POUR LE CANDIDAT À LA PRÉSIDENCE DU PARTI QUÉBÉCOIS

L’ÉLABORATION D’UNE CONSTITUTION  QUÉBÉCOISE ET D’UNE NOUVELLE CHARTE QUÉBÉCOISE DE LA LANGUE FRANÇAISE S’IMPOSENT

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Interview de M. Daniel TURP

Vice-Président et président de la Commission politique du Parti Québécois

 

 

 

Par Isidore Grao

Le 25 janvier 2011

www.lavoixdecartier.com

 

I.G : Bonjour M. Turp. Je crois que l’année 2011 sera très riche, sur le plan politique au Québec. On parle d’un vote de confiance à la mi-avril à l’égard de la chef du Parti Québécois Mme Pauline Marois et d’un autre vote pour la présidence du Parti Québécois. D’autre part, on sait que le Premier Ministre actuel, M. Charest, est au plus bas les sondages, seuls près de 30% des Québécois seraient satisfaits de sa politique. Que pensez-vous de ce contexte ?

DT : Moi, qui suis optimiste de nature, je le suis en ce début d’année 2011. Je vois l’année d’un bon œil, elle est bien commencée. Il y a une espèce de sentiment que les choses vont bouger au Québec. Les choses ne peuvent plus continuer d’être comme elles le sont actuellement, avec sur le plan politique une prime à la démission citoyenne, insatisfaits mais qui ne voudraient pas en même temps changer les choses. J’ai l’impression que ce sera une bonne année pour le Parti Québécois. Je crois que la chef du Parti Québécois obtiendra la confiance de ses membres et elle sait qu’elle a ma pleine et entière confiance. En ce début d’année, ce qui est très important pour le Parti Québécois, c’est le vote de confiance pour Mme Pauline Marois et je vais dire sur toutes les tribunes qu’elle mérite la confiance des membres et je souhaite un vote de confiance qui soit à la mesure de ce qu’elle mérite parce qu’elle a un parcours qui justifie très bien qu’elle soit notre chef et qu’elle devienne la première femme à occuper les fonctions de Premier Ministre du Québec. Je travaille très fort à cette démarche visant à lui confier la confiance de notre parti. En ce qui me concerne, j’ai décidé de me porter candidat à la présidence du Parti Québécois et espère pouvoir être élu à ce poste par les délégués et déléguées du XVIe Congrès national qui aura lieu les 15, 16 et 17 avril 2011. Pour ce qui est de M. Charest, il est effectivement dans une situation difficile et même précaire parce que les Québécois sont insatisfaits. Un sondage démontrait récemment que plus de 70% des Québécois sont insatisfaits de ce gouvernement. C’est un record ! Il n’est certainement pas apprécié comme la personne étant le meilleur Premier Ministre. Pour Mme Marois et le P.Q, l’important est de rester vigilant, de surveiller ce gouvernement et surtout en ce qui nous concerne, de préparer l’alternative, de montrer aux Québécois que c’est le parti Québécois qui devrait se voir confier la responsabilité de gouverner le Québec. En conclusion, je ne vois pas tout à fait l’avenir «en rose», mais je suis optimiste pour mon parti, pour Mme Marois.

 

IG : Pour revenir à M. Charest, vous savez qu’il s’agit d’un fin politicien et qu’il est très capable de renverser la tendance actuelle. On l’a vu déjà dans des situations antérieures en posture très délicate, renaître tel le Phénix, de ses cendres, plus fort que jamais.

