GILBERT PAQUETTE SUR LA PLACE DE L’ INDEPENDANCE DE MONTREAL

1ère Partie : CAP SUR L’INDEPENDANCE : CONTEXTE

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Marche cap de l'indépendance

Photo Mathieu Breton

 

Isidore Grao

Le 3 novembre 2011

www.lavoixdecartier.com

 

«PLUS DE 3OOO SYMPATHISANTS A LA MARCHE POUR L’INDEPENDANCE du samedi 29 0ctobre 2011»

 Interview de M. Gilbert Paquette

Président des Intellectuels pour la Souveraineté (IPSO)

Coordonnateur de CAP SUR l’INDEPENDANCE

 

 

 

IG : Depuis le début 2011, le mouvement souverainiste ne faisait plus parler de lui, à croire que la souveraineté Québécoise s’était éteinte. Que s’est-il donc passé pour qu’il revienne en force aujourd’hui ?

 GP : Effectivement se sont déroulés depuis le début de l’année, de nombreux événements : ce fut d’abord ces élections fédérales du 2 mai 2011 dans laquelle le Bloc Québécois a vu sa députation considérablement réduite à la Chambre des Communes à Ottawa, puis le départ de certains députés du Parti Québécois et la création de nouveaux partis politiques. Pendant ce temps, dans la société civile, les mouvements indépendantistes se réunissaient en une coalition : le « Cap sur l’Indépendance », dans le but de mener une campagne permanente pour promouvoir l’indépendance du Québec. Nous pensons que les partis politiques n’ont pas suffisamment fait la promotion et ce non seulement depuis le début de l’année mais pratiquement depuis le dernier référendum de 1995. Il était temps de se remettre en marche et c’est le cas de le dire car nous avons organisé une grande marche politique, à Montréal, à la fin de la semaine dernière. Près de 3000 participants et de nombreuses personnalités ont participé à cette marche.

 IG : Au mois de mai 2011 la marche n’avait rassemblé que 1 000 participants. Il semble donc que ces manifestations aient maintenant tendance à rassembler beaucoup plus de personnes et de personnalités.

 GP : Au mois de mai, ce n’était pas une marche mais un spectacle politico artistique de lancement du réseau « Cap sur l’indépendance ». Il s’agissait d’une phase initiale de notre plan d’action à laquelle participaient des artistes Québécois. Il faut un certain temps pour organiser les choses, mettre en place tous les éléments. Nous avons consacré tout l’été à cela, puis à l’organisation de cette marche du 29 octobre 2011 qui a connu un très grand succès et où se trouvaient réunies toutes les tendances, tous les courants de la grande famille souverainiste Québécoise.

 

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Gilbert Paquette marche cap de l'indépendance

Photo Mathieu Breton

 

 IG : M. Bernard Landry qui a participé à cette marche a déclaré que maintenant le dossier de la souveraineté devenait urgent à régler.

 GP : Tout à fait d’accord. Vous savez, au sein du Parti Québécois il y a deux grands courants principaux. Ceux qui veulent faire la promotion continue et déterminée de l’indépendance, courant auquel participe « Cap sur l’indépendance » tout comme M. Landry et M. Parizeau, mais il y a aussi un second groupe, souvent dominant dans le Parti québécois qui temporise, et qui parfois met toute la question de l’indépendance en veilleuse. On a connu cela déjà avec René Lévesque à la fin de sa vie politique. C’est ce deuxième courant qui a toujours été déterminant dans la direction du Parti Québécois et est fortement remis en question maintenant. Il est vrai que beaucoup de citoyens voyant tantôt le Parti Québécois faire la promotion de cette option, tantôt ne pas la faire, doutent de sa réalisation. Mais le peuple ne  suivra pas le mouvement de la souveraineté s’il n’y a pas de leader qui en fasse la promotion continue. Il faut faire une campagne permanente pour l’indépendance du Québec.

 IG : Il semble pourtant que le contexte actuel  en faveur de la souveraineté, ne soit pas si évident que cela quand  François Legault déclare que selon lui la question de l’indépendance ne sera plus évoquée avant  10 ans, ceci afin  de se concentrer sur des dossiers de l’éducation, de la santé, etc.

