SORTIR D’UN  CAUCHEMAR OU LA VOIX DU PEUPLE

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Isidore Grao

Le 28 mai 2011

www.lavoixdecartier.com

 

Interview de M. Michel Bertrand le 22 mai 2011

 

Merci M. Bertrand d’avoir bien voulu accorder cette interview au journal «la Voix de Cartier”. Vous, dont à la lecture de votre précédent interview qui remonte à plus d’un an maintenant, avait fait déclarer à une personnalité politique Québécoise que vous étiez «la voix du peuple Québécois». Aujourd’hui nous allons parler si vous le voulez bien de l’après 2 mai 2011, au Québec.

 IG : Tout d’abord comment définiriez-vous l’électeur de base Québécois, vous, qui représentez la voix du peuple.

MB : Ma réponse va être très simple et se résume en un seul mot «désabusé» !

IG : Oui, mais sur sa façon de fonctionner, ses attentes, ses espoirs envers le monde politique ?

MB : Ce que l’électeur de base espère c’est que les politiciens se mettent à son niveau, qu’ils descendent de leur tour d’ivoire, qu’ils arrêtent de se regarder le nombril, qu’ils soient un peu plus ouverts à ce que les gens ont à dire. Ils disent qu’ils savent ce que les gens veulent, mais nous, on n’a pas du tout cette impression. Ils utilisent un discours à l’intérieur du parlement et un autre à l’extérieur. Les politiciens sont totalement sourds aux discours des gens qui les ont mis en place.

IG : Quand vous vous disiez désabusé, c’est que vous aviez l’impression qu’une fois élus, vos politiciens vous ignorent ?

MB : Ce n’est pas seulement une impression mais une réalité. Une fois députés, ils n’écoutent pas ce que l’on dit. Nous allons prendre l’exemple de M. Charest, Premier Ministre du Québec, qui déclare savoir ce que les gens veulent. Pourtant si l’on écoute ce que les gens disent, ce qu’ils écrivent dans leurs blogs, on s’aperçoit que ce n’est pas du tout la même chose. On s’aperçoit que tout le monde est contre ce qui a été exposé. Un vrai dialogue de sourds. Mais M. Charest continue à croire qu’il est dans le vrai jusqu’à ce qu’il s’aperçoive du contraire.

IG : Mais décrire de telles situations d’incompréhension peut générer des risques de conflits, ne croyez-vous pas ?

MB : Non, parce que les Québécois sont d’une manière générale des non violents et des pacifistes. Car dans le cas contraire, il y aurait déjà longtemps que cela aurait éclaté.

IG : Mais alors comment sortir d’une telle situation ? D’un côté le peuple se dit désabusé de ne pas être écouté par ses politiciens, de l’autre les députés ont la certitude de répondre aux attentes du peuple. Et le paradoxe de cette incompréhension c’est que les politiciens avouent ne pas être crédibles auprès du peuple. C’est un cercle vicieux, non ?

MB : Je vais vous donner un exemple concret, on arrive aux élections, et les candidats font du porte à porte. Ils rencontrent les gens. Ils tiennent des assemblées. Mais pourquoi qu’une fois élus, ils ne continuent pas à rencontrer des gens ? Non, ils préfèrent s’enfermer dans un parlement. Pourquoi ne font-ils pas des assemblées de quartier de temps en temps, et aident les gens à s’exprimer, à dire ce qu’ils veulent ?  Pourquoi ne pas rester à l’écoute de leurs électeurs pour recueillir de temps en temps leurs souhaits afin d’en pouvoir discuter ultérieurement au parlement, discuter ainsi des vrais problèmes du peuple.

IG : Vous insinueriez qu’une fois élus, les députés s’éloignent de leurs électeurs ?

