VISITE A TOLEDO (Tolède)

Ville œcuménique

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Isidore Grao

Le, 20 juin 2011

www.lavoixdecartier.com

 

Aujourd’hui, je vous propose de quitter le monde agité de la politique, et de prendre un petit air frais (avec la période en cours, cela s’impose) en terre ibérique et plus précisément à Toledo ! Pourquoi cette ville ? Ce choix est la conséquence de mon séjour professionnel en Espagne, plus précisément à Madrid. La fin de semaine je rayonnais en voiture dans ce pays à la recherche historique d’une civilisation. A 80 Km au sud de la capitale, se trouve Toledo. Je suis tombé sous le charme de cette petite ville ! C’est ainsi que j’eu l’occasion à plusieurs reprises de visiter cette ville, un petit joyau dans son écrin, dont le seul mot qui me vient en esprit pour la qualifier, est : «œcuménisme».

Au détour d’un virage et à six kilomètres, soudain apparaît Tolède, entourée de murailles fortifiées, juchée tel un promontoire  sur une colline, avec à ses pieds, un fleuve, le Tage qui avant de rejoindre l’océan atlantique à Lisbonne, forme un joli collier de tous ses méandres. Le Tage, fleuve de paix lorsqu’il abreuve les cultures environnantes, mais fleuve de guerre aussi car ses eaux sont réputées pour la fabrication des épées et des couteaux. Au loin et de tout cet ensemble de maisons se distinguent deux  grands bâtiments : la cathédrale et l’Alcazar. Festival de couleurs, le rouge des maisons est mis en exergue par le bleu du Tage, la beauté du lieu vous saisit.

Rares sont les véhicules qui circulent à l’intérieur car la ville est principalement piétonne, il est vrai que pour l’essentiel les ruelles n’ont que deux ou trois mètres de largeur. La voiture garée sur un parking extérieur, on accède à la ville par un monumental pont, «le pont de Saint Martin».  Les murailles franchies par la «Puerta del sol ou porte du soleil», le poids de l’histoire s’abat sur les épaules. Un premier contact et une première église surgit. Il s’agit de l’église majestueuse de «Saint Jean des Rois». Puis, en empruntant la rue des Rois catholiques on arrive à la synagogue du Transit et son vis à vis la maison du peintre El Gréco. Derrière ces bâtiments, se situe, l’église de Saint Tomé jouxtant avec ce qui fut une magnifique mosquée, vestige du 12 siècle. En quelques trois cents mètres, sous un beau soleil, au milieu des touristes, nous avons longé des édifices religieux : chrétiens, juifs et arabes (ces deux derniers en parfait état de conservation) ce qui donne à cette ville cet aspect œcuménique. 

A lire ces quelques lignes, on devine un riche passé historique de cette cité.

Bien avant la naissance de Jésus Christ, à l’époque des Ibères, Tolède était déjà un gros bourg fortifié. Les Romains la conquirent en 192 (-JC) et la nommèrent Tolétum. Des vestiges de voies romaines quadrillent les contrées environnantes. Lorsque l’empire romain devint décadent ce fut au tour des peuples barbares d’envahir la ville. Tout d’abord par les Alains (en 411) suivis par les Wisigoths en l’an 418. Au milieu du VI émié siècle, les Wisigoths en firent leur cour royale mais surtout transformèrent la cité en un puissant foyer artistique d’orfèvres et de décorateurs. Ce qui est d’ailleurs toujours d’actualité.

Après les barbares, ce fut au tour des musulmans dont on sait que ceux-ci s’implantèrent en Espagne  pendant au moins quatre siècles. L’islam se rendit maître de Tolétum et la baptisèrent Tolaitola. Le roi Alphonse X allait la reconquérir pour la chrétienté en 1085. Ce qui annonça le déclin de l’invasion arabe qui allait être vaincue, non loin de Tolède, à la bataille de Las navas de tolosa  en 1212. Les occupations étrangères étaient achevées mais laissaient, derrière elles une part de leur riche culture.

