«A  CŒUR  FIDELE, RIEN  D’IMPOSSIBLE»

 

Assure

 

Mme Vivian BARBOT

 

 

 

Vice-présidente du Bloc Québécois.

 

Interview réalisée par I. GRAO 

 

IG : Madame Barbot, vous êtes Vice-présidente du Bloc Québécois. Les informations recueillies à votre sujet font état d’une syndicaliste, féministe et femme politique Québécoise, en un mot, une femme d’action. Partagez-vous cette opinion ?

 

VB : Oui ; les débats politiques auxquels je participe me définissent comme une femme action.

 

IG : Lors de l’élection fédérale canadienne de 2006, vous avez été élue à la Chambre des Communes du Canada, dans la circonscription montréalaise de Papineau, sous la bannière du Bloc Québécois, en battant l’ex-ministre libéral, Pierre Petitgrew. En 2008, vous perdrez votre siège. Quel bilan tirez-vous de cette expérience de prés de 3 ans ?

 

VB : Très positif. Participer au sein d’un parti politique dont je partage les orientations, être présente au Parlement avec mes collègues, représenter mes concitoyennes et concitoyens furent à la fois un honneur et une responsabilité très grande. J’ai beaucoup apprécié ce passage là.

 

IG : Ces jours-ci, il est beaucoup question du vingtième anniversaire du Bloc Québécois, qui fût créé en réaction à l’échec de l’accord du lac Meech et à la prise de position de M. Bourassa, Premier Ministre de l’époque. Suis-je dans le vrai ?

 

VB : En effet, nous fêtons l’élection de M. Duceppe, le chef du parti, qui fut le premier député Québécois élu sous cette bannière .Auparavant les députés du Bloc avaient été élus soit en tant que conservateurs, soit en tant que libéraux. Donc nous n’avions pas encore reçu l’approbation directe du peuple Québécois.

 

IG : Donc ce que vous sous-entendez, c’est que les notions que vous développiez au Québec, dont celle de la souveraineté, n’étaient pas représentées au Fédéral ?

 

VB : Pas avant l’arrivée des députés du Bloc Québécois.

 

IG : Certains politiciens critiquent l’existence et l’utilité du Bloc Québécois. M. Duceppe, lui, déclare que le Bloc se maintiendra jusqu’à l’avènement de la souveraineté Québécoise .Le Bloc ne trouverait-il pas sa légitimité uniquement que par la promotion de cette souveraineté ?

 

VB : La souveraineté du Québec est notre raison d’être. Nous sommes là pour les Québécois et les Québécoises. Il est évident que pour les autres partis, nous sommes  considérés comme une épine dans le pied. Mais grâce à la présence du Bloc à Ottawa ils ne peuvent plus continuer à faire ce qu’ils veulent du Québec. Nous, nous examinons toutes les questions sous l’angle du Québec en tant que Nation et nous faisons tout pour préserver nos intérêts à Ottawa.

 

IG : On pourrait alors considérer que le P.Q a une zone d’influence intra-Québécoise et qu’a contrario le Bloc, extra-Québécoise auprès du fédéral. Existe-t-il, des lors, une coordination d’action entre le PQ et le Bloc. Par exemple ; en 1998, sur le dossier du transfert des services de la DRHC du fédéral au Ministère de l’Emploi du Québec ? Je ne crois pas, qu’à cette occasion, le Bloc ait été partie prenante au dossier ?

 

VB : Sur cette question précise, je ne peux vous répondre, mais il est clair que lorsqu’il s’agit de traiter des questions importantes pour le Québec, nous nous informons de la position prise par le PQ Non pas que le P.Q puisse nous dicter notre position, mais il est évident que les deux partis agissent en concertation.

 

Quand je dis que le Bloc représente le Québec, il faut entendre que le Bloc porte à Ottawa, les consensus de l’Assemblée Nationale. Quel que soit le gouvernement au pouvoir au Québec, lorsque nous votons sur une question qui implique le Québec ou que nous formulons une orientation politique, nous tenons compte des décisions prises à l’Assemblée nationale.