MB : Absolument. Les choses sont telles maintenant  que l’on ne peut constater que ça devient un dialogue de sourds. Pourquoi pensez-vous que lors des élections, les gens ne se déplacent même plus pour aller voter ? Parce que nous n’ignorons  pas que seuls nos votes les intéressent, un point c’est tout et qu’une fois obtenus, on nous oublie ! Finalement que l’on vote pour l’un ou pour l’autre, on a l’impression que rien ne va changer. Ils sont à l’écoute les mois précédents les élections, mais après, il se passe quoi ? Rien ! Tout ce qu’ils savent dire : «Eh ! bien non on ne peut pas tenir telle ou telle promesse, ou telle ou telle chose», et c’est toujours la faute du voisin, et jamais la leur ! Et c’est tout le temps pareil ! On nous fait toujours les mêmes promesses préélectorales et puis après les élections il ne se passe rien. J’ai 53 ans, et depuis que je suis en âge de voter, j’entends toujours les mêmes choses !

IG : C’est le système politique qui veut cela. Nous sommes dans un système représentatif et les députés reçoivent de leurs électeurs un mandat universel et non impératif. C’est-à-dire qu’ils sont les représentants de tout un ensemble de citoyens qui ont des attentes différentes. Il semblerait donc à vous entendre qu’au Québec il y ait des problèmes de communication entre la classe politique et les électeurs. Selon vous que faudrait-il donc faire pour résoudre ce problème ?

MB : Ce qu’il faudrait c’est que les députés, les ministres soient à l’écoute de ce que les gens aient à leur dire. Je me demande s’ils sont vraiment intéressés par ce que les gens ont à leur dire !

IG : Si je vous ai bien compris, c’est que les députés adoptent deux attitudes divergentes, l’une faite d’écoute avant les élections et une autre d’indifférence, après. En un mot, vous souhaiteriez que le dialogue entamé avant les élections puisse se poursuivre après ?

MB : Absolument. A titre d’exemple, si vous avez faim avant le repas du midi, auriez-vous à nouveau faim deux heures plus tard ? Les besoins évoluent avec le temps, le contexte, etc… Si au bout d’un an, les députés ont oublié leurs promesses, que resterait- il d’elles, trois ou quatre ans plus tard ? Sur le plan politique un autre exemple flagrant ! On parle beaucoup actuellement du projet «plan nord» que vient de développer Charest. Le Premier Ministre veut dépenser 80 milliards  pour ensuite pouvoir en récolter 25 ! Mais je ne voudrais pas polémiquer là-dessus. Mais ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est qu’on puisse nous parler de construire une route de deux milliards dans le Grand nord, alors que pendant ce temps le pont Champlain est en train de tomber en ruine. C’est pourtant le pont le plus achalandé du Canada, les rues de Montréal, au sortir de l’hiver, ressemblent plus à des routes de Beyrouth que de celles d’Amérique. On nous dit qu’on n’a plus d’argent à injecter dans ses réparations. On ne comprend pas alors qu’on puisse nous parler  de construire une grande route dans le grand nord, que personne ou très peu, vont utiliser. Je ne comprends pas les priorités de ce gouvernement ! On dirait que les gouvernements sont plus préoccupés de laisser leur nom dans des livres d’Histoire, que d’apprécier ce que les gens veulent vraiment. Les vrais besoins ne sont pas là ! Où en est le programme de construction des HLM ? Nulle part car il ne s’en construit plus ou très peu et pourtant les gens continuent à «crever» de faim. Les classes moyennes s’appauvrissent de plus en plus et l’État ne prend aucun moyen pour leur venir en aide. On ne fait que surtaxer la vie pour accomplir les rêves de certains politiciens.

IG : Dans tout cela, si vous permettez, je vois un paradoxe. Les électeurs Québécois ont élus et reconduit d’ailleurs un gouvernement libéral. Or tout le monde sait que le propre du libéralisme  n’est pas de verser dans le social. Le vote est libre au Canada. Les électeurs ont les résultats d’une politique qu’ils ont non seulement choisie mais reconduit à plusieurs reprises !

MB : Moi j’ai toujours voté pour le PQ (parti québécois). Je pense que ce n’est un secret pour personne. Je suis un souverainiste pur et dur. Mais je m’interroge : «qu’est-ce qu’il a fait de plus le PQ, à part s’acharner dans des problèmes avec le fédéral. Il y a toujours des chicanes entre le PQ et le Fédéral. Mais dans le concret, est-ce que le PQ a fait plus ? Je ne sais pas !