La Culture

Au 13 IIème siècle, sous le règne d’Alphonse X, l’Erudit ou le Sage, se développa une période très riche en matière d’art et de culture : astronomie, poésie et musique, législation, jeux, histoire, fables. L’Ecole des Traducteurs de Tolède fut créée pour traduire en latin, les textes écrits en arabe et en hébreu et cette ville était visitée par les plus grands esprits européens qui découvrirent à leur tour le savoir des grecs de l’Antiquité qui entre temps avaient été traduits en arabe. Tolède devint alors la Cité des Trois cultures. Les musulmans, juifs et chrétiens cohabitèrent pacifiquement sous le même poids d’une loi unique (ici pas d’accommodements raisonnables). La ville rayonna de son importance économique, religieuse, politique jusqu’à l’expulsion des juifs en 1492.

Les Arts / Leurs objets et certaines légendes

En aval de Tolède, le Pont de Saint Martin enjambe le Tage pour donner accès à la ville. Au 14 ième siècle ce pont fut gravement endommagé de faits de guerre fratricides entre Don Pedro I et son demi-frère Don Enrique. L’archevêque Tenorio décida alors de le faire  reconstruire. Le maître d’œuvre responsable de la construction se rendit compte que son ouvrage n’offrait pas toutes les garanties de solidité et risquait de s’effondrer au passage des charrettes transportant des grosses pierres pour la construction de la cathédrale. C’était pour lui synonyme de discrédit et d’ignominie. Désespéré il en fit part à son épouse. Celle-ci affectée par cette catastrophe décida néanmoins de l’aider. Une nuit elle grimpa aux échafaudages et mis le feu aux grosses poutres. Au matin l’édifice était à reconstruire. On accusa le mauvais sort de cet incendie inopportun pour les uns, mais opportun pour le maitre d’œuvre qui put ainsi reconstruire, cette fois ci, correctement le pont. Son honneur était sauf !

La Cathédrale :

Après le départ des arabes, le Siège Primatial utilisait l’ancienne mosquée transformée par le roi Alphonse VI, en grande église. C’est ce qui arriva d’ailleurs, en Espagne, à de nombreuses mosquées, telle par exemple celle de la mesquita de Cordoba (Cordoue). C’est en 1221 que les premières pierres de la cathédrale furent posées. L’année suivante, le Pape Honorio III  lui octroie une bulle pour l’obtention de ressources car disait-il : «un ouvrage d’une telle envergure ne peut être terminé sans de grandes dépenses ». On attribue la paternité de l’édification à un certain Maître Martin. Si celui-ci n’était pas français il paraît évident qu’il s’est largement inspiré des cathédrales françaises et en particulier de celle du Mans. Le dôme fut réalisé par Jorge Manuel, le fils du Greco.

Son intérieur est richement décoré : un Retable majeur, et sa grande Chapelle, les nefs, la chapelle Mozarabe, le Transparent, la porte des Lions, la salle capitulaire, des vitraux magnifiques et une rosace qui effectivement fait penser à celle des cathédrales françaises, la sacristie et ses salons annexes, une grille somptueuse en fer forgée décrite comme l’exemplaire le plus parfait et complet du Plateresque espagnol, le grand trésor (bijoux royaux, ostensoir et, croix en or ,etc…) de cette cathédrale est contenu dans une chapelle  fermée par un portail ciselé par Alonso de Covarrubias. De nombreux tableaux de maîtres ornent les murs.

La Chapelle funéraire de Don Gonzalo Ruiz de Toledo, Seigneur d’Orgaz jouxte l’église de Santo Tomé (Saint Thomas) et contient un tableau monumental peint par El Greco. Il représente les funérailles du seigneur d’Orgaz. Trois niveaux semblent diviser le tableau, de bas en haut : Au niveau terrestre, on voit l’évêque Saint Augustin soutenir le cadavre par le dos alors que Saint Etienne, adolescent, tient les jambes. A sa gauche est représenté un page qui n’est autre que le fils d’El Greco. Ce page porte une pochette sur laquelle l’artiste a inscrit la date de création du tableau et sa signature en langue grecque. Lui même s’est peint au milieu des courtisans qui assistent aux funérailles.