 

Le P.Q et le Bloc entretiennent des relations très étroites lorsqu’il s’agit de traiter des questions touchant directement le Québec. Par exemple, un domaine où le Bloc exerce une expertise particulière c’est celui des relations internationales puisque c’est à Ottawa que cela se décide. Pour tous les autres domaines qui sont sous juridiction fédérale, et dans la mesure où les décisions prises risquent d’avoir des répercussions sur le gouvernement du Québec ou sur les Québécoises et Québécois, autant que possible il a concertation entre le PQ et le Bloc.

 

IG : Il a été récemment question d’un jugement rendu par la Cour Internationale de Justice (CIJ) sur un différend entre le Kosovo et la Serbie. Qu’en pensez-vous ?

 

V.B : En démocratie, dans toutes les circonstances, c’est le peuple qui a le dernier mot. A cet égard, le jugement de CIJ vient conforter notre position sur le droit des peuples à l’autodétermination.

 

IG : Dans le même ordre d’idée, un article faisait récemment, sur le web, état que le Nouveau- Brunswick pensait maintenant à une certaine autonomie participative avec le fédéral. Croyez-vous que si le Québec obtenait sa souveraineté, cela ne risquerait pas de faire tâche d’huile avec d’autres provinces ?

 

V.B : S’agissant des autres provinces, il leur appartiendra de décider de ce qu’elles feront éventuellement. Notre position ne doit pas être influencée par des a priori quant à ce qui arriverait aux autres provinces lors de l’indépendance du Québec. Pour nous, au Québec, nous avons une histoire commune qui montre combien le projet de la souveraineté a évolué, et pourquoi maintenant nous sommes arrivés à revendiquer une souveraineté intrinsèque. Notre option est vraiment d’obtenir l’aval du peuple québécois, qu’il vote pour la souveraineté du Québec. Nous espérons bien que la prochaine fois, ce sera un Oui sans équivoque.

 

IG : Pour revenir à l’interview récente de M. Daniel Turp, Vice-président et président de la Commission politique du Parti Québécois, à qui je demandais quel était son avis sur le comportement des immigrants vis-à-vis de cette souveraineté, ce dernier me faisait remarquer la situation délicate dans laquelle se trouvaient ses nouveaux arrivants dotés d’un passeport canadien. Qu’en pensez-vous ?

 

VB : Des qu’on devient citoyenne ou citoyen d’un pays, que l’on s’y intègre, on est une citoyenne ou un citoyen de ce pays, à part entière. On a les mêmes droits et prérogatives que tout le monde.

 

Je conçois très bien que dans le contexte Québécois, les personnes issues de l’immigration comme moi prenions partie pour la souveraineté du Québec et ce quelles que soient nos origines. Je rappelle aussi que plusieurs personnes qui viennent s’installer ici ont déjà vécu, elles-mêmes, des luttes pour la souveraineté de leur pays d’origine. Cela peut les rendre plus sensibles à la lutte pour la souveraineté. Par contre, dans le contexte de l’immigration qui vient avec son lot de difficultés, on peut comprendre que la souveraineté du Québec ne soit pas le souci principal des nouvelles et nouveaux venus.

 

Cependant, je pense que pour peu que l’on soit intégré quelque part et que l’on prenne part aux discussions, il est tout à fait normal de pouvoir opter librement pour l’option qui nous semble la plus conforme à nos aspirations. Nous devenons comme tous les autres québécoises et québécois qui doivent utiliser le passeport canadien. A cet égard, je n’ai aucune gêne à me dire souverainiste. Bien au contraire, j’en suis très fière : il s’agit de ma famille politique.

 

IG : Par ailleurs, M. Turp, faisait état qu’au Québec les régions étaient à grande majorité souverainiste, mais qu’il n’en était pas de même dans l’Ile de Montréal, zone qui regroupe le plus grand nombre d’immigrants. Partagez-vous cet avis ?

 

VB : C’est tout à fait exact. Mais il faut remarquer que la situation évolue depuis quelques années. Il y a de plus en plus d’appuis au mouvement souverainiste dans la grande région de Montréal. Mais il faut aussi prendre en considération le contexte particulier dans lequel se trouvent les nouveaux arrivants. Ceux-ci ont tendance à favoriser le statu quo car, dans leurs pays d’origine, la situation économique, sociale et politique est probablement moins bien qu’au Québec. Leur projet de vie ici est fort probablement d’accéder à une vie meilleure et ils ne remettront pas d’emblée en question l’ordre établi.