IG : Oui on dit que l’enfer est peuplé des meilleures intentions le PQ semble rechercher une gestion équilibrée de son budget. Mais au nom de cet équilibre il a commis aussi de grandes injustices, tel le scandale des transferts des fonctionnaires de la DRHC en 1998. Il semble d’ailleurs que tous les économistes québécois ne soient pas d’accord sur cet équilibre absolu. Aussi je lisais récemment un article d’une de vos élites qui assurait «déficit zéro= projet zéro= avenir zéro». Je crois d’ailleurs que cet article a été diffusé par le journal «Le devoir».

MB : On parle de déficit zéro, d’accord ! Mais alors dîtes moi pourquoi dans le domaine de la santé, on rajoute toujours des cadres au détriment du nombre des infirmières ? On s’invente des projets à coup de milliards en augmentant les impôts au maximum qu’on peut. C’est pour cela que je vous dis que les politiciens ne sont pas à l’écoute et ne connaissent pas les vrais besoins du peuple. Pour jouer un peu les provocateurs, on dirait que ces choses-là ne les intéressent pas ? Mon langage peut paraître un peu excessif mais je connais de nombreuses personnes qui jugent la situation politique de la même manière que moi. Et après tout cela les députés se posent la question de savoir pourquoi le peuple n’a plus confiance en eux et pourquoi ils sont de moins en moins appréciés. Avec René Levesque une race de politiciens est morte. C’est bien dommage pour nous. Certes je sais aussi qu’il existe encore des politiciens intègres, mais si ces politiciens ne peuvent rien dire sans recevoir les reproches de leur ligne de parti c’est bien dommage et surtout navrant ! Je faisais référence à l’interview précédente de M. Daniel Turp. A quoi sert d’être intègre et de vouloir exprimer ses idées si au bout du compte, on doit obéir à la ligne de parti ? Elle est où, la démocratie la dedans ?

IG : Nous allons changer d’horizon pour y revenir plus tard. Comment avez-vous ressenti les résultats des élections du 2 mai 2011 ?

MB : Sans grande surprise.

IG : Vous vous attendiez à une si forte chute du Bloc Québécois ?

MB : Peut-être pas d’une aussi forte chute. Par contre les résultats ne sont pas si étonnants que cela. Déjà avant les élections il suffisait d’écouter les gens parler pour s’apercevoir qu’il allait se passer quelque chose. Les gens disaient «on veut du changement». Je pense que les médias ont beaucoup aidé la dedans pour arriver à ce résultat. Mais il faut reconnaître que quelquefois les gens adoptent un comportement moutonnier.

IG : En règle générale, pour ne pas réélire un parti, on suppose qu’il a failli à sa mission. Est-ce que vous diriez que le Bloc a failli à sa mission ?

MB : Non, je ne suis pas d’accord avec ce que vous venez de dire. Je pense que les électeurs ont voulu lui envoyer un message clair : «écoutez ce que les gens ont à dire». A force de les regarder vivre, de les entendre parler quand ils étaient au parlement à Ottawa on se demandait s’ils n’étaient pas devenus partie intégrante du paysage fédéral et non plus Québécois, même si en principe, ils défendaient les intérêts du Québec. Par contre, leur discours n’était plus le même. C’était comme s’ils ne faisaient plus parti du Québec. Je pense que c’est ce que les gens ont voulu leur faire comprendre.

IG : Est-ce la mort du Bloc ? Sinon quel programme d’action souhaiteriez-vous qu’il adopte pour pouvoir revenir à une situation antérieure de représentativité ?

MB : Encore une fois ce serait de prendre le pouls de la population du Québec pour savoir ce que les gens-là ont besoin pour défendre les vrais points d’intérêts du peuple. Arrêter de se chamailler pour la spécificité du Québec ou quoi que ce soit. On sait qu’on est deux sociétés distinctes. On sait qu’on a des besoins distincts. Depuis que le Canada existe on a toujours parlé de deux solitudes. Nous ce que nous voulons savoir : «dans tout cela, quels sont nos intérêts ?». Alors qu’ils reviennent tout simplement aux valeurs que les Québécois ont à cœur.

