INTERVIEW  de  M. Bernard  LANDRY : Ancien Premier Ministre du Québec

 

« POUR  LE FUTUR DU QUEBEC : UNE  ELITE  INCONTOURNABLE »

 

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Interview réalisée par Isidore Grao, le 28 septembre 2010

Correspondant du  Journal Québec  Presse

 

 

 

IG : Bonjour Monsieur Bernard Landry, le Journal Québec Presse est honoré et vous remercie d’avoir bien voulu lui accorder la présente interview :

En France, nous avons eu une célèbre personnalité, en l’occurrence le Général De Gaulle, qui a dit : « Le gouvernement du Peuple, par le peuple, pour le peuple ». Que pensez-vous de cette déclaration ?

 

BL : D’abord il faut constater que le Général De Gaulle s’est rarement trompé dans ses grandes affirmations. Je vous donne deux exemples : le premier « l’Europe se fera de l’Atlantique à l’Oural », c’est pratiquement réalisé ! le second : « Vive le Québec libre », ce n’est pas encore fait mais le projet semble bien avancé ! La politique est une question d’engagement profond au service public. C’est servir la patrie pour ce que l’on croit ses meilleurs intérêts. Si René Levesque s’était contenté d’écouter le peuple dans l’état où il se trouvait à la fondation du Parti Québécois, l’indépendance ne serait pas aujourd’hui un projet aussi crédible, car à l’époque nous étions assimilés à des marginaux. Mais nous, nous avions déjà une confiance absolue en cette idée.

 

IG : Tout récemment, La Cour Internationale de Justice a rendu un arrêt sur l’indépendance du Kosovo. Cet arrêt a fait indirectement allusion à la recherche actuelle de souveraineté par le Québec. Donc ce besoin de souveraineté  des pays se fait ressentir au niveau mondial. Mais ne croyez-vous pas que  les modalités pour l’atteindre soient plus difficiles à combler. En premier lieu, la notion de citoyenneté. La part des émigrants au Québec devient de plus importante numériquement. On parle que dans 4 ou 5 générations, elle serait supérieure à la part des natifs. Dans un nouveau référendum quel serait à votre avis le comportement de ces communautés qui avouons-le n’ont pas les mêmes centres d’intérêts que les Québécois ?

 

BL : C’est ce qui est arrivé aux Catalans qui connaissent d’énormes difficultés à gagner un référendum démocratique. Mais ce que vous dites est vrai. Je le dis sans blâmer d’aucune façon les compatriotes issus de l’immigration. Ils arrivent ici dans un pays multiculturel, ils jurent fidélité au Canada pour obtenir la nationalité. A raison de 50 000 émigrants par année, cela peut atteindre très rapidement le million de personnes (donc de votants), et ce nonobstant, leur progéniture. Cela démontre que le dossier est urgent. Ceux qui disent « on a le temps, on va d’abord régler nos problèmes de santé, d’éducation, de finances publiques, » se trompent. Tous ces derniers problèmes se régleront mieux dans le cadre de l’indépendance ! Il n’y aura plus aucune menace, ni réelle, ni virtuelle de la part de l’immigration. L’immigrant qui viendra au Québec sera un Québécois.

 

IG : Mais pour l’instant, cette intégration se fait lentement.

 

BL : Effectivement, et quelquefois cela prend une ou deux générations. Pour l’instant nous avons convaincu, d’une manière générale, à  peu prés 10 % des personnes issues de cette immigration. Mais beaucoup plus dans certaines communautés (Chiliens, Haïtiens, etc.). Mais à raison de 50 000 émigrants par année, la plus grande prudence s’impose, et la meilleure façon d’être prudents, c’est d’aller vite.

 

IG : Dans le cadre de cette souveraineté, je voudrais évoquer le comportement des médias dont le Général   De Gaulle disait qu’elle était le 4ieme pouvoir après ceux de l’Exécutif, du Législatif et du Judiciaire. C’est dire leur importance ! Croyez-vous qu’au Québec, les médias essaient d’avoir ce pouvoir ?