Au dessus du niveau terrestre se trouve donc celui du purgatoire. Quand au sommet et dernier niveau du tableau se trouve l’état céleste de Dieu. Ce tableau qui mesure quatre mètres sur cinq, recouvre presque l’intégralité d’un mur de la chapelle. Ce tableau est considéré contenir toutes les «facultés créatrices de l’Homme» : la maîtrise de la technique, la sécurité dans son exécution, l’inspiration et le talent de l’artiste, l’imagination et la fantaisie du poète. Cette œuvre est appréciée patrimoine de l’humanité.

Au sortir de la chapelle il faut aller visiter l’Acalzar et ses musées. On déambule dans des petites ruelles étroites au cœur de la ville longeant  ainsi de nombreuses boutiques de souvenirs, de magasins de coutelleries et de reproductions d’épées (la Tizona del Cid el campeador), de bijouteries qui travaillent des objets en or devant le touriste. Soudain un attroupement. Les gens semblent tous regarder dans la même direction à savoir, un coin de mur caché par cet attroupement.  En s’approchant, on constate qu’il s’agit d’une vierge d’environ quarante centimètres de hauteur, enchâssée dans le coin du mur et protégée par une vitre. Mon regard se pose sur une jeune fille qui essaie par un minuscule trou dans le châssis de verre de passer une épingle ! Et à regarder de plus près, on constate que les nombreuses épingles introduites forment au pied de la Vierge, un petit «matelas» de 3  centimètres de hauteur. De quoi s’agit-il ? A quoi sert ce petit manège ? L’on indique alors qu’il s’agit de la Vierge des afilérés (épingles). Elle est dédiée aux jeunes filles en mal d’époux qui viennent solliciter par ce geste, la découverte du bonheur !

Continuons notre visite pour nous rendre à l’Alcazar.

Il s’agit du plus haut bâtiment de Tolède : l’équivalent de 10 étages environ et dont la masse imposante se dégage de l’environnement des autres demeures. Il fut certainement construit et utilisé par les romains en qualité de garnison. De nombreuses voies romaines partent d’ailleurs de ce point pour rejoindre la campagne. Tour à tour modifié par les occupants, on ne trouve pas pourtant  trace du passage des Wisigoths. De la période arabe (en 835, du temps de Abd-al-Rahman) a été conservée la porte d’accès du Sud –Ouest.

Le roi Alphonse VI  reconstruisit  l’Alcazar et la légende affirme que son premier gouverneur fut le Cid Campeador pour ses garnisons castillanes et aragonaises. Mais les principaux travaux de réaménagement furent réalisés par le Roi Charles V à qui l’on doit son adaptation en Palais Royal, travaux dont on retrouve le nom de l’architecte Covarrubias. Ce bâtiment fut incendié par les troupes de Napoléon en 1810. En 1846 on installa l’Ecole d’Infanterie. Le dernier épisode remarqué par l’Histoire se déroula en 1936 alors que la guerre civile faisait rage en Espagne où la garnison résista héroïquement. Le calme étant revenu, le bâtiment est surtout devenu le siège de plusieurs musées dont celui des armes, des couteaux, des épées.

Voici la visite est achevée !  Sinon pour vous rappeler que nous sommes sur les terres de Don Quichotte et de Sancho Pancha, que l’on rencontre des moulins à vents en allant vers le sud-est, et qu’à 30 kilomètres d’ici se trouve une ville dénommée ici : «Le petit Versailles espagnol», il s’agit en effet de la ville d’Aranjuez. Mais cela fera partie d’un futur article, si vous le voulez bien, amies lectrices et amis lecteurs.

Description: iLovePeres:Desktop:2011-06-20 Article VISITE A TOLED0 Photo no 4 Les 2 ponts qui permettent d'enjamber le Tage.jpg Description: iLovePeres:Desktop:2011-06-20 Article VISITE A TOLED0 Photo no 3  Le grand retable ciselé de la cathédrale.JPG

Les 2 ponts qui permettent d'enjamber le Tage * vue panoramique de la ville

Description: iLovePeres:Desktop:2011-06-20 Article VISITE A TOLED0 Photo no 2 vue panoramique de la ville.JPG Description: iLovePeres:Desktop:2011-06-20 Article VISITE A TOLED0 Photo no 1 Le tableau du Greco l'enterrement du duc d'Orgaz.JPG

Le grand retable ciselé́ de la cathédrale * Le tableau du Greco l'enterrement du duc d'Orgaz