IG : Vous ne souhaitez donc pas la disparition du Bloc ?

MB : Absolument pas. Je vais nuancer mes propos. D’un côté tant que nous sommes en situation de fédération, je ne souhaite pas la disparition du Bloc. Par contre, j’ai vraiment hâte de la disparition du Bloc un jour où nous aurons enfin obtenu notre indépendance.

IG : A contrario, le NPD qui ne disposait que d’un seul député Québécois, a suscité un véritable engouement de la part des électeurs Québécois. Sur quels critères, à votre avis, se sont-ils basés pour déclencher ce raz de marée ?

MB : Tout simplement à cause des propos récurrents de Jack Layton. Lorsqu’on regardait le Bloc, c’était toujours les mêmes sempiternelles  chicanes, et on parlait toujours et exclusivement de la souveraineté ! Par contre Jack Layton parlait de famille, d’économie, de santé, des personnes âgées, d’environnement, toutes les choses que les Québécois ont à cœur. Alors finalement quoi de mieux que de donner une bonne leçon au Bloc pour le ramener sur terre. En fait, Layton avait bien un discours un peu plus séduisant sur le fond. Je pense que les gens se sont un peu identifiés à Layton avec son discours. Mais on sait très bien que le NPD est un parti fédéraliste et qu’il ne sera rien d’autre que cela. Mais je pense que les Québécois étaient tout simplement tannés de toutes ces chicanes tout simplement.

IG : Oui mais avec une toute petite réserve, c’est que pendant les débats télévisés des chefs, Layton a été le seul avec Duceppe à admettre la nécessité d’une nouvelle constitution pour le Québec. Par contre cela n’intéressait pas l’ont-ils déclaré, Ignatieff et Harper.

MB : Vous avez raison. Jack Layton est un Québécois, il est né à Montréal. Ce que je veux dire c’est que Layton est au courant de la réalité Québécoise, sincèrement ou pas il est tout à fait d’accord avec notre souci de vouloir l’indépendance. Ce que veut Layton, c’est que le Québec se rallie une fois pour toutes au Canada afin que cessent toutes ces chicanes. Sur ce dernier point c’est ce que veulent les Québécois, que cessent les querelles stériles. Cela fait des années que l’on entend toujours les mêmes arguments à une virgule près. Que l’on arrive enfin à l’indépendance du Québec et ce serait merveilleux. Mais en attendant est-ce que l’on pourrait arrêter de se chicaner et parler des vrais problèmes. Parce que pendant que l’on continue à se chicaner  pour des problèmes de constitution, les gens continuent à s’appauvrir, la population continue à vieillir et on reste toujours avec les mêmes problèmes qui ne font que s’empirer d’une fois à l’autre.

IG : Mais vous me faîtes penser à une chose. Certes les politiciens ont leur part de responsabilité dans tous les problèmes que vous décrivez. Mais il existe un autre grand corps de métier qui possède un grand pouvoir en coulisses, mais qui n’a pas de responsabilités, dont on ne parle jamais, il s’agit de la Haute Administration, les sous-ministres et leurs adjoints, ces mandarins comme les désignent les médias et qui à la limite organisent le vrai pouvoir par le jeu des ramifications secrètes. Car les ministres passent mais eux restent !

MB : Vous avez raison là-dessus. Ces gens sont nommés pour aider les politiciens et non les supplanter. Il devrait avoir un genre de consensus entre cette haute administration  et les politiciens. Mais pour l’instant ce n’est pas ce que l’on observe : tout le monde travaille pour son propre pouvoir. Mais qui travaille encore pour  la population ? On a tort de penser que c’est le gouvernement qui a le pouvoir. Très souvent ce n’est pas lui qui le détient mais ces fonctionnaires qui vont décider au bout du compte.

IG : Pour revenir au 2 mai 2011, j’ai été surpris qu’une grande majorité de Québécois regrettent la chute du Bloc. Pourtant les votes sont libres, et on ne pouvait soi-même voter pour le NPD tout en espérant que le voisin voterait pour le Bloc. Il y a quelque chose de paradoxal dans ce comportement ! Qu’en pensez-vous ?

