( place des boulets à l’époque)  serait très ancienne, puisque des documents la cite dans une vente à un certain Antoine Gordon, négociant Grassois en 1694. En France la terreur et Robespierre sont tombés et c’est le Directoire avec Tallien et Barras qui gouvernent. Dans les Etats de Savoie, Victor Amédée préside toujours à la destinée de ses sujets.

Les 17 et 18 décembre 1792, le père de Rancher fait partie des 30 notables élus par les huit sections niçoises. On trouve parmi ces derniers : Orengo qui est apothicaire et Balmonière Chartroux, pharmacien, père d’un futur condisciple de Rosalinde à Marseille.

Le père de Rosalinde retourna s’installer à Saint Jeannet et le 24 floréal an II (1794) il est père de son 13° enfant, une fille qu’il déclare dans cette commune. Il sera également membre d’une société patriotique qu’il fonde avec le citoyen François Euzière le 12 Pluviôse de l’an III. Il résidait alors rue de la Poudrière. En fait Joseph Rancher fait la navette entre les deux rives du Var. Le 29 avril 1792, il est à l’église saint Jacques, à Nice, parrain d’un enfant de la veuve de Mirabeau. Il sera témoin du mariage  le 9 juin 1792 de cette dernière avec le fils aîné de l’avocat Eugène François Foucard, cette fois à sainte Réparate.

 

 

 

Seul un des fils Rancher eut un enfant. C’était une fille qui sera l’héritière de son oncle Adrien, qui lui laissera tous ses biens. Elle fera souche en Espagne. Adrien est installé en Italie, il est négociant à Livourne. Malgré une mésaventure à Savone en 1810 où il est accusé de contrebande, il demeure dans la péninsule jusqu’en 1837. Là il rejoint son frère Rosalinde  place Vieille. Leur mère est décédée en 1835 et les deux sœurs mariées. Adrien finira ses jours dans cette maison, faisant venir au début 1847, sa nièce d’Espagne .Il meurt le 2 février de la même année. La branche de Louis Rancher, le grand père notaire est éteinte dans sa lignée masculine. Le tableau ci-dessus nous montre la descendance de Christophe Rancher et le dernier Rancher, d’une lignée collatérale décédé quant à lui en 1934 et inhumé à saint Jeannet.

Références bibliographiques

 (Sources Nice Historique numéro 5 1923 Georges Doublet)

(Nice Historique numéro 1 1944)

 

Une période de troubles

Quand nait Rosalinde en 1785, ce que l’on a appelé l’ancien régime vit ses dernières années. En France le roi Louis XVI, hérite en 1774 d’un trône et d’un royaume où l’insatisfaction est grandissante. La monarchie est absolue et les trois classes : Belatores, Oratores et Laboratores, ne correspondent plus à cette société du XVIII° siècle. Le roi reste figé dans des structures dépassées et  refuse d’accepter les principes de la séparation des pouvoirs, entraînant ainsi le grand chaos de 1789.

De la révolution au congrès de Vienne

Comme tous les souverains, Victor Amédée II, est hostile au vent nouveau et aux Lumières. Le roi de Piémont Sardaigne est de plus très lié à la maison de France. Son fils aîné a épousé la sœur du roi Louis XVI et ses deux filles, l’une celui qui sera Louis XVIII et l’autre celui qui régnera, dernier roi de France, sous le nom de Charles X. Si la prise de la Bastille n’a guère d’échos à Nice et dans le Comté, l’escalade révolutionnaire après 1792 entraîne les Savoie sur un terrain où ils vont perdre une grande partie de leur royaume. Le traité de Paris signé le 15 mai 1796 par le Niçois Thaon de Revel au nom de Victor Amédée place le Comté de Nice sous la souveraineté de la France. Charles Emmanuel IV quand il monte sur son trône, est un roi en exil, réfugié sur une île, la Sardaigne où il arrive le 3 mars 1799. Si durant un court laps de temps, il peut espérer retrouver son royaume, Marengo met fin à ses espoirs, n’ayant pas d’enfant, de désespoir, il abdique au profit de son frère qui devient  Victor Emmanuel 1°.

Les Rancher sont Français et Joseph médecin accoucheur est installé à Nice depuis son mariage. Durant la révolution, il va s’occuper à Saint Jeannet d’une société populaire dont il est président Il va même ouvrir un registre de souscription pour la construction d’un vaisseau de ligne. Ce club des défenseurs de la liberté fut créé  le 20 octobre 1792 et s’auto dissoudra le 1° mai 1795.