 DT : Je suis d’accord qu’il ne faille pas sous-estimer la capacité de M. Charest à rebondir. Il l’a démontré par le passé. Il a quitté un parti conservateur qui n’avait plus que deux députés à la Chambre des Communes pour devenir ensuite chef du Parti Libéral du Québec et, à terme, Premier ministre du Québec. Mais je crois que les Québécois le jugent sévèrement et cela va devenir pour lui très difficile de modifier la perception de ce que se font les Québécois de lui. Il n’est pas à l’écoute de la population par exemple le fait qu’il ait refusé de créer une commission d’enquête sur l’industrie de la construction et du financement des partis politiques. J’ai l’impression qu’il y a maintenant un certain divorce entre la population et le Premier Ministre. Je crois qu’il a un vrai problème de confiance et que ce sera difficile, voire impossible, pour lui de la rétablir. Par ailleurs, il n’a pas bien gouverné le Québec. Il n’a pas pris de mesures susceptibles de donner un peu d’espoir aux Québécois. Certes la situation économique est correcte et le Québec se tire bien de la crise actuelle par rapport à ce qui se passe ailleurs, par exemple, aux Etats-Unis d’Amérique, même en Europe. Bien que l’économie soit un élément déterminant et que l’emploi doit être la préoccupation première et principale, il n’empêche qu’il y a des choses qui sont primordiales aux plans social, culturel, environnemental et sur ces points on peut dire que M. Charest «n’a pas livré la marchandise ». La perception qu’on a, c’est qu’il ne gouverne  pas pour l’intérêt général mais pour ses amis, des amis du régime qui ont des affinités avec son Parti Libéral, des gens qui occupaient, par le passé, des fonctions au gouvernement, qui créent des entreprises et qui cherchent à utiliser la situation. Et ce ne sont pas là des politiques qui reçoivent l’aval des Québécois.

 

IG : Ce qui m’a beaucoup interpellé cet été pendant mon séjour à Montréal, c’est de lire que certains sièges sociaux de grandes entreprises  quittaient le Québec pour s’installer dans l’Ontario. J’ai également entendu parler de l’idée de privatiser la société d’État Hydro-Québec ?

DT : Il y a un phénomène de transfert de sièges sociaux vers Toronto, ce n’est pas nouveau et cela existe depuis plusieurs décennies. Ce phénomène a longtemps été favorisé par les politiques fédérales elles-mêmes. S’agissant d’Hydro-Québec, je ne crois la privatisation d’Hydro-Québec soit sérieuse. Hydro-Québec est une de nos grandes sociétés d’État, et personne n’osera cela. Et si c’était cela était mis de l’avant, il y aurait une véritable  levée de boucliers. En tous les cas, il est certain que le Parti Québécois défendra Hydro-Québec «bec et ongles». Car il faut rappeler qu’historiquement c’est René Levesque qui a eu l’idée en 1962 de créer cette grande société d’État qui est devenu un fleuron de notre identité économique.

IG : Nous venons de planter le tableau politique Québécois actuel, parlons si vous le voulez bien, de la Constitution québécoise, disons plutôt de l’absence de véritable loi fondamentale pour le Québec. Depuis son entrée en vigueur en 1982, le Québec a refusé d’accepter les importants amendements apportés à la Constitution du Canada sans son consentement. Le Québec n’accepte toujours pas que l’on ait notamment modifié sans son accord les pouvoirs en matière de langue et d’éducation nationale.

Mais par ailleurs j’ai pris connaissance des textes qui portent votre signature, à savoir celui transmis récemment et de celui du 17 avril 2007 et les projets de lois nos 191 et 196 que vous avez présenté à l’Assemblée nationale du Québec (diffusés sur le web). J’ai l’impression, vous me démentirez dans le cas contraire, qu’il s’agit de textes intermédiaires à une future accession à la souveraineté, et non pas de textes définitifs d’indépendance telle que me la décrivait M. Bernard Landry en septembre 2010 ?

DT : Situons tout cela dans le contexte. Effectivement, en 1982, le Canada a modifié unilatéralement sa constitution donc sans le consentement du Québec ni de celui de son peuple, ni de son parlement, ni de son gouvernement. Cette situation est inacceptable puisque le Québec, quel soit dirigé par le Parti libéral ou le Parti Québécois, n’a jamais souscrits aux modifications apportées à la Constitution du Canada en 1982. On est dans une situation un peu surréaliste : le reste du Canada impose au Québec un pan de sa constitution sans son consentement ! Dans un État démocratique, c’est tout à fait inacceptable.

