UN HOMME  DE  GRANDE  CULTURE  HUMANISTE

LE DEPUTE  MAKA  KOTTO

 

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 Interview de M. Maka KOTTO le lundi 30 août 2010

 

 

IG: M. Kotto, vous êtes le Député de la circonscription du Bourget. Vous êtes le porte-parole de l’opposition officielle, le Parti Québécois, en matière de culture et de communication et en même temps, le Vice-président de la Commission des relations avec les citoyens. Dans un récent entretien avec M. Daniel Turp, Vice-président et Président de la Commission politique du P.Q, ce dernier vous citait comme un exemple de réussite en matière d’intégration. Qu’en pensez-vous ?

 

MK : Tout d’abord, permettez-moi un petit rectificatif. Récemment le Gouvernement Québécois a fait l’objet d’un remaniement ministériel, l’organisation du Parti Québécois a donc été adaptée en conséquence par Mme Pauline Marois. Aussi, je ne suis plus depuis le 27 août le porte-parole en matière de culture et de communications. Je suis dorénavant affecté au poste de porte parole en matière de « Communautés culturelles ». Par contre je demeure toujours le Vice-président de la Commission des relations avec le citoyen; mais ça pourrait aussi changer à court terme.

S’agissant de mon intégration. Il faut remonter à mon éducation qui s’est faite au Cameroun dont je suis natif, et dans un pensionnat de Jésuites Français. Quand on connaît leurs façons d’encadrer, d’enseigner, d’accompagner, de « mentorer » il n’est pas surprenant de constater que je me sois toujours parfaitement intégré partout où je suis allé, même si le pays dans lequel je résidais n’avait aucun lien avec mon pays d’origine ! Pourquoi cette prédisposition ?

Le Cameroun est un pays très diversifié au plan ethnique (on y compte en effet plus de 260 dialectes, environs 70 groupes linguistiques et les cultures suivent à la même échelle). Les tensions interethniques y étaient monnaie courante à mon époque; mais au sein de notre collège qui était une sorte d’incubateur de l’élite de demain (comme on le précisait à l’époque !), on nous poussait à briser ces barrières interethniques, à aller vers l’autre, cela a finit par créer chez nous une prédisposition spécifique, surtout pour ceux qui ont fait des études à l’extérieur, en Europe, aux Etats-Unis, au Canada.

Chaque fois qu’on me pose cette question, je donne toujours cette première explication. Je pense que mon caractère a été programmé pour cette facilité d’intégration.

Mais il faut cependant reconnaître un second point important qui concerne l’ouverture, la sympathie, la générosité du pays qui nous accueille. Les Québécois sont en quelque sorte des Africains et cela je le dis sans aucune acrimonie, car je trouve que les Québécois sont aussi chaleureux que les habitants de ces pays-là. Or ils vivent dans un pays où il y a 6 mois d’hiver. Mon défi est de vivre et de survivre au froid.

Quand je suis arrivé ici, j’avoue que je l’ai fait avec l’intention de repartir, mais à la lumière de la qualité des relations humaines nouées sur les plateaux de tournage, sur les scènes de théâtre ou d’humour, je me suis senti agréablement piégé par ce facteur humain. Je passais alors 6 mois ici, et 6 mois en Europe ou en Afrique. Bref, au bout de six années de tergiversation, j’ai décidé de rester. Ce que je faisais au cinéma, au théâtre, à la télévision trouvait toujours un très bon accueil. Je n’ai pas vraiment souffert de rejet, même s’il existe toujours quelques exceptions. Il s’agit d’une infime minorité de gens chez qui on peut détecter quelques postures xénophobes, mais sans égaler celles que l’on trouve dans le vieux continent.

Par ailleurs, de part ma qualité d’artiste oeuvrant dans le paysage médiatique québécois, le contact était rendu plus facile car les gens appréciaient ce que je faisais. Cela a créé et développé des sujets de conversation qui à eux seuls , suffisaient à bâtir des ponts de communication tellement on avait des choses à échanger. Partant de là, au fil du temps, et au-delà des rencontres interpersonnelles, il y avait les entrevues à la radio, à la télé et dans la presse écrite. Par conséquent, les gens ont ainsi appris à me connaître. Avec un peu de recul, je pense donc que cela a aussi été un facteur déterminant pour mon intégration, ce qui fort probablement d’ailleurs a facilité mon tremplin en politique.