 

BL : Ils exercent un pouvoir considérable. Certains médias regardent la souveraineté d’une manière objective, ou d’une manière légèrement engagée comme Le Devoir, Le Journal de Montréal. A noter que le contrôle total de la radio et de la télévision au Québec relève du Gouvernement du Canada. Cela ne veut pas dire non plus que tous les journalistes de Radio-Canada combattent l’indépendance, mais leur mission n’est-elle pas de présenter le Canada et sa culture. Cela veut dire aussi qu’un émigrant qui arrive au Québec, entend au moins 50 fois par jour : Ici Radio-canada, Ecoutez Radio-Canada. Si les indépendantistes veulent une licence de radio cela dépendra du bon vouloir d’Ottawa. Et croyez-vous qu’Ottawa sera enclin à leur remettre ce permis. En supposant qu’ils soient de bonne foi et ils ne le sont pas toujours ! La question des médias a été cruciale. Ma thèse est celle-ci : « si les médias avaient traitées convenablement l’indépendance et les indépendantistes, nous serions déjà  indépendants ». Regardez La presse ! Cette presse qui appartient au groupe Gesca, qui distribue ses journaux dans tout le Québec, a pris un parti pris clair et net en faveur du statu quo. Et elle ne se gêne pas pour faire valoir cette idée. Il y a bien des journalistes favorables à la cause mais comme la plupart du temps ils rêvent de promotion et de devenir chroniqueurs, ils savent très bien que ce n’est pas la meilleure façon dans l’empire Gesca d’atteindre ce but que d’être indépendantistes. Certains le sont, mais leur importance demeure marginale.

 

IG : Mais, sauf erreur de ma part, il semble au travers des interviews réalisées, qu’au Québec, les politiciens n’aient  pas une belle image de crédibilité ! Qu’en pensez-vous ?

 

BL : Oui mais pour moi qui lis tous les journaux français, je vous dirais la même chose pour la France. Tout ce qui vient d’être écrit sur M. Sarkosy, par le journal Marianne, dépasse tout ce qui a été écrit sur M. Charest. En occident, effectivement dans l’espoir de devenir ce quatrième pouvoir, on a tendance à diminuer les trois autres. Alors, ils sont durs à l’égard des politiciens, et au Québec on ne fait pas exception.

 

IG : Il faut remarquer que le peuple semble penser la même chose. Pas plus tard qu’hier, j’ai interviewé un Directeur de Ressources Humaines qui déclarait : « Ce qui manque au Québec, ce sont des élites, des élites telles que Bernard Landry, Jacques Parizeau, René Levesque. »

 

BL : Les gens disent qu’il n’y a pas de relève politique. La vérité c’est qu’il y a des députes brillants  et brillantes (car je n’oublie pas les femmes !) et beaucoup de jeunes. Grace  Aussi je suis plutôt optimiste de ce point de vue. Mais pour l’instant je ne suis pas encore parti et M. Parizeau, non plus. On contribue encore au débat : à la radio, à la télévision.

 

IG : Vous arrivez donc à la conclusion d’un Québec  libre.

 

BL : C’est absolu. Je vais vous indiquer quelques unes de mes réflexions. En 1945, il y avait 45 pays, membres des Nations Unies. Aujourd’hui, il y en a pratiquement 200 donc 150 de plus qui ont jugé de la nécessité d’une indépendance. La plupart de ces nations n’ont pas les moyens du Québec, ni matériels ni au niveau de l’éducation ni à celui de la démocratie. Moi, je crois profondément qu’une nation qui peut être indépendante a le devoir de l’être, pour elle et pour l’humanité.

 

IG : La politique économique actuelle  du Québec ne cesse de justifier ses décisions qu’en vertu  de l’équilibre budgétaire. Mais ne croyez –vous pas que cette recherche systématique d’un équilibre  financier puisse nuire à l’expansion du pays ?

 

BL : Il faut faire un peu d’histoire. Nous avons connu pendant prés de 50 années, des déficits budgétaires annuels.  Le déséquilibre, ne peut servir à couvrir des dépenses courantes, c’est un peu comme une famille qui s’endetterait pour payer son épicerie. J’ai ramené les finances publiques du Québec à l’équilibre et ceux qui nous ont suivis, ont fait de même. Mais en temps de crise, l’Etat a le devoir de participer à la relance. Les gouvernements se sont mis à s’endetter et je ne les blâme pas, mais il faudra revenir plus tard à l’équilibre. Souvent ils évoquent Keynes et ses théories  du déséquilibre. Keynes disait : « Oui il faut que l’Etat relance l’économie, mais une fois relancée, l’Etat doit se rembourser ». Il ne faut oublier la seconde partie de la phrase. Beaucoup d’Etats ont des difficultés et en auront. Le gouvernement Américain a un déficit abyssal.  Jacques Attali, écrivain français prolifique à l’analyse puissante, n’a-t-il pas prédit dans un  ouvrage récent : « Et si nous allions faire tous faire faillite dans 10 ans ? » Il parle des dettes publiques, de la France et de tous les pays. Il y a donc une alerte à la dette publique. L’intervention de l’Etat doit être faite de façon équilibrée. Mais pour l’instant nous sommes encore dans l’excès.