MB : Vous avez raison. Je crois que c’est certainement ce que les gens ont cru. D’un côté, on voulait donner une bonne leçon, mais de l’autre on ne voulait pas non plus, perdre les élections. C’est pour cela que je vous dis que la mort du Bloc n’est pas annoncée. Les gens vont retomber sur leurs pieds aussi. A vouloir tant donner une leçon, on a été puni à notre tour.

IG : Mais les faits sont là. Ce n’est pas avec quatre députés que le Bloc pourra influer sur la politique du fédéral.

MB : Mais cet échec me réjouit sur le plan de la stratégie politique. Harper est issu du «Reform Party». Et l’objectif premier de ce parti était justement de sortir le français du canada pour diffuser l’anglais dans tout le pays. C’étaient des anti francophones. Maintenant que Harper est Premier Ministre, il voudrait arriver à ses fins. Maintenant qu’il n’y a presque plus personne à Ottawa, avec une petite réserve, peut-être pour le NPD, pour défendre le Québec et s’opposer à un Premier Ministre, les québécois ont de quoi s’inquiéter. Mais comme Harper va continuer à frustrer les Québécois, ceux-ci finiront bien un jour par se rebeller  du coup l’idée de la souveraineté québécoise risque de s’amplifier.

IG : Je reviens sur un point. La phrase que les électeurs prononçaient avant le 2 mai était «on veut le changement». Mais à quel changement faisaient-ils allusion : aux personnes, aux idées, aux programmes d’action, aux partis ?

MB : C’était l’ensemble de ces propositions. Les gens ne croient plus aux politiciens, car ceux-ci depuis de longues années ne sont plus à l’écoute des électeurs. Ils sont là pour des prises de pouvoir tout simplement, pour une petite gloriole personnelle. C’est l’impression qu’on en a et que de surcroit ils sont en train de nous donner raison. Il semble que la politique Québécoise s’est terminée avec René Levesque. Bien entendu je ne fais pas allusion ni à MM Jacques Parizeau ni à Bernard Landry qui étaient selon moi d’excellents politiciens. Pour M. Parizeau, celui-ci a donné sa démission pour avoir accusé les votes ethniques d’avoir fait perdre le second référendum, bien qu’il y ait beaucoup de personnes qui partagent cet avis. Quant à Bernard Landry je crois qu’il s’est fait prendre par le jeu des congrès. Il a démissionné parce qu’il ne se croyait pas suffisamment soutenu. Je trouve que c’est dommage car avec lui on avait l’impression que quelque part il rejoignait le peuple, ce qui n’est plus le cas actuellement. Actuellement il ne reste plus de fortes personnalités pour reprendre le flambeau.

IG : À ma connaissance M. Bernard Landry a démissionné parce qu’au congrès du PQ, il n’avait obtenu que 75,6 % de votes de confiance et qu’il aurait aimé pouvoir se rapprocher des 90 %. Il s’est cru déjugé par ce score qu’il considérait modeste. Peut-être que lui aussi a par la suite regretter son geste.

MB : Je l’espère bien. Harper est tombé majoritaire avec 40% des votes et il se sent tout à fait en droit de gouverner un pays avec ça ! Quant à Landry avec 75 % il croyait que ce n’était pas assez, je crois qu’il s’est trompé !

 IG : Mais il y a quand même une différence on ne fait pas allusion au même mode de scrutin, l’un est local quant à l’autre est national !

MB : En tous les cas, moi avec 75 % des membres, je me serais senti honoré, car on ne peut pas plaire à tout le monde et que quelquefois il est bon de créer des courants d’opinions  dans son propre parti. Cela paraît de la meilleure démocratie. Enfin trois personnes sur quatre ont voté pour lui. C’est quand même énorme.

IG : Encore qu’un fort pourcentage ne soit pas toujours signe de pouvoir car il a fallu certainement auparavant faire des multiples compromis. D’autre part à quoi sert un fort pourcentage en interne, au parti, s’il n’est pas partagé en externe par les électeurs. Il ne faut pas oublier que les acteurs sont les principaux acteurs d’une élection. Comment vous sentez-vous dans un Québec assujetti au Canada ?