Après l’entrée des Français dans le Comté en 1792 avec le général d’Anselme, l’administration royale est remplacée par celle que la France révolutionnaire a instaurée.  La Convention puis le Directoire voient les édiles changer chaque année ou presque.  Certains noms jouent ce que l’on nommerait aujourd’hui l’alternance. Ce qui est le cas de Pauliani  riche négociant en grain qui sera maire de Nice deux fois sous la révolution et une fois sous l’Empire. Le régime impérial apporte une certaine stabilité. Un préfet organise les Alpes Maritimes qui vont  de la rive gauche du Var à San Rémo en Italie. Dubouchage œuvrera à l’essor de ce département et de ses trois arrondissements : Nice, Puget Théniers et San Rémo. Il fera percer la première route qui va vers Monaco et Menton. Seule la voie maritime était alors possible.

La révolution amène la création de sociétés patriotiques. A Nice le Club des défenseurs de la liberté et de l’égalité d’obédience Jacobine a son siège à l’église saint Jacques. C’est tout un symbole : cette église était celle des Jésuites et les révolutionnaires en profitaient ainsi pour remplacer Dieu par ce culte de l’être suprême, imaginé par Robespierre. A Nice cette association avait trois objectifs principaux : 

Une action politique, une organisation administrative et un but caritatif. Son rôle débordait également sur l’organisation de la cité, des élections, de la défense, de la sécurité et de la gestion du passage fréquent des troupes. L’armée d’Italie faisait étape à Nice. Sous le Directoire, Joseph Rancher père sera commis de ce Directoire.

La chute de Napoléon  ramène le Comté dans l’espace souverain des Etats de Savoie. L’ancienne administration est rétablie et l’on retrouve  les trois consuls qui président aux destinées de la cité. Il y avait le premier  consul  (véritable maire) issu de la noblesse, un second consul qui appartenait à la bourgeoisie et enfin le troisième qui  était soit un artisan ou un agriculteur. 

Le congrès de Vienne a donné au roi de Piémont Sardaigne et ce contre la volonté des populations, l’ancienne république de Gènes. Ce fait a une importance qu’en 1815 personne ne mesure. Le royaume de Piémont Sardaigne se trouve  désormais avec une façade maritime importante et un port majeur (Gènes)  qui est bien plus accessible que Nice.  Le roi Charles Félix y perdra son doigt avec l’abolition des franchises, mais çà, c’est  une autre histoire.

Nice jusqu’à la restauration

La victoire de Marengo en 1800, amène la tranquillité aux frontières alpines. Le nouveau département des Alpes Maritimes est tranquille, la révolte des Barbets s’épuise et tout pourrait laisser croire que les vaches grasses vont succéder aux vaches maigres. » selon Jean Combet dans Nice Historique de mars avril 1924. Or il n’en est rien, la révolution, les abus des Barbets et la dévastation des zones rurales, amène la pénurie. Un témoin de l’époque Bonifacy déclare que la campagne  est plus déserte qu’en 1792. Tout est à reconstruire, routes, chemins, production. La misère est effroyable, il n’y a guère que deux mois de réserves de grains. Des maraudeurs, des soldats déserteurs volent le peu de récoltes. Les autorités interdisent la chasse. Des loups sont signalés vers Aspremont, Tourettes. Ils attaquent à Bellet, Fabron et Magnan. Nice n’est qu’une petite bourgade de moins de 20 000 habitants en 1804. En 1802, on connu une ‘saison d’hiver’ sur la riviera. En mars 1805 on commença l’édification du cadastre. Le préfet endigua le Var et le Paillon, puis réalisa la réparation des routes et chemins. Le 18 février 1805 on rétablit les foires. En 1810, création d’un tribunal de commerce. L’industrie est encouragée, vers à soie, tanneries, parfums. Un octroi protège les denrées locales. Malgré les efforts des autorités pour améliorer les infrastructures, la misère demeurera effroyable sous la révolution, le consulat et l’empire. Toujours selon Bonifacy, on comptait 20 enfants miséreux avant 1789, en 1802, ils sont 160. Une épidémie de choléra aggrava encore la situation. Elle éclata le 18 janvier 1800. L’évacuation des hôpitaux militaires, les blessés et les morts confondus et entassés, car il n’y avait pas assez de personnel, en furent les causes principales. Ce qui augmenta encore davantage le nombre de cadavres. On ne pouvait plus les inhumer, par manque de place dans les tombeaux. L’épidémie atteignait son sommet à la fin janvier et ne se réduisit progressivement que vers le mois de mars. Il y eut près de 5000 morts. Nice est le quartier général de l’armée d’Italie. Les rues étaient encombrées de malades qui préféraient mourir dans un coin, plutôt que d’aller à l’hôpital où les soins étaient déplorables. Les rues étaient pleines de chiens errants. En 1806 le préfet tenta d’éclairer ces dernières en obligeant les habitants à avoir une lanterne éclairée devant leur porte. Les denrées sont de plus en plus chères (pain, viande). Les conditions de travail sont très dures. La journée est de douze heures pour 35 sous. Les trois quart de la population sont illettrés. Pour ce petit peuple rien n’a vraiment changé. La conscription obligatoire  prive les paysans de main d’œuvre. Les hommes jeunes sont mobilisés pour les guerres incessantes de Napoléon et les niçois verront le retour des Savoie avec soulagement en 1814.  Durant cette période Joseph Rosalinde Rancher après ses études à Marseille devient fonctionnaire impérial en Italie.