 GP : M. Legault fait effectivement la promotion de ce deuxième courant que je décrivais. Il a décidé de mettre la pédale douce pour ne pas dire la pédale de frein pendant une dizaine d’années. M. Bouchard lorsqu’il a succédé à M. Parizeau avait la même attitude et avec les résultats que l’on connaît, voire même M. René Lévesque à la fin de sa vie politique. C’est pour cela que Jacques Parizeau, Camille Laurin et moi, ainsi que quatre autres ministres du gouvernement de M. Lévesque avions démissionné de ce gouvernement, en 1985. Cette tension au sein du Parti Québécois ne date pas d’hier. Entre ceux qui veulent aller carrément vers l’indépendance et ceux qui régulièrement la mettent de côté soi-disant pour s’occuper des vraies questions qui intéressent la population. C’est ce thème que véhicule M. Legault et les siens. Nous leur répondons « oui mais pour s’occuper de ces vraies affaires il faut d’abord les contrôler » car la moitié des pouvoirs sont à Ottawa. C’est le cas des 50 milliards de dollars de taxes et d’impôts que le Québec envoie à Ottawa chaque année et qui sont dépensés pour des mesures contraires aux valeurs et aux besoins du Québec. Actuellement, notre gouvernement et notre assemblée nationale sont largement paralysés devant toutes ces questions qui préoccupent la population : l’emploi, le développement durable, les questions linguistiques, la protection du français au Québec qui est menacé à Montréal, le progrès vers des institutions plus démocratiques que le régime parlementaire  britannique. Ce sont toutes des questions qu’on ne peut pas vraiment régler dans le cadre du Québec/ province mais uniquement dans le cadre du Québec/ pays. Ce que nous avons à répondre à François Legault, c’est que si jamais il arrivait au gouvernement provincial du Québec, il ne pourra pas faire beaucoup mieux que les partis qui l’ont précédés car il sera dépourvu de moyens pour agir dans le cadre d’un état national.

 IG : Le problème c’est qu’actuellement les sondages le donneraient gagnant à de prochaines élections. Il a donc le soutien d’une partie de la population qui partage ses idées.

 

GP : Je comprends cette situation. Depuis le référendum de 1995 il n’y a pas eu de promotion de la souveraineté. Les gens voient un projet qui piétine et ceci est encouragé par les adversaires fédéralistes. Ce désenchantement, et aussi les résultats des élections du 2 mai et l’affaiblissement du Bloc Québécois, explique pourquoi plusieurs citoyens se disent « mettons de côté cette question » car la population est divisée moitié-moitié sur la question de souveraineté. Cependant hier il y a eu un évènement intéressant. En effet un nouveau sondage a comparé les intentions de vote si M. Gilles Duceppe, l’ancien Chef du Bloc Québécois à Ottawa, plutôt que Mme Pauline Marois, dirigeait le Parti Québécois. Dans ce cas le PQ arriverait en tête, celui de M. Legault en deuxième position (avec respectivement 35 et 25 % des suffrages) et le Parti Libéral actuellement au pouvoir n’obtiendrait que 21 %. On voit bien que l’effet du leadership joue énormément  dans ces résultats. L’opinion publique est très mouvante actuellement. Il y a donc une espèce de vide qui profite à François Legault face aux deux leaders (Jean Charest et Pauline Marois) des deux formations politiques principales qui reçoivent un taux d’insatisfaction assez élevé.

 IG : La situation politique, au PQ, a beaucoup évolué depuis le début de 2011. Le congrès du PQ, en avril, a sonné le début des turbulences alors que Pauline Marois venait de recueillir l’assentiment de 93 % des congressistes. En fait il y a eu l’incident de Crémazie, projet sur l’indépendance porté par Lisette Lapointe et rejeté dans un premier temps par Pauline Marois. Il y a eu ensuite l’échec à la présidence du PQ  de Daniel Turp à qui l’on reprochait d’avoir défendu ce projet. Quelques jours plus tard on apprenait le départ  du PQ de trois députés  « importants » Louise Beaudoin, Lisette Lapointe et Pierre Curzi, bientôt suivi par un quatrième député, Jean-Martin Aussant. Qu’en pensez-vous ?