MB : Mal. Je ne me sens pas bien là-dedans. Comment voulez-vous que l’on se sente bien quand c’est des gens qui ne nous comprennent pas, qui nous gouvernent, des gens qui n’ont pas les mêmes valeurs, ni la même culture, des gens qui sont en place et qui vont nous dicter leurs ordres. On ne peut pas se sentir bien dans ce contexte !

IG : Je ne sais si vous avez lu l’article paru hier (20/05/11) dans «Le Devoir» signé par 200 artistes et artisans culturels Québécois et qui déclarent «Ce pays n’est pas le nôtre». Il semble donc que vous ne soyez pas le seul Québécois à parler de cette manière.

MB : Oui je l’ai lu. Je crois d’ailleurs qu’ils vont mettre en place un spectacle pour remettre sur le tapis la souveraineté du Québec. Mais ce que je trouve dommage c’est que ce soit les artistes qui aient cette démarche là et non pas les politiciens il semblerait donc que les citoyens veulent prendre les choses en main, puisque leur gouvernement ne fait strictement rien !

IG : On a raison de dire que la nature a horreur du vide ? Au cas particulier ce serait les artistes qui prendraient l’initiative !

MB : Puisque depuis longtemps on parle dans le vide, autant se prendre en charge nous-mêmes. C’est vrai qu’un gouvernement n’est pas le bon papa qui doit veiller à tout, mais quand même !

IG : Sur la notion de souveraineté du Québec, il  ne semble pas que tous les Québécois soient unanimes à la réclamer. Selon un récent sondage on constate que 45 % d’entre eux sont pour, 15 % sont indécis, et 40% sont contre. Donc à ce niveau, la situation ne semble pas encore définitive pour déclencher un 3° référendum. Quel est votre avis ?

MB : Disons que cette fois-ci le référendum doit être fait dans la régularité. Je ne fais pas allusion aux quantités d’autobus qui arrivaient un peu de partout du Canada mais surtout hors du Québec. Il y a eu de nombreuses magouilles. J’ai entendu dire que s’il n’y avait pas eu toutes ces magouilles le OUI serait passé, peut-être d’une manière pas éclatante mais il serait passé. Je ne comprends pas que l’on n’est pas eu un nouveau référendum depuis. C’est le mensonge qui l’a emporté et non la démocratie.

 

IG : Est-ce que vous seriez d’accord pour un troisième référendum à bref délai ?

 

MB : Je pense que c’est maintenant, un peu prématuré. Les gens n’ont pas assez confiance. Quand on sait que le gouvernement n’est déjà pas à notre écoute. Quand on sait que le gouvernement n’en fait qu’à sa tête est-ce que ça vaut vraiment le coup de se lancer dans un nouvel référendum, d’autant que l’on sait qu’il n’y aura pas d’arbitre nulle part pour siffler les infractions et les empêcher d’aller trop loin. Car tout ce qui est à Ottawa actuellement serait récupéré par le Québec, c’est à dire tous nos droits, nos compétences, etc… Or on sait déjà ce que font les gouvernements des champs de compétence actuels, et qui n’arrêtent pas de se dégrader d’ailleurs. On se demande au fonds si on ne va pas perdre davantage que nous avons déjà perdu. C’est pour cela que tous les gens sont prêts à jeter tout cela par la fenêtre, et à remettre un dictateur à Québec pour qu’il en fasse ce qu’il veut.

IG : Les «contres» avancent que dans un Québec souverain, les conditions matérielles et économiques de vie se dégraderaient. Est-ce votre avis ?