 

Cependant le temps fait son œuvre, les gens s’intègrent mieux. Les enfants vieillissent et se définissent eux aussi  comme québécois et se prononcent parfois  pour la souveraineté.

 

IG : Dans un article paru sur le web, en 2006, lors de votre campagne électorale, vous auriez été reçue avec convivialité par les représentants du RAC (Rassemblement des Algériens au Canada). Vous auriez alors déclaré, je vous cite « S’implique-t-on suffisamment ? Si nous voulons notre place, il faut être présent en plus grand nombre, pour l’avenir de nos enfants, c’est important. »Partagez-vous toujours cette opinion ?

 

VB : Absolument. Mais il s’agit d’un travail de longue haleine. Quand j’ai été élue il y avait déjà le scandale des commandites qui a favorisé l’élection d’une députée du Bloc. À l’élection suivante, le Parti Libéral nous a opposé M. Trudeau qui arrivait, bénéficiant de toute l’aura de son père. Bien qu’il ait fait une campagne que je qualifierais de «  lisse », sans grand contenu, il a été élu.

 

Pour ma part, je ne prends  pas l’élection de M. Trudeau comme un désaveu du travail que j’ai accompli. A cet égard je constate que la majorité des membres des communautés culturelles et en particulier les Magrébins, continuent à être très solidaires de l’action du Bloc. Ils continuent de s’impliquer, de prendre leur place, c’est ça qui est important.

 

IG : En parlant d’enfants, il me semblait peut être à tort, que jusqu’à maintenant la jeunesse québécoise ne s’intéressait pas à la politique. Or, vous avez participé, en fin de semaine dernière, à un forum jeunesse du Bloc Québécois (FJBQ), mouvement qui aurait regroupé quelques 300 jeunes souverainistes. Croyez-vous que la pérennité de cette revendication soit, des lors, assurée ?

 

VB : Je pense que les jeunes possèdent déjà des choses acquises, par exemple la place de la langue française au Québec, pour eux, c’est essentiel. Cependant, il est indéniable qu’ils ont davantage tendance à utiliser l’anglais qui est la langue du commerce international, d’une certaine forme de musique.... Ils ont une ouverture politique totalement différente de celle que nous avions dans les années 1960. Mais pour eux pas de doute, le français ne sera jamais remis en cause en tant que langue officielle du Québec. Il suffit de les interroger sur ce thème pour en être convaincu !

 

 Mais je suis consciente qu’il ne faut pas négliger ce groupe d’âge. Car un de nos défauts en tant que société consiste, peut être,  à ne pas être suffisamment présents auprès des jeunes. A cet égard, l’initiative du Forum Jeunesse revêt un aspect très important. Nous espérons qu’ils continueront sur cette lancée. Il faut prendre aussi en considération que cette jeunesse ne saura jamais ce qui s’est passé les années précédentes si nous ne prenons pas la peine de le leur dire. Il faut leur parler de tous les combats que nous avons menés pour promouvoir la souveraineté. C’est ce qui va assurer l’avenir du mouvement.

 

IG: Selon Marie-Andrée Plante, Présidente du Forum jeunesse du Bloc Québécois, cette jeunesse se dit souverainiste mais ne souhaite pas s’impliquer au sein d’un parti politique, en particulier. Comment expliquer ce comportement ?

 

VB : Il est certain qu’il y aura toujours des jeunes qui s’impliqueront et d’autres qui ne le souhaitent pas. Dans tout groupe, ce n’est toujours qu’un petit noyau qui s’implique davantage. Mais les autres demeurent toujours des électrices et électeurs qui donneront occasionnellement leurs opinions, et qui resteront prés à nous écouter. Donc je ne prends pas ce comportement comme une limitation à l’action.  Cependant, il est vrai qu’actuellement, les jeunes ont tendance à se regrouper autour d’idées telles le réchauffement de la planète, la cause de l’eau potable, la paix dans le monde, etc

 

IG : Oui mais il est un fait indéniable, c’est que le Jeunesse se passionne vite et se dépassionne tout aussi vite ! C’est la rançon de la jeunesse ! Alors la question de la pérennité finit toujours pas s’imposer, non ?