Questionnaire préfectoral de l’an X

Le 23 floréal an X (13 mai 1802) le préfet Châteauneuf Randon adressait à tous les maires un questionnaire afin de connaître la distance exacte de chacune des communes du département par rapport aux trois chefs lieux d’arrondissement (Nice, Monaco et Puget Théniers). Deux questions étaient posées : Combien y a-t-il d’heures de chemin pour se rendre de votre commune à (chefs lieux) et quelles sont les communes qu’il faut traverser ? Le lecteur moderne sera surpris par le terme, heures de chemins. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit principalement de sentiers de montagnes, peu aménagés et que les déplacements se font surtout à pieds. Le village de Belvédère parlera d’heures de muletiers. Malgré une évidente bonne volonté, on trouve encore à la fin de l’empire des voies de circulation dégradées. En 1806 on fait remarquer la dangerosité des routes en été et leur état impraticable en hiver, ce qui rend le commerce difficile.

Dubouchage préfet des Alpes Maritimes

Dubouchage est bien secondé par ses deux sous préfets : Jean Dominique Blanqui son ami à Puget Théniers et Chassepot de Chaplaine à San Remo. Ce préfet dirige tout depuis son bureau et organise le développement du département. Il est souvent en conflit avec les maires qui montrent une manifeste mauvaise volonté. Le préfet est un administrateur, son rôle est prédominant en ce qui concerne les impôts, l’ordre public et la conscription militaire.

Références bibliographiques

(Source des recherches : Histoire de Nice de sa fondation à 1792 Louis Durante Turin 1823)

(Source Nice Historique  numéro 4 1936)

 

L’ENSEIGNEMENT A NICE

L’enseignement au XVIII° siècle n’est pas comme on le conçoit aujourd’hui. Très peu d’enfants vont à l’école. C’est un privilège et de plus il faut payer pour étudier. Les curés ouvrent de ci de là des classes où on apprend à lire et à écrire. L’enseignement supérieur et les humanités forment les futures élites et les universités sont peu nombreuses. A Nice, il faut aller à Turin, ce qui occasionne des frais et donc limite le nombre d’étudiants.

Les écoles de Nice avant 1792

La première école remonterait à 1461. Un billet du duc Amédée IX de Savoie, recommandant aux syndics de Nice un certain Bernard de saint Heusio pour la diriger et enseigner les humanités et la rhétorique. Il y aurait eu dès 1413, une école tenue par P Oreli et Louis Barelli. Après 1562, l’Italien devient la langue officielle et administrative. Dès lors les écoles sont fréquentées par une plus large partie de la population. Ces écoles varieront en qualités et en programme. En 1599, le médecin Viani enseigne la grammaire grecque, ce en attendant le collège des jésuites. Le legs de Pons Caeva permet en 1605 l’installation à Nice d’un collège. Ce dernier sera d’abord situé rue du marché et se déplacera deux ans plus tard rue Droite où il va durant un siècle se développer  sous la houlette des Jésuites. De 1636 à 1674 la peste désole Nice, les écoles sont alors fermées. En 1729 le roi Victor Amédée supprime à la compagnie de Jésus le privilège d’enseignement. Après l’expulsion des Jésuites du Comté, le collège devient royal.

 En 1752 inquiets du projet de collège royal qui menacerait la liberté du choix des enseignants et de l’école, les consuls interviennent à Turin (le but étant surtout l’interdiction des jésuites qui interviendra en 1773) Le collège royal fera concurrence aux Jésuites. En 1789 l’abbé Dettat après cinquante ans d’enseignement prend sa retraite. Son successeur fait remarquer que suite à l’immigration des français fuyant les événements de France, le nombre d’élèves est passé de vingt à près de soixante. Les enfants sont assis par terre. En 1792 devant la dégradation des relations avec la France révolutionnaire, les écoles sont fermées et dispersées dans les sacristies. On pouvait suivre à Nice : des cours de droit, de médecine, de chirurgie et de théologie.