 

Mais mon implication en politique active a intrigué de nombreuses personnes. C’est l’ancien Premier Ministre Bernard Landry qui m’a incité à sauter le pas. Bernard Landry a notamment été enseignant en Afrique, et en Amérique du Sud. C’est quelqu’un qui a le souci de voir le Québec de demain de s’ouvrir aux autres. Il m’avait, comme on dit ici « spoté », en me disant « Toi, Maka, tu serais un très bon porte-parole, tu serais en quelque sorte, la clef qui ouvrirait la porte à toute la diversité, à tous les nouveaux Québécois, pour leur faire comprendre que le projet de ce pays n’est pas un projet fermé sur lui-même, il est ouvert sur le monde ».

C’est un peu mon côté missionnaire qu’il touchait là et c’est ce qui m’a amené à accepter ce défi là. Je n’ai pas d’ambition politique dans le sens péjoratif du terme, en fait je ne regarde pas cela comme une carrière. J’ai pris un engagement et je veux aller jusqu’au bout de ma démarche. Après, je ferai le bilan. Mais je reste prudent, car j’imagine que si je commettais une erreur, le nombre de portes qui se refermeraient ensuite aux personnes qui viennent d’Afrique serait important.

 

 

IG: Pourquoi avoir choisi le Québec comme pays de résidence après avoir fait toute votre formation académique, en France ?

 

MK : J’ai commencé ma carrière professionnelle d’artiste en France.

 

IG: Vous êtes diplômé en 1984 du conservatoire libre du cinéma français et titulaire d’un certificat d’études de l’Ecole de l’acteur Florent. Quand on connaît le renom du Cours Florent, on comprend facilement la longueur de votre cinématographie ! Donc dans un premier temps, vous avez été un acteur réputé et apprécié, tant en France qu’au Québec, si j’en crois les éloges décernés à votre sujet. Cela vous correspond-il bien ?

 

M.K : Je vous remercie, mais je ne sais pas gérer éloges.

 

IG : Mais dans votre biographie, on constate qu’avant vos études d’acteur, vous avez aussi poursuivi des études de Droit à la Faculté de Nanterre en 1981, puis à l’Institut politique de Bordeaux en 1982. Donc on peut considérer qu’à l’origine vous vous destiniez plutôt à une carrière juridique ?

 

M.K : En effet, il s’agissait en l’occurrence d’un marché que j’avais passé avec mon père. A la fin de mes études au Collège Lieberman, à Douala, au Cameroun, je voulais me lancer immédiatement dans des études artistiques, parce qu’au collège, nous avons été, très tôt, nourris aux arts, à la littérature, au cinéma, au chant, à l’histoire aussi. Il y avait donc chez nous, cette passion pour les arts qui était inoculé dans notre psyché. Après avoir abandonné mon idée de devenir curé, ce qui était ma première vocation ! Pourquoi vouloir devenir curé ? Toujours avec cette intention de faire du bien autour de moi, mais ce sont mes propres éducateurs qui m’ont dit que je risquais « d’être limité par la soutane » et de ne pas être libre de mes mouvements.

A l’époque, au collège, nous avions la possibilité d’écrire et de distribuer des textes qui dénonçaient la dictature, la corruption, le népotisme, mais je pensais, avec ma candeur d’adolescent que si je devenais prêtre j’aurais la possibilité d’aller encore plus loin. On m’en a dissuadé. C’est pourquoi l’idée de devenir artiste s’est installée dans mon esprit. Et je voulais, immédiatement, en sortant du collège, me diriger vers les arts. Alors pour répondre à votre question, mon père n’était pas d’accord avec cet idée parce que pour lui l’artiste ne bénéficiait pas d’un statut social en tant que tel à l’époque. Pour lui, c’était le chômage garanti. Alors, il m’a dit : « Fais d’abord des études sérieuses, après on verra ! » Et comme j’avais besoin de lui pour un soutien financier, j’ai accepté le marché proposé ! J’ai donc fait des études universitaires en France, à Nanterre puis à Bordeaux. Après des études en Droit et en Sciences politiques, mon père m’a donné sa bénédiction pour faire ce qui me passionnait. De plus, les arts ne sont pas une finalité pour moi, c’est plutôt ce que j’en faisais. Je m’en sers pour mes combats, mes causes, pour défendre la somme de mes idéaux. Les arts sont des moyens, pas des finalités.