 

IG : Effectivement car malgré toutes les initiatives prises par les gouvernements, il semble que la reprise soit difficile à redémarrer ?

 

BL : Et plus grave que cela, c’est que si à la fin des premières décisions, l’Etat n’avait plus les moyens d’en relancer de nouvelles ! Les Américains s’en sortent car les chinois leur ont avancé de l’argent. Le temps de la sagesse semble revenu.

 

IG : D’autant que pour les chinois, cette aide ne doit pas être sans arrière- pensée.

 

BL : Evidemment, car les chinois ne doivent pas faire cela pour le bien des autres.

 

IG : Est-ce que vous croyez que le financier doit primer le social ?

 

BL : Non, car la finalité de la vie n’est pas d’enrichir un petit groupe de financiers. Les financiers peuvent être utiles à la condition d’être sous la surveillance collective, et là les Etats sont tous en train de se réveiller. Les Etats-Unis d’Amérique disaient que le marché doit tout régler (selon la méthode anglo-saxonne) : la finance, les marchés. Les financiers sont brillants mais ils nous ont mis dans un marasme indescriptible. Alors certains d’entre eux ont compris les lois de la sagesse, et s’ils n’ont pas compris, il faudra leur faire comprendre. L’Union Européenne a lancé trois mesures de réglementation assez draconiennes. Obama vient de faire adopter un plan par le Congrès et ils semblent être  revenus sur la bonne voie. Ce n’est pas vrai que le matérialisme va sauver l’espèce humaine. Comme la France l’a  découvert au temps des siècles de Lumière : «  la liberté, oui, mais sans oublier l’égalité et la fraternité. ».

Le capitalisme dur et virulent n’est pas réputé pour sa fraternité. Cela veut dire que le capitalisme n’a pas que des avantages, le marché peut être bon. D’ailleurs le communisme en a fait lui aussi la preuve, mais à l’inverse. Le communisme a implosé car il allait à l’encontre de la nature humaine. Ce n’est pas la voie, non plus. Il faut que Karl Marx et Adam Smith dialoguent et qu’ils servent le même discours.

 

IG : Quand je suggérais que le social devait primer le financier, cela sous-entendait que nonobstant les difficultés rencontrées, un Gouvernement devait-il  respecter ses engagements ?  En l’espèce, est-ce qu’un Gouvernement se doit-il de respecter sa signature quels que soient les aléas rencontrés ?

 

BL : Bien sur, c’est une question de confiance à la démocratie, sauf qu’à l’impossible nul n’est tenu. Je peux bien promettre aux salariés de la fonction publique des augmentations de salaire de 20% en 5 années, mais s’il y a une crise économique, cela irait contre l’intérêt général et la justice sociale.

 

IG : Nous venons de voir que les Québécois se montraient un peu réservés à l’égard de ses politiciens. A votre avis que faire pour leur redonner confiance ?

 

BL : Le ciel est tellement gris actuellement. Je ne l’ai jamais vu autant de cette couleur en 50 ans de vie politique. En fait que s’est-il passé ? Je n’aime pas accabler, mais une grande part de responsabilité revient à mon successeur. Jean Charest n’avait pas le gabarit pour diriger le Québec. C’est un conservateur fédéral dont l’obsession est de devenir Premier Ministre du Canada. Il n’a pas réussi dans ce projet et s’est rabattu alors sur le Québec. Mais c’est le plus fédéraliste de tous les Premiers ministres dans l’histoire du Québec.  Dans un contexte où nous marchions vers l’indépendance, où même ceux qui n’étaient pas pour l’indépendance  souhaitaient une autonomie plus grande, il s’est laissé entrainer dans ce dossier et il s’agit presque d’une catastrophe psychologique. On a donc un Premier Ministre canadien au Québec, alors que la tendance est ailleurs. Ceci est déjà un problème. A quoi s’ajoutent par la suite des erreurs politico-éthiques inimaginables. Si la notion de criminalité politique existait, il serait poursuivi  ne serait-ce que sur des faits commis sur la ville de Montréal.

