A MAYOTTE, LA  FEMME  EST  L’AVENIR DE  L’HOMME

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Isidore Grao

Le, 22 avril 2011

www.lavoixdecartier.com

                         

 

 

Alors que dans le monde se développe un fort courant de souveraineté nationale dans la majorité des pays ou nations, il est une île, MAYOTTE, (375 KM2, 186.452 habitants en 2007, dont 41 % d’étrangers) située, dans l’Océan Indien, plus précisément  dans le canal du Mozambique entre Madagascar et le continent Africain, qui fait le chemin inverse. En effet, elle vient d’obtenir satisfaction, le 31 mars 2011, à sa demande de rattachement à la France en devenant le 101 nième département français. En 1976 un premier référendum permit de constater qu’un fort sentiment de rattachement à la France se faisait jour, ce qui entraina une forte réaction des trois autres îles de l’Archipel des Comores. La question fut inscrite à plusieurs reprises à l’ordre du jour de l’Assemblée Générale de l’ONU. La société Mahoraise vivait pourtant selon le rythme de vie musulmane traditionnelle. Mais les causes profondes de cette volonté de rattachement semblent se situer à 3 niveaux :

 

- Une crainte de l’expansionnisme anjouanais (du nom d’une autre ile de l’archipel).

- Un transfert de la capitale à Moroni (île de Grande-Comores) en 1958 qui laissa l’ilot de Dzaoudzi, exsangue sur le plan économique.

- Mais surtout le statut des femmes dans cette société mahoraise. Le parti du mouvement populaire Mahorais n’eut aucun mal à plaider pour le rattachement car il bénéficia de l’incroyable enthousiasme des femmes mahoraises dont les généreuses associations furent pleinement actives à défendre cette dissidence.

Le 11 juillet 2001, une nouvelle consultation électorale approuve alors à 73 %, la modification du statut de l’île

 

 

On peut s’interroger sur les motivations des Mahorais :

 

Certes le niveau de vie est faible et le rattachement économique à la France est fort, l’île occupe sur le plan militaire une situation stratégique, ceci expliquant peut être cela !

 

Au plan économique, on recense : culture de la vanille et d’une fleur très recherchée : l’ylang-ylang, la pêche surtout du thon rouge très prisé par les Japonais, le tourisme par son climat tropical, et sa double barrière de corail de 1670 Km2, ses plages de sable blond. On a parlé récemment de certains gisements d’Or noir.

 

De plus en plus surprenant où l’on constate que dans un pays où la première religion est l’islam d’apprendre dans l’interview de Moinaecha Noera Mohamed, correspondante au droit des femmes à la préfecture de Mayotte que :

 

«Cette départementalisation, nos AINEES se sont battues pour l’obtenir. Le 31 mars 2011est l’aboutissement d’un combat qu’elles ont mené pendant plus de 50 ans. Je rends ici hommage à toutes celles qui ont œuvré en faveur du droit des femmes à Mayotte. Car s’il est un plus facile pour moi aujourd’hui de faire accepter certaines idées liées à l’émancipation des Mahoraises, c’est parce qu’en amont, il y a eu un travail formidable d’éducation et de sensibilisation de la population».

 

Et  quelle arme de dissuasion  détenait donc ces femmes pour gagner ce combat ? Tout simplement la «chatouille» (selon le dictionnaire Larousse on peut trouver deux sens à ce mot : le premier c’est de pouvoir causer par un attouchement léger de la peau, une réaction de rire ou d’agacement, mais le second moins léger c’est d’exciter, d’énerver pour provoquer des réactions). Et c’est ce second sens qu’utilisèrent à leur corps défendant ces chatouilleuses puisqu’une l’entre elles Zakia Madi fut tuée, le 13 octobre 1969, dans un affrontement entre pro et anti indépendantistes.

Pour la petite histoire le surnom de chatouilleuses leur fut donné en 1966 à l’occasion d’une cérémonie lorsqu’elles prennent à partie, dès leur descente d’avion,  des responsables politiques en visite officielle à Mayotte. Le groupe de femme créé en réseau militantes autour de Zéna M’Déré et ZAina Méresse se mit alors à chatouiller ces visiteurs et ce jusqu’à leur départ.

 

Plantons l’histoire de cette île:

 

L’île de Mayotte avec trois autres îles (Grande Comore- Mohéli Anjouan) formait l’archipel des Comores, étaient des sultanats transmis de manière matrilinéaire, peu de temps encore avant de devenir protectorat français en 1886, puis, colonie française en 1912. En 1961, sous De Gaulle, l’archipel eut son autonomie interne. En 1975, pressé par l’opinion publique, le Président de l’archipel  Ahmed Abdallah proclame l’indépendance mais à Mayotte un mouvement inverse à l’indépendance entre en dissidence. C’est ainsi que les Comores à l’exception de Mayotte obtinrent de la France leur indépendance et devinrent : la République fédérale islamique des Comores. Mayotte vote alors en faveur du rattachement à la France le 8 février 1976, la France organise un premier référendum. Les habitants de Mayotte confirment encore plus massivement leur premier vote avec plus de 90 % de OUI.

 

La société Mahoraise traditionnelle est matrilinéaire, c’est à dire que seule l’ascendance par les femmes est prise en compte pour la transmission du nom, des statuts  et des biens. Elle est de surcroit matrilocale car l’homme vient habiter dans la famille de son épouse, c’est dire si le rôle de la femme est prépondérant dans cette société. On lui reconnaît un rôle très actif et déterminant dans l’histoire de l’île. Elles furent très nombreuses lors des deux référendums pour demander le rattachement de leur île à la France.

 

Bien que société matrilinéaire et matrilocale la polygamie n’est officiellement interdite que depuis une loi de 2003, mais cette interdiction se met en place très lentement car il semble étonnant de voir des femmes instruites, parfois jeunes, perpétuer malgré tout cette tradition.

 

Sur le plan politique et dans la poursuite de son interview, Moinaecha Noera Mohamed  déclare :

 

«A Mayotte, la politique est encore la chasse gardée des hommes. C’est un peu la même chose avec la formation et l’emploi. Car plus que la religion, c’est le manque d’instruction qui a longtemps empêché les femmes d’exprimer leur pleine personnalité. Chez nous les femmes en niqab sont très rares car cela renvoie à un islam qui n’est pas du tout en phase avec la tradition mahoraise, qui donne à la femme la responsabilité de la famille et du village. Notre rôle est d’accompagner les femmes et les aider à comprendre qu’elles sont tout à fait légitimes sur la scène publique. Qu’elles sont des citoyennes à part entière. S’il commence à avoir des femmes dans les conseils municipaux à Mayotte, c’est grâce à la loi sur la parité. Nous avons besoin de la législation pour faire avancer les mentalités».

 

A noter que Mayotte sera dotée d’un fonds de développement de 30 millions d’euros. De nouvelles lois ou ordonnances accompagnent l’évolution du statut de l’île :

 

- Adaptation des législations relatives au travail, logement, action sociale, etc.

- Suppression de la Justice cadiale rendue comme son nom l’indique, par des juges musulmans appelés Cadis.

- Age légal des femmes pour se marier porté à 18 ans

- Interdiction de la polygamie.

 

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