 

IG: Quoique l’on puisse affirmer que quelquefois « la fin justifie les moyens ».

 

MK : Je pense que les arts sont de redoutables armes pour des cibles humaines, et l’on change plus facilement l’humanité par la beauté plutôt que par la laideur qu’est la guerre.

 

IG: Donc, ensuite vous avez fondé une famille au Québec, et en quelque sorte y planté vos racines ?

 

M.K : Non, je donne mes fruits au Québec, mes fleurs à la France, mais mes racines sont au Cameroun.

 

IG: Je faisais allusion à ce que vous aviez évoqué en début d’interview, à savoir le climat très rude du Québec très différent de celui du Cameroun. Avez-vous quelquefois la nostalgie du pays qui vous a vu naître. Pensez-vous y retourner vivre ?

 

M.K : A ce jour, je ne peux planifier un éventuel départ mais cela reste une possibilité. Chaque fois que l’on m’a posé la question (mais pas dans le même cadre que le présent) à savoir si mon pays natal me manquait, j’ai répondu par l’affirmative. Mais pour me protéger, je tire les rideaux sur cette fenêtre là. Je ne sais si vous avez parcouru le dernier ouvrage de Dany Laferrière, L’énigme du retour, moi je n’ai pas  pu aller au-delà de la dixième page. Ce livre me ramène à ma propre histoire. Chaque fois qu’un individu quitte son pays natal pour vivre ailleurs, il vit ce déchirement là. Mais comme le disait si bien un sage, les saumons retournent toujours frayer dans leurs eaux de naissance. Pour ma part, l’histoire dira…

 

IG: Sur le plan politique, vous avez été élu en 2004, sous la bannière du Bloc Québécois, avec M. Duceppe. Quelles sont les valeurs qui vous ont attiré vers le Bloc ?

 

M.K : Mes premiers pas en politique, je les ai accomplis, avec le Parti Québécois, à l’époque avec Bernard Landry. Il s’agit de l’élection de 2003, dans la circonscription de Viau. Je savais que je n’avais aucune chance de gagner, mais j’y suis allé pour faire « mes dents » sur le terrain. Je voulais apprendre ce qu’était une campagne électorale, je voulais vivre cela au quotidien. J’ai donc fait une campagne de six mois dans une circonscription où je n’avais aucune chance, contre un Député qui était en place depuis un quart de siècle et qui, malgré tous les problèmes qui assaillaient cette circonscription, gagnait toujours ses élections sans même faire campagne. Mais la campagne que je menais à cette élection là était tellement originale que cela a suscité certaines curiosités, de journalistes et de nombreuses personnalités. Et cela a obligé mon adversaire M. Cusano (Qui au demeurant est un homme fort sympathique) à sortir de sa réserve et à descendre dans l’arène de la campagne. J’ai néanmoins obtenu à cette élection un score assez respectable. J’avais, au passage, suscité beaucoup de fierté de la part des personnes qui comme moi s’étaient sentis comme abandonnés. Je suis alors parti de cette expérience en confiance avec le sentiment du devoir accompli.

Je suis retourné dans les arts.