Les maires de la ville de Montréal depuis Jean Drapeau en 1960 disaient : une île, une ville et ce pour toutes sortes de raisons : économiques, sociales, culturelles. On était des habitants de cette ville dans une solidarité à faire parce que les anglophones n’en voulaient pas et d’autres non plus, pour d’autres motifs, n’en voulaient pas non plus. Alors nous avons eu le courage de le faire. Lucien Bouchard  et son gouvernement ont fait cette ville. J’ai eu l’émotion de voir Gérard Tremblay, le maire de Montréal avec à sa droite l’ancien maire de Côte Saint Luc, Robert Libman, ville à majorité juive, travailler ensemble et fraternellement, construire une ville. Jean Charest est arrivé et a détruit ce bel ensemble. Il a fait exploser tout cet ensemble sur des bases ethnolinguistiques. Depuis quand les municipalités, dans une démocratie avancée, sont ethnolinguistiques ?  Alors on a Westmount, on a Hampstead,  la Côte Saint Luc. C’est un vrai scandale, et quand une telle chose arrive, cela démoralise toute une population qui reçoit alors un message subliminal que tout est possible en matière politique. On peut faire n’importe quoi !

Ceci est déjà une grosse affaire ! Une autre affaire de moindre importance mais toute aussi symptomatique, à savoir le financement à 100 % des écoles juives ! Mais si on finance toutes les écoles juives, il faut aussi financer les écoles musulmanes et toutes les autres. Cela va à l’encontre de toutes les traditions nord-américaines. Au Québec, nous avons un principe fondamental, c’est celui de la laïcité, ce n’est pas pour retourner vers les écoles confessionnelles. Comment a-t-il pu faire pour commettre une telle erreur ?  Il est en train d’en faire une autre avec la loi 103 dite loi passerelle. La loi 104 c’est moi qui l’ai fait voter où 100% des députés  de l’Assemblée Nationale l’ont votée, à l’unanimité donc, ce qui est rare pour le Québec. La Cour Suprême brise la loi et il propose un remplacement humiliant. Au lieu d’avoir à  payer juste un an, il faut maintenant 3 ans pour contourner nos lois, les riches peuvent le faire aisément mais même les pauvres le pourront car les anglophones vont organiser des fondations pour permettre de payer les 3 ans. C’est une autre infamie ! Pourquoi font-ils cela ? Aucune dignité !

 

IG : L’argent ?

 

BL : Oui, mais c’est cela que le peuple voit et il perd confiance. Dans l’affaire actuelle de la commission Bastarache, le public croit M. Bellemare, ancien Ministre de la Justice, même si le Chef du Gouvernement dit totalement le contraire en  l’affirmant à la télévision en regardant tout le monde dans les yeux. Le lendemain, le verdict du public tombe « on ne te croit pas ! ». Alors si on ne le croit pas pour une chose aussi simple et claire, on ne le croira pas pour grande chose.

 

IG : Et pourtant il s’agit d’un combat interne au PLQ !

 

BL : Oui interne à un parti, et de surcroit personnel, qui devrait avoir des prolongements judiciaires. Il faut laisser la Justice décider. La Cour Suprême était là pour trancher, mais non, il se fait une Cour pour lui-même et nomme le juge. C’est choquant !

 

IG : M. Charest se serait-il trompé de commission ? Car je crois que le peuple réclamait plutôt une commission sur la construction, avec en toile de fond, le financement des partis.

 

BL : Actuellement, il y a prés de 75% de la population qui est insatisfaite de Jean Charest et de son gouvernement. Ce n’est jamais arrivé dans l’histoire du Québec. Maurice Duplessis que certains ont voulu démonisé par la suite, qui n’était pas parfait. Il avait ses partisans et ses détracteurs. Certains l’aimaient, d’autres pas. D’autres qui appréciaient son action : il a fait l’électrification rurale, ce n’était pas rien à son époque. Il a fait le Crédit Agricole, des écoles dans chaque village, des hôpitaux dans les villes. Il a été cherché une partie de notre autonomie fiscale à Ottawa. Il nous a donné la fleur de lysée comme drapeau national, les gens avaient de l’estime pour lui malgré ses dérives, les dernières années. Mais pour M. Charest, rien, qu’a-t-il fait depuis son arrivée ?

 

IG : Pour redonner la confiance aux citoyens Québécois, il faudra un programme d’action pour accompagner un nouveau référendum. Il ne suffira pas de réclamer la souveraineté. Estimez-vous qu’il y ait des choses à faire évoluer dans le futur cadre, par exemple au niveau de certaines institutions ?