On envisage au Parti Québécois, si nous sommes élus, une dernière tentative de poser un geste dans ce sens là. Et puis aussi pour tester la bonne volonté du Fédéral. Mais Trudeau a totalement  verrouillé cette constitution canadienne en 1982 pour imposer ses propres vues qu’il pourrait s’avérer à nouveau impossible de modifier la Constitution du Canada dans le sens des intérêts du Québec. C’est pour cela que je préconise depuis fort longtemps que le Québec adopte sa propre constitution. Parce qu’une nation mérite une constitution. Une constitution, c’est une espèce de miroir de la société, c’est l’âme de la cité ! Dans une constitution on présente les valeurs, les principes, les institutions, les droits fondamentaux de tous les citoyens. Depuis 1995, j’ai rédigé un certain nombre de projets de constitution, dans le cadre d’un Québec souverain. Comme vous l’avez noté et lorsque j’étais député de Mercier à l’Assemblée nationale du Québec, j’ai lancé L’initiative constitutionnelle le 17 avril 2007 à l’occasion du 25e anniversaire de l’entrée en vigueur des modifications à la Constitution du Canada adoptées sans le consentement du Québec. J’ai ensuite déposé deux projets de constitution, le projet de Constitution du Québec (Projet de loi no 191) auquel j’ai substitué un projet de Constitution québécoise (Projet de loi no 196) et qui s’inscrivait dans ce dernier dans une démarche prônée par la nouvelle chef du Parti Québécois Pauline Marois visant à consolider l’identité québécoise. Quel que soit son statut politique, je crois que le Québec doit avoir sa propre constitution. C’est un facteur d’identité et il faut y inscrire nos valeurs et nos principes. C’est aussi le moyen de redorer l’image de la constitution. Mais on finit à ne plus aimer parler de cela car ça devient synonyme de refus, d’échec, par le Canada. Alors moi je milite pour que le Québec ait sa propre constitution. Je suis un indépendantiste et je veux que le Québec ait la constitution d’un pays indépendant. Mais avant que le Québec n’accède à l’indépendance, je crois qu’il faut poser un geste fort en proposant de doter le Québec d’une constitution «initiale» en quelque sorte qui sera un texte modifiable pour tenir compte de l’accès à l’indépendance du pays du Québec. Il y a donc une volonté de nous doter d’une constitution quel que soit le statut du Québec. Ma volonté c’est que mon projet actuel puisse s’adapter ultérieurement à un pays souverain.

 

IG : Quel a été le comportement du gouvernement du Canada vis à vis de votre projet de doter le Québec de sa propre constitution?

DT : Le gouvernement fédéral a effectivement constaté que l’article 45 de la susdite constitution nous donnait le pouvoir de modifier la notre, et que le Québec pouvait se doter d’une constitution, tout en autant qu’elle respectait la constitution canadienne. Aucune province sauf la Colombie Britannique ne s’est dotée d’une constitution spécifique. C’est un détail intéressant à noter. On peut même préciser que la constitution de la Colombie Britannique n’apparaît pas comme une véritable constitution mais plutôt comme une loi ordinaire. Au Québec, il existe maintenant un très large consensus pour que le Québec se dote de sa propre constitution, loi suprême quelle que soit le statut politique du pays. Moi j’ai toujours été d’avis que le Québec n’avait pas de permission à demander au gouvernement du Canada pour se doter de sa propre constitution. Le droit constitutionnel canadien le permet, en vertu de cet article 45. Mais j’ai écrit un article pour poser la question suivante : «Si le Québec se dote d’une constitution, quelle sera la réaction du Canada ?». Il va avoir alors un moment de vérité peut être si on adopte une constitution au Québec qui pourrait entrainer une modification de la constitution du Canada. Est-ce  qu’on aurait alors un refus du Canada de l’accepter? D’accepter ce que les Québécois voudront bien mettre dans leur propre constitution.

 

IG : Ne croyez-vous pas que le bilinguisme devrait être de règle dans la constitution canadienne ? Les langues anglaise et française ne devraient-elles pas être les deux langues admises comme langues officielles !

DT : Elles le sont officiellement et juridiquement. La vérité, c’est qu’il n’existe pas de véritable bilinguisme pour le Canada dans son ensemble.

IG : Lors d’un mini-remaniement ministériel, le Premier ministre du Canada Stephan Harper a désigné comme ministre de l’Environnement une personnalité qui ne sait pas s’exprimer en français. La règle du bilinguisme devrait-elle être une règle normale de fonctionnement pour maintenir une cohésion dans un pays tel que le Canada ?