Quelques mois plus tard, je reçois un appel téléphonique de Gilles Duceppe. Il avait suivi ma campagne et souhaitait que je vienne travailler avec lui. A cette époque, je bouclais un travail de recherches demandé par Bernard Landry. J’ai demandé l’avis de Bernard Landry et celui-ci m’a fortement encouragé d’accepter l’offre de représenter le Bloc Québécois dans la circonscription de Saint Lambert, sur la rive sud du Saint Laurent. Cette circonscription se révélait être aussi un défi pour moi car comme membre actif du Bloc, il n’y en avait qu’un et cent dollars en caisse. Il fallait reconstituer une équipe avec des bénévoles. J’ai donc abattu un travail d’étude de cette circonscription, en décortiquant ses aspects démographiques, économiques, sociaux, environnementaux. En bref il s’agissait d’un travail effectué avec beaucoup de rigueur. C’est ce qui m’a permis d’avoir une photo fidèle et des pistes d’attaques ou de défense. Nous avons gagné cette élection avec plus de 5 000 voix de majorité alors que cette circonscription était considérée comme une forteresse du Parti Libéral. Par la suite Gilles Duceppe me confia le dossier du patrimoine, celui de la culture et des communications. Subséquemment, j’ai été nommé Vice-président au Comité du Patrimoine, à la Chambre des communes du Canada. Deux années plus tard, lors de nouvelles élections, je doublais ma majorité.

 

IG: Quel bilan tirez-vous de votre passage à Ottawa ?

 

M.K : Il faut remarquer que le Québec à l’intérieur du Canada, est constitué d’une infime minorité de francophones, à peine 2 %, et cela on le vit avec énormément de douleurs à la Chambre des communes à Ottawa, parce que d’un océan à l’autre, le Canada anglais est largement majoritaire. Les préoccupations des gens de l’Ontario par exemple, sont différentes de celles des gens du Québec. Notre sensibilité, notre culture, notre identité collective sont différentes de celles des gens de l’Ouest, de l’Alberta, du Saskatchewan, de la Colombie Britannique. Chaque sphère géographique et culturelle envoie des députés à Ottawa pour défendre ses intérêts en toute fidélité aux attentes de leurs commettants. Au Québec, le Bloc, est  le  seul parti politique qui a toujours défendu avec fidélité les intérêts du Québec à la Chambre des communes. Mais sa position va devenir de plus en plus difficile à tenir avec le projet de Loi qui a pour objet de gonfler le nombre de circonscriptions au Canada anglais. Au bout du compte, la voix du Québec diminuera à la Chambre des communes. Les gens du Québec étant loin de ce parlement là ne peuvent pas voir ces choses là. Ma grande déception réside dans le fait que les Québécois ne puissent pas voir concrètement ce qui se passe là bas, car si c’était le cas, je pense que le Québec serait maître de son propre destin depuis des lunes.

 

IG: Je crois savoir que la notion de souveraineté n’a jamais été autant d’actualité ?

 

M.K : Elle est d’actualité, car le Québec n'a d'avenir que dans la souveraineté. Nous n'avons pas le choix. Et nous sommes aujourd’hui à une étape importante dans la longue marche des souverainistes. Mais il y aura toujours de puissants médias convergés, propriétés des gens qui s’ y opposent pour prouver le contraire.

 

IG: En 2008, vous êtes élu Député Péquiste dans la circonscription du Bourget. Quelles sont les valeurs qui vous ont fait revenir vers le P.Q ?

 

M.K : La langue, le projet Québécois, son projet d’indépendance. Etant donné que le projet d’indépendance se joue au Québec, et à son Assemblée Nationale, quand on m’a invité à venir me présenter dans la circonscription du Bourget, je me suis dit « ok », je vais passer à autre chose, et être en même temps plus prêt de la « cuisine de l’indépendance du Québec ». A vivre quotidiennement l’expérience du parlement national Québécois, je ne regrette pas ce déplacement là. Je contribue et je participe réellement en tant qu’élu à l’échafaudage de ce projet de pays et de ce qu’il deviendra. Je suis d’autant plus content de le faire que j’ai la sensibilité de ceux qui viennent d’ailleurs, de ceux qui ne sont pas nés ici et qui ne sont pas encore enclins à faire le saut dans ce chantier, de ceux qui, encore nombreux,  préfèrent rester sur le trottoir à regarder tourner le manège sans eux. Le rôle que je joue n’est pas nécessairement celui de modèle d’identification, de modèle de référence, non ! C’est un rôle de missionnaire qui va être à la fois la sensibilité et l’écho de ces métèques à l’intérieur de ce chantier. Certains font le saut en politique pour le pouvoir, d’autres pour l’argent (mais une petite précision s’impose : ce n’est pas en politique qu’on fait de l’argent ici), d’autres encore parce qu’ils aiment la politique ! Moi, je suis ici pour jouer un rôle bien défini qui se clôtura quand j’aurai fini ma tâche, et alors, je sortirai de là.