 

BL : Vous pouvez êtes sûr que le Québec ne sera pas une monarchie constitutionnelle, cependant il faut respecter le peuple en tout. Dire que l’idée d’indépendance est un projet de gauche ou dire qu’il s’agit d’un projet de droite, ce ne peut être que faux. C’est le peuple qui décidera si son gouvernement sera à gauche ou à droite. Comme je connais les Québécois, je sais qu’ils ont une génétique progressiste, même Robert Bourassa du Parti Libéral, se considérait un peu comme social-démocrate. Alors le Québec indépendant sera progressiste. Dire que le gouvernement sera de gauche ou de droite ce n’est pas juste, car ce n’est pas vrai.

IG : Selon quel calendrier souhaiteriez-vous mettre en place le référendum sur l’indépendance? Dans votre parti, certains voudraient attendre encore un peu avant d’en parler au peuple, d’autres souhaiteraient le contraire ! Qu’en pensez-vous ?

 

BL : Une phrase très simple et très sincère : le plus rapidement possible. Dans le mot possible il y a l’avertissement qu’on ne posera pas de gestes qui pourraient nuire, mais cela veut dire aussi que nous sommes déterminés, et dès que cela devient possible, on le fera.

 

IG : Aurez-vous à ce moment là une politique de communication, avec le peuple ?

 

BL : Nous aurons une bonne politique de communication avec le peuple sauf pour ce problème de presse  dont je vous en ai parlé. Radio-canada répète à longueur de journée le mot « Canada » et il donne aussi la température de Moncton. Il y a une espèce de propagande voulue ou non voulue. Il faudra communiquer avec le peuple le plus directement possible. Nous l’avons fait. Au début du parti, nous allions voir les gens chez eux. On faisait ce que l’on appelle des réunions de cuisine. Aujourd’hui, les réunions n’ont plus rien à voir avec la cuisine. Il y a l’internet. Il y a une grande offensive de communication en préparation.

 

IG : Quels enseignements tirez-vous de l’échec des deux premiers référendums ?

 

BL : D’abord, ne pas être naïf quant à la bonne foi du Gouvernement du Canada. Je vais vous donner un exemple. Un Haut Fonctionnaire fédéral, Charles Guité, a avoué dans une commission d’enquête qu’il avait acheté tous les panneaux d’affichage. Ça a l’air simple. Il faudra aussi faire une loi pour empêcher que quiconque puisse monopoliser les panneaux d’affichage. Il faudra aussi resserrer le droit de vote. Il y a des gens qui vivent en Ontario depuis des années sans aucun espoir de revenir au Québécois. Ils  sont Torontois pour la vie et malgré cela ils sont revenus voter ici pour le second référendum. Des méthodes légales, démocratiques et non naïves.

 

IG : Si le OUI est majoritaire dans ce troisième référendum, quelles seraient les hypothèses de mise en situation ?

 

BL : D’abord on dira au Gouvernement du Canada qu’il faut organiser d’une manière démocratique, la transition. On remplira nos obligations vis-à-vis du  Canada. On fait partie de ceux qui ont endetté le Canada, il faudra assumer notre portion de la Dette. Il faudra faciliter la vie. On est dans un milieu géographique. Il faudra préconiser comme en Europe, la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes. On ne bloquera pas un camion à la frontière. On ne va pas empêcher une grand’mère de Caraquet de venir voir ses enfants à Montréal. Il s’agira de mettre en place cette souveraineté dans le cadre de deux pays indépendants. Si la France et l’Allemagne ont pu s’entendre malgré deux grandes guerres, on sera capable de faire la même chose entre le Canada et le Québec.

 

IG : Au niveau des institutions, sentez-vous la nécessité de provoquer des évolutions ? Par exemple en droit : actuellement le droit civil s’inspire du code civil français et le droit administratif du droit anglo-saxon ?

 

BL : Pour le droit civil, pas de changement sinon peut être quelques adaptations. Pour le droit des affaires, le droit commercial international, il y a une tendance à l’uniformisation issue de l’Europe. On va essayer de se mettre dans le courant mondial et ne pas révolutionner ce qui n’a pas à l’être. Nos hommes d’affaires ne se plaignent pas du droit commun. On changera pour s’adapter au courant international, mais pas autrement !

 

IG : Est-ce que vous conserverez la même monnaie, le même passeport, qu’actuellement ?

 

BL : Pour la monnaie, c’est sûr car personne n’a intérêt à ce que cela change. Cette monnaie a été émise par le Gouvernement du Canada, mais elle m’appartient. On pourra concevoir une institution d’émission monétaire commune après négociation, mais entre temps, le dollar canadien demeurera. Mais on n’est pas sûr que d’ici quelques années, cette monnaie ne se change pas pour devenir un Amero (un peu comme l’euro, pour l’Europe actuellement) : Donc le dollar canadien mais avec possibilité d’évolution.