 

VB : Bien sûr, la jeunesse est une faculté qui s’atténue avec le temps. Mais nonobstant cela, elle aura acquis des habitudes, elle aura adhéré à des idées. Il faut les laisser grandir. Je ne pense pas que le calme de la sagesse puisse être interprété comme un défaut, car ces jeunes continueront de véhiculer les idées et les idéaux de leur jeunesse à l’âge adulte. Je me dis que s’ils considèrent que la souveraineté du Québec est important, ils continueront à y travailler. Ils pourront bien s’adonner à autre chose, fonder une famille, avoir des enfants, développer une carrière professionnelle, ils resteront toujours des souverainistes.

 

IG : Mais une constatation s’impose ! Si toutes les générations Québécoises réclament l’autonomie, cela signifie que le principe de souveraineté est solidement ancré dans les esprits et qu’un nouveau referendum pourrait consacrer cette idée. Qu’en pensez-vous ?

 

VB : Nous n’en sommes pas encore là. Je pourrais répondre à cette question au lendemain d’un nouveau referendum. Mais ce que nous avons à faire comme parti politique , c’est de faire avancer la cause de la souveraineté, de convaincre le maximum de personnes du bien fondé de notre action politique et de leur faire partager l’intérêt de la nation québécoise. Et il est intéressant de noter que toutes les Québécoises et tous les Québécois qui le désirent pourront participer à l’avènement de cette nation là, quelle que soit leur origine.

 

IG : Jusqu’à maintenant nous avons beaucoup parlé de politique, mais en matière de valeurs morales, qu’elles sont celles que devraient véhiculer, à votre avis, le Bloc Québécois ?

 

VB : C’est très clair ! Il s’agit des valeurs fondamentales que nous portons ; en premier la langue française qui est l’élément clef, indispensable à la survie de la nation québécoise, puis viennent : la culture, l’égalité homme/femme, les droits humains, l’ouverture aux autres aussi .Ce sont ces valeurs fondamentales qui guident l’action du Bloc Québécois.

 

IG : Et pour attirer le maximum d’électeurs quelles seraient selon vous, les valeurs que devrait défendre le PQ.

 

VB : Grosso modo, le PQ et le Bloc sont animés par les mêmes valeurs. Cependant, il peut y avoir des différences quant à la priorité qui est donnée à certains éléments dans l’action militante. Au Québec nous sommes un peuple fier, qui possède maintenant tout ce qu’il faut pour développer ses capacités à gérer un pays. C’est la raison pour laquelle il nous faut un pays afin de pouvoir rayonner à travers le monde et ainsi affirmer notre existence.

 

IG : Sur le plan économique, faut-il en voir un signe avant-coureur de cette souveraineté, lorsqu’on constate que des sièges sociaux d’entreprise ou d’organisme font l’objet d’un transfert de Montréal vers Toronto ?

 

VB : Il y a là un grand danger et non seulement dans le cadre de la souveraineté. Le Québec, même à l’intérieur de la nation canadienne, a besoin d’outils pour se développer. C’est inacceptable que le fédéral vienne empiéter constamment dans des domaines sous juridiction québécoise. On voit le transfert de sièges sociaux ou d’instruments essentiels pour le développement du Québec, par exemple celui des valeurs mobilières, ailleurs au Canada. Le Gouvernement Québécois actuel est très au fait de la situation et devrait réagir avec plus de fermeté pour préserver nos prérogatives.

 

IG : Pour terminer l’interview, je ne voudrais pas vous quitter sans évoquer avec vous, le terrible séisme qui a gravement endommagé récemment Haïti. Croyez-vous que le Canada soit intervenu avec suffisamment d’efficacité pour apporter toute l’aide nécessaire aux victimes ?

 

VB : Je pense que le Canada a fait beaucoup d’efforts pour aider les Haïtiens conformément aux souhaits du peuple québécois et canadien.  L’aide fournie a été fort généreuse. D’ailleurs il faut savoir que, même avant le tremblement de terre, Haïti est le pays qui se place au deuxième rang quant à l’aide fournis par le  gouvernement canadien. Par contre, actuellement il est très difficile de savoir ce qui se passe exactement dans en Haïti. Néanmoins je ne doute pas que le Canada continuera à apporter toute l’aide nécessaire à un nouveau développement de ce pays.

 

IG : Et si vous aviez un souhait à formuler sur le plan politique, pourriez-vous l’exprimer maintenant ?

 

VB : Oui, c’est que le Québec soit souverain, le plus rapidement possible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




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