 

IG: Le phénomène migratoire au Canada est un phénomène important sur le plan politique. A votre avis, si la question de la souveraineté venait à être posée dans un futur plus ou moins immédiat, comment croyez-vous que réagirait la communauté des immigrants, qui ces jours-ci font l’objet de toutes les attentions politiques ?

 

M.K : Je vous répondrais en citant mon exemple. Quand je suis arrivé au Québec, je n’ai pas embarqué tout de suite dans le mouvement souverainiste, cela m’a pris quelques années ! J’ai même milité au sein du Parti Libéral du Québec pendant une année parce que j’assimilais le mouvement souverainiste à un mouvement nationaliste en Europe. Quand on se réfère au mouvement du Front national en France, on peut comprendre que je m’en méfiais alors. Mais après avoir approché les gens qui faisaient partie de ce mouvement, ma lecture a changé car cela n’avait rien à voir avec les nationalistes européens. Je me suis senti alors un peu « sot » parce que je me rendais compte que je m’étais arrêté sur des préjugés véhiculés, sur des imageries qui dépeignaient mal ce mouvement. Je pense d’ailleurs que c’est le scénario de beaucoup de gens qui viennent ou qui sont venus d’ailleurs récemment. Très peu de personnes font la même démarche que j’ai adoptée, c'est-à-dire aller voir ce qui se passe vraiment là-dedans, aller les comprendre, les écouter. Tout individu qui rêve de liberté ne fait qu’aspirer vers ce pourquoi nous sommes nés «Vivre libre» tout simplement. Aussi en tant qu’humaniste, quelque part, je ne peux aller contre cela. Par contre si l’on me dit ou si l’on m’amène des preuves à l’effet que la quête de liberté des gens du Québec a une finalité dont l’objet est d’écraser les autres, alors dans ce cas, je ne suis plus dans là-dedans. Cela dit, pour avoir vécu longtemps au sein de ce mouvement, je peux dire que ce n’est du tout son dessein. Ce mouvement  est ouvert aux autres, et à ceux qui comme moi sont nés en Afrique, en Europe de l’Ouest ou de l’Est, en Amérique latine… C’est un mouvement qui a des principes et de bons principes qui plus est. Proudhon ne disait-il pas que « ce ne sont pas les hommes qui gouvernent les sociétés, ce sont les principes »?

 

IG: Vous étiez encore récemment le porte-parole de l’opposition en matière de culture. Diriez-vous en la matière que le Québec reçoit toute l’aide nécessaire et financière de la part du Fédéral ?

 

M.K : Le Fédéral s’ingère dans plusieurs domaines qui ne sont pas de sa compétence à l’instar du cas particulier de la culture… Depuis l’aube des temps modernes au Québec jusqu’en 2003, tous les gouvernements, toutes allégeances politiques confondues, ont réclamé le rapatriement de la maîtrise d’œuvre en matière de culture et communications au Québec. Ottawa pour des raisons que j’ignore encore, empiète sur le domaine culturel Québécois et s’adjuge aussi la compétence en matière de communications.

Le Québec est différent du Canada anglais parce que sincèrement, on ne partage ni la même langue publique commune, ni les mêmes références culturelles, ni les mêmes contenus culturels. L’authenticité de l’identité culturelle  canadienne anglaise est en perpétuelle déliquescence parce que piégée par la langue anglaise en partage avec les États-unis qui disposent de puissants vecteurs générant une multitude de «produits culturels» séduisants qui inondent le «marché» canadien. Et aujourd’hui, face à l’émergence des nouvelles technologies, conduits de contenus culturels, nous, francophones d’Amérique sommes également exposés et nous ne conserverons pas longtemps notre spécificité du haut de nos 2%, si nous n’assumons pas la pleine maîtrise d’œuvre en matière de culture et de communications.