La révolution et l’empire

Avec l’entrée des français à Nice, tout est bouleversé. Plusieurs conventionnels dont l’abbé Grégoire dés 1793, décrivent la situation et la nécessité d’ouvrir des écoles. Hélas ce ne sont que des projets. Durant cinq ans il n’y aura à Nice aucune école, sinon un enseignement rudimentaire assuré par les prêtres. Une école centrale, équivalent des études secondaires fonctionnera trois ans supprimée en l’an XI. Ce n’est qu’en 1808 qu’un lycée y est ouvert. Il y a le séminaire, des écoles juives, Giraudi dirige l’école primaire, une école secondaire dirigée par un certain Maurel, Giaume et Gauthier dirigent des écoles privées. En 1808 le lycée est saccagé. En 1809, il y a une trentaine d’écoles privées qui dispensent des cours primaires et secondaires. On trouve parmi les enseignants : Fodéré pour les sciences physiques et mathématiques, Florens pour le dessin et Risso pour la botanique.

Le collège de pharmacie à Nice

Avant l’entrée des français en 1792, Nice ne possédait pas une organisation de la corporation des maîtres apothicaires. C’est un arrêté préfectoral du 28 fructidor An X qui le créa. Une commission de santé et de salubrité publique le compléta le 15 thermidor An X. Six médecins, chirurgiens et officiers de santé en sont membres dont Joseph Rancher en sa qualité de chirurgien. Le 28 fructidor An X ( 15 septembre 1802) un arrêté préfectoral détermine les études, les admissions aux trois corps de santé ( branches de l’art de guérir) qui sont : médecine, chirurgie et pharmacie. Ce texte est signé par les six membres de la commission. Le père de Rancher y a une place importante, étant le deuxième de la liste. Il prendra une part active à l’affaire Sanin, demande de ce dernier de pouvoir exercer la pharmacie. Nous sommes en l’an XI.

LE FRANÇAIS DANS LE COMTÉ SOUS LE CONSULAT ET L’EMPIRE

Avant l’intégration du Comté de Nice dans la France de la révolution en 1792, à Nice on parle essentiellement italien et niçois. Fodéré dans son ouvrage : « La statistique des Alpes Maritimes » aura des mots très durs pour qualifier le niçois : « …Un patois grossier qui n’est ni provençal, ni piémontais. » L’idiome est pratiqué par toutes les couches de la population, les prêtres l’utilisent dans leurs homélies. La loi du 11 floréal an X  visait à réorganiser l’enseignement en France, ce autour du français, afin d’assurer l’unité du pays, d’une république une et indivisible. Le but des écoles est alors d’apprendre le français, de le lire, de l’écrire et de le parler. Despeaux et Cuvier arrivent le 12 frimaire de l’an XI dans ce département des Alpes Maritimes, afin de mesurer les besoins réels de ce dernier en matière d’enseignement. Le manque, on l’a vu, est important et quand Dubouchage prendra la direction de la préfecture, la moitié des communes sont encore sans école. L’enseignement était alors assuré par les prêtres et comme ces derniers furent formés par le Royaume de Piémont Sardaigne, ils ne parlent que l’italien, Blanqui soulève ce problème qui est important surtout dans les campagnes. Seul Glandèves parle français. Dubouchage oeuvrera pour que cela change. Le maire de Nice Defly décrète le 30 fructidor de l’an XII (17 septembre 1804) que sa ville serait dotée de 3 instituteurs et deux institutrices. Il est ainsi prévu d’instruire aussi les filles. Avec la proclamation de l’empire en 1804, Napoléon impose l’unité linguistique : « Seule la langue nationale devait être employée. Un peuple unis par les mêmes langues, lois et sentiments. » L’évêque de Nice Colonna d’Istria trouva une parade. Les mesures impériales visaient surtout la langue italienne et non les dialectes locaux. Le niçois fut donc employé à chaque fois que le français ne pouvait être compris. Le Comté s’il s’abstint de parler la langue de Dante, il pratiqua celle de Molière et plus souvent celle de Rancher. En 1807, un rapport de Romey maire de Nice, signale un progrès appréciable du français. Si cet élan fut brisé par la restauration Sarde,  quinze ans de présence française semèrent leurs limons dans les cœurs, les esprits, ferments qui germeront lors du rattachement.

La restauration Sarde

Après la restauration Sarde, les Jésuites reviennent. Ils assurent à nouveau leur collège avec le Latin pour base d’enseignement, proscrivant le français. Dés lors les classes bourgeoises et commerçantes envoient leurs enfants étudier en France, ce qui se poursuivra jusqu’au rattachement. Ils sont suivis en 1833 par les frères des écoles chrétiennes pour l’enseignement primaire des enfants pauvres des deux sexes.

Références bibliographiques

(Source : Notes  sur l’instruction publique à Nice Victor Emmanuel Malvano rue Garnier 1902)

(Source : Nice Historique janvier février 1927)

(Source des recherches : chroniques de Nice Victor Emmanuel, édition de Nice Historique)

(Source Nice Historique 1° septembre 1911)

(Sources : Nice Historique 1950 numéro 2 Léonce Boniface)