MB : Je ne suis pas d’accord avec cela. Premièrement c’est sur que le rapatriement des services provoquerait quelques difficultés au départ. Mais sur le plan matériel, il y a aujourd’hui une chose qui m’étonne, c’est quand on dit que le fédéral nous donne beaucoup plus que le Québec ne lui donne. Moi en ce qui me concerne je ne crois pas beaucoup à la charité chrétienne du fédéral. Ce que le fédéral nous donne, c’est qu’il nous le doit ! Si on lui coutait si cher que cela, si nous n’avions pas une certaine importance sur le plan économique, vous croyez que le fédéral s’entêterait à vouloir nous garder avec lui, et ce malgré nous ? Il y a bien une raison à cela. On nous dit aussi que le passage des autres provinces canadiennes vers les provinces maritimes de la Côte Est serait rendu difficile. On peut s’arranger en leur vendant une bande de terrain tout le long du Québec pour résoudre la difficulté. Si on est si compliqué que cela pourquoi ils veulent nous garder. Par ailleurs on dit souvent que l’on émigre au Canada et non au Québec, là je ne suis pas d’accord car il y a bien un problème de langues ! Je ne suis d’accord avec aucun des arguments avancés par le fédéral !

IG : De par votre qualité de Québécois, que pensez-vous du gouvernement Harper ?

MB : Harper est aux antipodes de ce que le Québec peut être. Je n’ai jamais entendu autre chose que la qualification de dictateur pour Harper. Il se dit à l’écoute des autres provinces canadiennes surtout celles de l’Ouest, les autres ne semblent pas l’intéresser du tout. C’est ainsi qu’au Québec la protection de l’environnement est âprement défendue, tandis qu’au Fédéral, Harper a autorisé les extractions de gaz bitumineux  à la grande satisfaction des multinationales.

IG : Compte tenu de la relative proximité des élections, vous décrivez un Premier Ministre canadien chef d’un gouvernement minoritaire. Maintenant qu’il est à la tête d’un gouvernement majoritaire, croyez-vous qu’il prendra mieux compte des attentes du Québec,

MB : Absolument pas. Il y a un certain temps, le gouvernement Harper montrait une certaine ouverture vers le Québec mais c’est parce qu’il avait besoin de lui pour devenir majoritaire. Maintenant qu’il a eu sa majorité, en quoi a-t-il encore besoin du Québec ?

IG : Ne croyez-vous pas qu’en faisant montre d’un tel ostracisme envers le Québec, il ne suscite un meilleur rassemblement de tous les Québécois pour réclamer la souveraineté du pays ?

MB : C’est ce que je crois fermement. Mais de toutes les façons Harper est tellement certain de lui-même qu’il ne doute pas un seul instant de sa victoire sur le Québec. Il se dit qu’il va arriver à lui faire plier l’échine et n’imagine pas une seule seconde qu’il est en train de faire le jeu des nationalistes Québécois. Je crois que c’est grâce à lui qu’on finira par avoir notre indépendance. Il va tellement désabuser les gens. Tôt au tard les gens finiront par se rendre compte que ce qu’on leur propose est tellement loin de ce qu’ils sont qu’ils finiront par se rendre à l’évidence, et qu’ils rejetteront tout cela ! Mais je voudrais quand même faire une remarque importante : ce n’est pas parce qu’Harper a un comportement arrogant avec les Québécois que tous les anglophones sont d’accord avec lui. Je connais beaucoup de personnes d’autres provinces qui comprennent les Québécois et partagent nos attentes. Ils sont quand même contents de notre distinction, à savoir qu’on est différends des autres, qu’on n’a pas la même façon de penser qu’eux, mais ils nous apprécient tout de même pour ce que nous sommes.

IG : Qu’attendez-vous du NPD au parlement fédéral ? Certes il est devenu majoritaire au Québec mais minoritaire au parlement fédéral où le PCC, détient la majorité absolue. Comment pensez-vous que le NPD pourra faire avancer les attentes du Québec ?

MB : Je ne sais pas comment Il va pouvoir faire. Il est plutôt poings et mains liés  dans cette situation. Je crois qu’il ne pourra pas faire grande chose ou simplement faire quelque chose de différent.

IG : Mais alors ne croyez-vous pas qu’en cas de résultats jugés insuffisants pour le Québec, cela ne se termine comme pour l’ADQ ?

MB : C’est déjà ce que je crois d’ailleurs. C’est un peu ma vision des choses. Je ne crois pas que le NPD se fasse vraiment sa place au soleil au Québec, à moins d’un miracle. Si le NPD avait pu faire quelque chose à Ottawa, ne serait-ce par exemple au sujet des droits de la famille, de l’environnement, les Québécois pourraient le juger autrement. Je sais que ces problèmes qui nous rejoignent font partie de sa ligne d’action. Mais il est vrai qu’étant minoritaire à Ottawa, Harper fera ce qu’il voudra de temps à autres il lâchera quelques petites choses, mais c’est tout.