La plupart de nos jeunes francophones aujourd’hui sont plus sensibles à la culture « étatsuniennes » parce que celle-ci semble plus attrayante, plus ravissante et en cela la langue anglaise rayonne. Ils sont insensibles à la joute engagée au Québec pour la survie du fait français  et pour la continuité de la langue française en Amérique du nord. Ça ne fait pas partie de leurs véritables préoccupations  parce que les problèmes identitaires, considérant que nous sommes dans un contexte de mondialisation, ne les touchent pas vraiment puisqu’ils se définissent avant tout comme des «citoyens du monde». Ils vont spontanément dans des niches de défense environnementales, des causes en lien avec la famine dans le monde, des causes opposant la «droite» à la «gauche», etc, mais leur propre maison est en feu et ils ne le voient pas… pour la grande majorité d’entre eux, mais il faut toutefois reconnaître des exceptions.

Elle est fondamentale, essentielle, la substance nommée «culture». Elle qui est nourrie par la télévision, le cinéma, la radio.

Quand j’étais à Ottawa, j’ai participé à des tournées de consultation au Canada. Pour ce qui est de la politique cinématographique par exemple, et s’agissant des questions relatives à ces domaines ; certaines personnes éveillées de l’autre côté, nous enviaient d’avoir un système de vedettariat, ce qu’ils n’ont pas chez eux : leurs vedettes sont américaines. Au Québec, les vedettes Québécoises sont des Québécois ou des Québécoises, leur des gens auxquels ils peuvent s’identifier. La langue ici, c’est le français, chez eux c’est l’anglais, c’est leur drame car ils l’ont en partage ! Ils nous envient aussi de prendre très au sérieux les arts et la culture et de accorder un soutien toujours important. L’attention que nous portons à la culture amène régulièrement une remise en question de nos politiques culturelles qui se renouvellent chaque année. C’est vital pour le Québec. Parce qu’au-delà de la langue il y a cette nécessité, ce besoin de créer des vecteurs à travers lesquels, collectivement on se reconnaît, des vecteurs culturels qui nous représentent et ces mêmes vecteurs qui nous permettent malgré tout de nous faire reconnaître à l’extérieur : je pense ici à nos artistes, Céline Dion, au Cirque du soleil, et à plein d’autres.

 

IG: Pour revenir à la jeunesse Québécoise et à la langue anglaise qui est devenue le langage international, il faut remarquer que cette primauté ne dure qu’un temps. Il y a encore un siècle le français était la langue internationale, aujourd’hui c’est l’anglais et, demain avec l’avènement des économies asiatiques ?

Par ailleurs sur le plan culturel, au mois de mai 2010 au festival de Cannes, j’ai eu l’honneur d’interviewer M. Verber, directeur européen de la SODEQ. A ce festival, un jeune réalisateur, Xavier Dolan s’y est fait remarquer pour la seconde année consécutive. Il existe bien un cinéma Québécois de création ?

 

M.K : En effet, mais ce sont surtout les moyens financiers qui font défaut. Si nous avions la possibilité de contrôler la totalité des enveloppes qui vont avec la compétence en matière de culture que nous dispute partiellement Ottawa, je pense que nous ferions encore mieux qu’actuellement. Seul le Fédéral sait pourquoi il ne veut pas céder sur ce terrain là. Mais au bout du compte, le temps arrange les choses; quand par exemple les conservateurs  ont sabré dans les crédits en matière de culture, cela a fait descendre les gens dans les rues. Ils ont tout de suite perdu la chance d’obtenir une majorité aux élections qui ont suivi, ils ont tout de suite compris. On dirait même qu’ils commencent à faire machine arrière et à revoir leur approche en politique culturelle. Ils ont compris qu’on ne badine pas avec les arts et la culture au Québec. Ça fait du grabuge sinon. Nonobstant cela, actuellement, la question du rapatriement est toujours d’actualité, à défaut de réaliser la souveraineté immédiatement, parce l’identité d’un peuple n’a pas à être «géré» par un autre peuple, un pays par un autre pays ou un parlement par un autre. Aussi, il appartient aux Québécois d’avoir la totale maîtrise et le contrôle de leur politique culturelle et les moyens financiers en étroite corrélation.