 GP : IL y a eu effectivement des tensions entre la direction du Parti et ceux qui, à l’instar de l’ancien Premier ministre Jacques Parizeau, qui voulaient que le congrès adopte une position ferme et commence à préparer les instruments de la souveraineté. Ils ont amené au congrès une résolution pas très radicale, mais qui a été combattue par la Chef du Parti québécois. Ceci a laissé des traces et a mené par la suite à la démission de 4 députés très en vue du Parti québécois qui sont maintenant des députés indépendants. D’autres députés du caucus québécois sont restés au Parti mais ils n’en pensent pas moins. Il y a eu d’autres contestations de cette orientation du Parti québécois qui vise à ne pas faire la promotion de la souveraineté d’ici aux élections et pendant les élections, sous le prétexte qu’une fois arrivé au gouvernement on pourra mieux faire la promotion de la souveraineté. Moi je ne mets pas en doute leurs convictions souverainistes mais pour avoir vécu et avoir été Député et Ministre dans un gouvernement du Parti québécois placé dans la même situation, on peut douter fortement que cela va se faire. Et en plus il y a quelque chose d’incompréhensible à cette position, alors qu’un récent sondage place le PQ sous la barre des 20% alors que la souveraineté est toujours aux environs de 40 % d’appui dans la population. Sur un plan strictement électoral, on comprend mal pourquoi le parti québécois refuse de faire la promotion de la souveraineté? Il y a une espèce d’ambiance défaitiste qui veut qu’au niveau de la direction du Parti Québécois, si l’on veut  et si l’on promeut la souveraineté cela risquerait de faire perdre des votes, le PQ restant dans l’opposition incapable d’agir. Cela n’est pas démenti par les faits, par les chiffres, par les sondages. Si le PQ était davantage déterminé envers l’indépendance, ses appuis augmenteraient d’autant.

 

IG : Si je vous comprends bien il manquerait au PQ un leadership qui épouserait donc le courant « populaire », puisque lorsqu’on interroge la « vox populi » on constate que ce souhait d’indépendance est partagé.

 GP : Effectivement on constate qu’environ 60 % des francophones sont pour la souveraineté et l’indépendance, mais à cause de la minorité anglophone et des immigrants qui sont assimilés à cette minorité, on se retrouve avec un peu moins de 50 %. Il y a toujours ce problème. On n’arrive pas à trancher ce nœud  gordien. On n’arrive pas à dire  d’une manière claire qu’une majorité existe maintenant pour l’indépendance. Les gens se découragent et se disent : « cela n’arrivera jamais, et donc essayons d’élire un meilleur gouvernement provincial que celui que nous avons maintenant empêtré dans des scandales, les accusations de corruption etc. ».

Est-ce que Mme Marois peut faire ce changement de cap face à toutes les pressions qu’elle subit actuellement ? Cela reste à voir ! Il va se passer quelque chose d’ici la fin de l’année, c’est évident, car cette situation d’incertitude ne peut se prolonger.

 IG : S’agissant du comportement de Mme Marois effectivement  il ne semblerait pas qu’elle recueille l’adhésion de la majorité de la population québécoise, mais à lire les derniers sondages qui annoncent une arrivée de M. Duceppe aux cotés de Mme Marois, ceux-ci montreraient un fort redressement du PQ dans ce cas. Qu’en pensez-vous ?

 GP : C’est une idée qui circule beaucoup actuellement. Il reste à voir ce que Gilles Duceppe va décider de faire, mais hier il y avait un autre sondage qui montrait qu’avec Gilles Duceppe à la tète du PQ, celui-ci formerait le prochain gouvernement. Il s’agit d’un élément crucial dans tout le contexte politique. De deux choses l’une ou Mme Marois démissionne et M. Duceppe prend le leadership du Parti québécois, ou les deux travaillent ensemble. Ce sont deux hypothèses qui circulent beaucoup actuellement.

 IG : D’autant plus que M. Bernard Landry a déclaré qu’il y avait maintenant urgence à régler ce problème de souveraineté. Il faut remarquer deux phénomènes qui vont dans ce sens. Le premier, est relatif au comportement de M. Harper et le second au problème de la démographie Québécoise. S’agissant de M. Harper on constate qu’il œuvre de plus en plus pour une intégration rampante du Québec au Canada pour en faire ainsi un état unitaire. C’est le cas des deux dernières nominations d’importance : celle d’un Juge à la Cour Suprême et du Vérificateur Général du Canada, tous deux unilingues et ne parlant pas le français. Or je croyais que le Canada était bilinguiste !