DT : Oui.  Et on se demande alors jusqu’à quel point M. Harper est insensible à cette question de bilinguisme, car il a fait, lui-même, l’effort d’apprendre le français. Il l’utilise dans ses discours. Mais en réalité le Canada n’est pas un pays bilingue, sauf au Québec et dans une certaine mesure en Acadie.  Il y a des communautés francophones là où le français est utilisé mais pour l’essentiel le Canada est un pays anglophone. Il s’agit d’un bilinguisme de façade. La politique du bilinguisme est étroitement liée à la politique du multiculturalisme. Dans la mesure où Ottawa sous Trudeau aurait déclaré que le Canada était un pays bilingue, le français aurait pu se développer. Mais en fait on veut surtout que le Québec soit bilingue et que l’anglais y soit utilisé et enseigné pour la minorité anglophone. En réalité, c’est qu’au Canada ce sont les Québécois qui sont les plus bilingues. Et ils en sont fiers car c’est très important de pouvoir parler plusieurs langues dont l’anglais qui reste une langue commune internationale. Les Québécois dans leur majorité sont non seulement bilingues mais de plus en plus trilingues avec l’arrivée de jeunes immigrants qui parlent à la fois leur langue d’origine, le français et l’anglais. Aussi il n’est pas rare d’entendre dans les rues de Montréal parler le français, l’anglais, l’italien, l’espagnol, le portugais, etc. Mais la langue officielle du Québec est le français et doit le demeurer. Et c’est une langue officielle du Québec que nous avons bien l’intention de renforcer quand le Parti québécois accédera au pouvoir. C’est une de nos fermes volontés. Il s’agit de l’un de nos engagements d’adopter une nouvelle québécoise de la langue française Charte pour consolider le statut du français au Québec. Car on est un peu inquiet à ce sujet. En effet à Montréal le nombre de personnes qui parlent le français est en régression. Et pourtant Montréal est la deuxième ville francophone au monde. Il nous faut donc préserver ce statut de seconde métropole française mondiale. Et on va poser les gestes en conséquence quand nous serons de retour au pouvoir.

IG : D’autre part, pour revenir à la question de la Constitution québécoise, j’ai lu dans vos documents que votre projet de constitution serait une «loi ordinaire». Ne croyez-vous que ce texte constitutionnel mériterait un classement juridique supérieur que celui dévolu à une loi ordinaire ? Et une approbation par le peuple ? On pourrait imaginer ainsi la procédure suivante : étude du texte par l’Assemblée nationale, puis après avoir intégré les amendements, le soumettre aux citoyens Québécois pour approbation ?

DT : Il faut en effet définir le processus et la démarche d’adoption et viser ainsi à doter le Québec d’une constitution, de sa propre constitution. J’envisage une démarche qui voudrait que cette première constitution, cette constitution initiale, soit préparée par une commission spéciale en de l’Assemblée nationale et adoptée par elle, sans nécessairement recourir à une consultation populaire par référendum. Je serais plutôt d’avis que celle qui suivrait cette constitution initiale et qui serait la constitution d’un Québec souverain mériterait quant à elle d’être approuvée par la voie d’un référendum populaire.

IG : Mais compte tenu du contexte difficile de cette constitution et tous ces aléas rencontrés depuis 1982, ne croyez-vous pas qu’il serait intéressant d’associer le peuple québécois même dans la phase initiale, ne serait-ce que pour susciter un surcroit d’intérêt. Ainsi la transparence de l’opération ne pourrait être remise en cause ni par les uns ni par les autres. Car j’ai été surpris des questions posées par des Montréalais cet été, qui me déclarait ne pas comprendre l’importance que j’accordais à ce texte pour arriver à une souveraineté ?

DT : L’intérêt de la chose est effectivement d’associer les Québécois à l’opération j’ai toujours été d’avis que la Commission spéciale de la l’Assemblée nationale chargée d’examiner le projet d’une constitution initiale du Québec devrait procéder à de et larges consultations auprès de la population du Québec. Il n’est pas impossible qu’à la fin de ce processus, on décide de consulter le peuple par voie de référendum sur ce projet de constitution « initiale ». Je n’exclus pas cette consultation. Je ne suis pas fermé à l’idée qu’il y ait une approbation référendaire d’un premier projet de constitution du Québec. Ce qui va être le plus important pour moi, c’est d’obtenir l’approbation du peuple sur la Constitution qui consacrera le statut d’État souverain et indépendant du Québec souverain car c’est cette constitution qui apportera les modifications les plus importantes aux institutions et qui est notamment appeler à faire du Québec une République.

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