 

IG: Récemment la Jeunesse Québécoise s’est fait remarquer sur le plan politique par des forums ou des universités, que ce soit du côté souverainiste ou libéral. A votre avis, comment réagit cette jeunesse à la notion de souveraineté ?

 

M.K : Le fait que leurs adversaires aient souvent fait un procès d’intention au Bloc et au Parti Québécois à l’effet qu’ils défendent un projet archaïque a amené certaines personnes à croire que la souveraineté était le projet d’une autre génération. Les faits ont démontré le contraire puisqu’après les dernières élections au Québec, celles de 2008, on a pu voir au le P.Q qu’environ 20 % des nouveaux élus avaient moins de 40 ans; ils s’impliquent et militent ardemment pour la souveraineté. Récemment c’est le Bloc Québécois qui a tenu son université d’été sur la question de la souveraineté et cette manifestation a connu un fort succès. Les jeunes ont leur façon de dire, de faire. Ce sont eux qui, pour le futur, défendent l’idée de rassemblement, de convergence des différents partis souverainistes autour de leur projet. Il existe en effet plusieurs groupes souverainistes au Québec, mais malheureusement, ils marchent en ordre dispersé, ils ne forment pas un tout uni. Il existe chez eux différentes sensibilités, différentes façons de voir de voir les choses. Les jeunes ont réalisé que ce n’était pas dans la division qu’on allait y arriver, mais plutôt dans la cohésion et l’union. L’union est devenue un principe fondamental placé au centre de leurs préoccupations / Leur démarche : unir les gens, unir les groupes, unir la diversité, qui souhaite la même chose, mais qui ne marche ni au même pas, ni au même rythme… c’est le défi qu’ils se lancent à court terme. Pour ma part, j’ai trouvé cela formidable !

 

IG: Pourtant la Présidente de ce forum a déclaré qu’elle adhérait au principe de la souveraineté, mais que son mouvement ne souhaitait pas s’impliquer dans un parti politique.

 

M.K : C’est cohérent, car à partir du moment où elle qui dirige l’initiative s’identifie à un parti ou un autre, elle subira inévitablement «le soupçon de partialité». C’est bien qu’elle respecte sa distance en la matière, sa neutralité, vis-à-vis  des partis est un atout pour atteindre son objectif.

 

IG : Il semblerait, pour évoquer maintenant l’éducation des jeunes, et ce sous toutes réserves que les écoliers francophones ne soient pas aux mêmes niveaux de résultats scolaires que les écoliers anglophones ou allophones. Est-ce exact ? Dans l’affirmative, à quoi pourrait-on attribuer ce décalage ?

 

M.K : C’est la conjonction de plusieurs facteurs qui peut expliquer cela, mais pour faire preuve d’honnêteté intellectuelle, je ne pourrais pas tous les énumérer. Il y a des problématiques qui sont chaque année mis en lumière  pour expliquer ce décalage. Certains pensent qu’il y a carence de représentation masculine au niveau de l’enseignement dans le primaire; qu’il faudrait à cet effet créer des conditions  pour faciliter l’intégration des « males » dans le système d’enseignement. D’autres évoquent le laxisme des parents parce qu’au Québec « l’enfant est roi ». Très souvent on cite le cas d’interaction entre parents et enfants à titre de copains à copains. Dans ce cas la notion d’autorité parentale disparaît. Il semblerait que ce ne soit pas le cas dans les familles allophones ou immigrantes en général. Le système pédagogique peut également être mis en cause, vu qu’aux dires de certains, les enseignants eux-mêmes s’y perdent. Les facteurs sont multiples…

Maintenant s’agissant des possibilités pour redresser ce problème je ne peux plus avancer dans mon analyse car c’est un enjeu qui fait partie du cadre de réflexion en lien avec notre proposition principale. Mais au niveau  statistique, ce constat est fidèle à la réalité.