IG : Pour revenir au Parti Québécois, croyez-vous que Mme Pauline Marois soit capable de conduire le Québec à son indépendance ?

MB : J’ai des doutes. Je ne sais que penser de Mme Marois. Ce n’est pas quelqu’un en qui j’aurais une confiance absolue. Ce n’est pas quelqu’un qui me séduit réellement. Mme Marois a un lourd passé politique derrière elle. Ça fait longtemps qu’elle fait partie du paysage politique. Elle a failli être sympathique mais ça ne passe pas. Je n’ai rien contre elle, mais je n’ai rien pour, non plus.

IG : Comment expliquer qu’au récent congrès du PQ qui s’est tenu en avril 2011, elle ait atteint 93% de votes favorables (contre 75,6 % à Bernard Landry), et que parmi la population les sondages ne lui donnent que 60 % d’avis favorables. Comment expliquer cette divergence d’opinion ?

MB : J’ai l’impression qu’au niveau des membres de son parti elle ait été très bonne, qu’elle ait été une bonne rassembleuse. Il est vrai que nous sommes comme précédemment, dans un autre style de scrutin.

IG : Si les sondages actuels se maintiennent lors des prochaines élections, elle risque d’en sortir victorieuse et de ce fait de devenir la première femme Première Ministre du Québec.

MB : il faudra qu’elle fasse ses preuves tout simplement. Après ce premier mandat les citoyens verront et apprécieront en fonction de sa personnalité et de la manière dont elle aura rempli ses fonctions si elle peut se prévaloir de mener la bataille pour la souveraineté et l’indépendance du Québec. C’est pour cela qu’il ne faudrait pas déclencher immédiatement après des élections victorieuses, un nouveau référendum car Mme Marois n’a pas fait ses preuves pour l’instant.

IG : Oui mais pour l’instant elle serait la seule personnalité politique  connue  qui puisse mener ce combat pour la souveraineté.

MB : C’est possible mais cela  ne veut pas dire pour autant que les électeurs suivront !

IG : Donc la personnalité de Mme Marois semble vous poser quelques réserves ?

MB : C’est vrai que Mme Marois fait des efforts pour montrer qu’elle est l’égale de tout le monde par exemple en achetant une maison de ville à Charlevoix. Mais il ne faut pas oublier qu’elle possédait auparavant un manoir, une très belle propriété. Les gens craignent que ce ne soit une façade pour gagner des élections et qu’elle n’ait deux discours différents, l’un à destination du peuple, l’autre vers une population plus aisée. Alors on ne sait quel discours prendre ? Si elle veut être proche des gens, il faut qu’elle se donne les moyens de l’être réellement. Il y a toujours une différence entre l’Être et le Paraître

IG : Avez-vous lu l’interview de M. Daniel Turp sur ce journal ? Si oui, qu’en pensez-vous ?

MB : Je suis d’accord avec ce qu’il dit, il a une très bonne vision des choses. Mais le fonctionnement du PQ restera toujours le même, et ce depuis le départ de M. René Levesque. J’ai l’impression que les responsables du PQ définissent une ligne de conduite et que des lors tous les membres sont assujettis à cette ligne sans pouvoir y déroger. Je pense qu’il est dommage que des gens intègres comme lui ne puissent pas s’exprimer librement, c’est à dire faire et dire ce qu’il pense sans subir les éventuels foudres du parti. Venant du PQ, ce n’est pas surprenant !

IG : Pour la dernière question nous allons sacrifier à la tradition : «Y aurait-il une autre question que vous auriez aimé que je vous pose ?».

MB : Ma question s’adresserait plutôt aux politiques. Êtes-vous prêts à écouter ce que les gens veulent ? Mon mot de conclusion serait de dire que les gens du Québec ne demandent qu’à croire de nouveau à la crédibilité de leurs politiciens à condition qu’ils fassent un sérieux travail interne.