Pour le passeport, ce sera une évolution à l’Européenne. Avec un passeport français, on circule librement à l’intérieur de l’Europe, pour aller aussi bien à Berlin qu’à Amsterdam. Nous aurons donc un passeport Québécois mais on reconnaitra facilement le passeport canadien. Ca va être un peu le protocole de Schengen. On ne sera pas protectionniste, et des accords de libre-échange seront signés avec les Etats-Unis. Nous avons intérêt à ouvrir nos frontières. Nous ne sommes que 7,5 millions d’habitants et Bombardier domine dans son secteur. Tout comme Lavalin et autres dont le Cirque du Soleil.

 

IG : Maintenant nous allons évoquer si vous le voulez bien, les éventuelles réactions de l’environnement politique : d’abord canadien puis Américain et international. Pour le Canada, peut être fera-t-il grise mine ?

 

BL : Oui et cela sera plus gênant pour eux qui ont reconnu parmi les premiers pays au monde, le Monte-Negro et les autres. En tous cas, je comprendrai que le Canada soit plus lent. Mais pour l’Europe, il n’y aura pas le moindre problème. La France va prendre l’initiative et va convaincre tous les européens en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, et il y en a qui sont convaincus d’avance. Nous avons aussi beaucoup d’amis en Afrique et la francophonie sera avec nous. En Amérique latine, nous avons davantage de solidarité qu’au Canada. Je leur dis en espagnol : « Somos los latinos del norte, y entre los hombres del norte y del sur, no hay problémas (traduction : Nous sommes les latins du nord, et entre les latins du nord et du sud il n’y a pas de problèmes). Si le Monte-negro a pu être reconnu en si peu de temps par l’immense majorité des pays du monde y compris les Etats-Unis d’Amérique, comment pourront-ils dire oui pour le Monte-Negro et non pour le Québec alors que nous sommes leur 6ieme partenaire commercial ?

 

IG : Le Journal Québec Presse par l’entremise de son Directeur, Michel Cloutier, a été contacté par l’intelligentsia française, en l’occurrence par M. Arnaud Upinsky, Président de l’Union Nationale des écrivains de France, acquis à votre cause, qui souhaiterait prendre fait et cause davantage avec votre mouvement et qui se dit prêt à publier un Manifeste en sa faveur.

 

BL : Oui en France, en 1995, la majorité des français selon un sondage, étaient favorables à notre mouvement. Le Président Sarkozy, dans un premier temps a eu des déclarations  qui nous ont affectés et qui nous ont fait régresser, mais il semble évoluer plus en notre faveur. Nous avons beaucoup d’amis chez les politiciens français, de droite comme de gauche : MM. Juppé, Raffarin, Rocard. Nous ne sommes pas des sectaires, mais certainement plus démocrates que le Canada lui-même. Mais, pour revenir à la proposition de M. Upansky, je veux bien le rencontrer en novembre, lors d’un de mes prochains voyages en France, au mois de novembre 2010.

 

IG : Prenons une hypothèse. Le OUI  à l’indépendance est majoritaire. Comment s’opérerait alors le transfert des services publics vers le Québec.

 

BL : Dans le cadre actuel, nous n’avons pas tous les fonctionnaires dont pourrait se prévaloir le Québec. La proportion des fonctionnaires québécois n’a pas atteint  20 % des fonctionnaires fédéraux, ainsi pour l’instant nous payons pour des fonctionnaires en fonctions dans d’autres provinces, par exemples des Ontariens qui sont des fonctionnaires fédéraux. Donc il n’y aura pas de limitation aux transferts des fonctionnaires ni au respect du statut qu’on s’est engagé à leur donner. Ils ne perdront rien. On leur donnera l’équivalence de leur emploi et de leur rémunération. Cela ne va pas nous couter plus cher car actuellement nous payons déjà  pour des fonctionnaires qui ne travaillent pas pour le Québec. Donc nous ne paierons que notre juste part.

 

IG : Pour achever notre interview, quel serait votre plus grand souhait sur le plan politique ?

 

BL : Globalement, c’est sûr que c’est l’indépendance du Québec, mais ce n’est pas un souhait personnel. C’est un souhait collectif. La déception de ma vie, c’est que ce ne soit pas encore fait, mais l’espoir de ma vie, c’est que cela va se faire.

 

 

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