IG: Vous avez participé en janvier 2010 à une opération visant à recueillir le maximum de signatures à une pétition  pour demander la création d’une enquête publique indépendante sur l’industrie de la construction. Quels sont les problèmes soulevés ? Or, cette pétition n’aurait selon internet recueilli que 10 000 signatures. Peut-on en déduire que le peuple Québécois serait insensible aux notions d’éthique en politique ?

 

M.K : En fait cette pétition, tous supports confondues, a recueilli plus de 40 000 signatures. Le chiffre de 10000 me semble loin de la réalité !

 

IG: Mais 40 000 signatures n’ont pas suffit à déclencher une commission ?

 

M.K : C’est le Gouvernement du Premier Ministre Charest qui a le dernier mot. Il est majoritaire à l’Assemblée Nationale du Québec. S’il avait été minoritaire, on aurait pu voter pour la création d’une commission d’enquête publique indépendante sur les collusions avec le milieu de la construction relativement à l’attribution des contrats. Malheureusement nous sommes minoritaires, mais cela devient un impératif aujourd’hui. Il existe en effet un décrochage politique de la part des citoyens, qui est inquiétant et

ça augure mal pour l’avenir de la démocratie québécoise. Il appartient aujourd’hui à chaque élu de faire en sorte que la confiance renaisse au nom de la sauvegarde des institutions démocratiques. Je lisais récemment qu’en France, un sondage qui avait été rendu public mettait en relief que 67 % des français ne croyaient plus ni en leurs partis politiques ni aux institutions démocratiques, ni aux hommes et aux femmes politiques. C’est là un gros problème. C’est un cancer qui est entrain de s’étendre dans les démocraties occidentales et à partir du moment où le citoyen perd foi, on n’est pas loin de l’anarchie. Certes il faut relativiser les sondages tout en notant que c’est seulement lorsque la tendance perdure dans l’opinion publique qu’on peut conclure que le « ciment » est pris. Là, ça devient quasiment une réalité.

 

IG: Pour revenir à cette pétition, 40 000 signatures n’ont pas suffit à déclencher une commission ?

 

M.K : Non, parce que ce ne sont pas des pétitions qui poussent le gouvernement à prendre des décisions. La pétition avait été initiée par l’opposition officielle et le gouvernement n’a pas pris acte de la chose. Plus grave encore, il y a des sondages qui ont régulièrement été fait récemment sur cette question et qui ont indiqué comme résultat qu’en moyenne 74 % de la population québécoise demandait la création d’une commission d’enquête publique sur la collusion et la corruption en lien direct avec le milieu de la construction.

Par contre, s’agissant de la Commission Bastarache, il a simplement fallu que M. Bellemare déclare avoir fait l’objet de pressions pour la nomination des juges quand il était Ministre de la Justice pour qu’en 24 heures soit créée une commission que la population ne demandait pas. Une commission qui n’apportera pas grand-chose de pertinent; bien au contraire elle risque de faire empirer les choses pour M. Charest. Cette commission n’inspire absolument pas les citoyens, on aura seulement gaspillé une bagatelle de plusieurs millions de dollars pour rien ! Et sans avoir atteint l’objectif qui est celui de réconcilier les citoyens et citoyennes du politique.

 

IG: Pour terminer l’interview, croyez-vous que la situation politique actuelle au Québec, soit propice à un retour prochain du P.Q au pouvoir ?

 

M.K : Il ne faut rien tenir pour acquis. C’est la leçon que la vie m’apprend chaque jour. Le P.Q ne peut miser sur les échecs du Parti Libéral au pouvoir. Pour reprendre le pouvoir, le P.Q doit faire son devoir avec sérieux, rigueur et responsabilité afin de gagner la confiance de la population. C’est tout ce que je lui souhaite.

 




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