 GP : J’ai écrit l’an dernier un article dans le journal « Le Devoir » intitulé « l’ADN du Canada : la centralisation ». C’est que dès le départ en 1867, avec  la constitution canadienne, ce que voulaient les anglophones, c’était ériger un état unitaire avec des provinces subordonnées dont le Québec. Ce que voulaient les Québécois, c’était une véritable fédération avec des pouvoirs protégés pour la province de Québec de façon à maintenir la culture, la langue et l’intégrité nationale. Ce qu’on a eu dans la constitution de 1867, la constitution actuelle du Canada, c’est un déséquilibre complet en faveur du gouvernement fédéral. Il y a six pouvoirs dans la constitution qui permettent au gouvernement fédéral de désavouer les lois provinciales. Depuis 1982 lors du rapatriement de la constitution canadienne de Londres, on a ajouté des éléments (par exemple la reconnaissance du multiculturalisme, la charte des droits et libertés qui permet à la Cour Suprême de désavouer des lois provinciales. Cela a permis de détruire, de rendre caduque plusieurs articles de la charte de la loi 101 qui avait été adoptée par le Québec pour protéger la langue française et qui avait bénéficié d’un accord très large de la population.

Tout ceci pour dire que le phénomène de centralisation existe depuis le début, dès 1867, de la soi-disant fédération canadienne  mais qui, en fait, n’en est pas une. Il y a de plus en plus d’intégration, de centralisation avec l’arrivée du gouvernement Harper qui n’est pas élu par le Québec et dont les valeurs ne correspondent pas aux valeurs du Québec. Il y a sur tous les plans et quasiment tous les jours des éléments comme ceux que vous avez mentionnés : nomination de juge unilingue anglophone  à la Cour suprême. Vous imaginez, la prochaine fois que l’on ira plaider un article de la charte du français pour le conserver, il faudra  plaider cela devant un juge qui ne comprend pas notre langue. Il va falloir parler en anglais, c’est tout à fait inacceptable. Le poste de vérificateur Général est aussi un poste extrêmement important. C’est la Vérificatrice Générale qui a dévoilé le scandale des commandites où sous le gouvernement libéral on s’est servi des fonds publics pour financer des opérations partisanes à l’encontre de l’émancipation du Québec. Voici que nous allons avoir un vérificateur anglophone sous l’autorité d’un gouvernement conservateur. Il y a aussi la hantise du gouvernement du Canada pour la loi et l’ordre, la lutte contre les jeunes contrevenants. Nous au Québec, avons une approche fondée sur la formation des jeunes délinquants, leur réinsertion dans la société. Le gouvernement Harper préfère une approche à l’américaine basée sur la répression. Sur la question du développement durable également, le gouvernement Harper a complètement renié la parole du Canada engagée dans les accords de Kyoto. Sur le plan de l’armement ils achètent des avions supersoniques, des navires, qui coûtent 4 milliards de nos impôts à Ottawa par année et qui servent à la défense, à l’armement. Or la population du Québec est pacifiste et se contenterait volontiers d’une armée réduite pour un maintien de l’ordre sur le territoire.

Tout cela installe une nouvelle société dont le Québec est prisonnier et qui en même temps vise à l’assimilation des francophones. Il y a donc urgence de coté-là. Il y a urgence sur un autre plan aussi car de plus en plus des questions se règlent sur le plan international où nous sommes représentés par le gouvernement Harper ! Il y a eu un temps la doctrine « Guérin-Lajoie » qui voulait que le Québec intervienne directement sur la scène internationale dans le prolongement de ses compétences constitutionnelles notamment en éducation. A  l’UNESCO on est représenté par le gouvernement conservateur anglophone et les Québécois ne peuvent pas intervenir dans les grandes instances internationales directement alors que de plus en plus des questions sont de ce niveau-là. Il  y a  ensuite la réduction du poids du Québec au parlement fédéral, il y a 30 nouveaux députés qui vont être ajoutés dans les autres provinces. De fait, il va devenir de plus en plus possible de gouverner le Canada sans l’appui du Québec. Ce sont tous ces éléments là qui nous font dire que oui l’indépendance est urgente. Il faut rapidement que les mouvements indépendantistes se regroupent, s’unissent  et aillent dans la même direction de façon déterminée pour l’indépendance du Québec.

A suivre.