LA NOUVELLE RUSSIE

Selon l’intelligentsia Russe

 

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 LES RUSSES S'INTÈGRENT À LA VIE FRANÇAISE 

(3/3) 

Voici la suite et fin de l’interview accordée à Isidore Grao le 03-07-10 par Mme Hélène Metlov, Présidente de l’association «Perspective Internationale-Maison de la Russie à Nice»   

IG: Dans le précédent article, vous nous rappeliez que 1825 était donc une date très importante dans l’Histoire de la Russie ?

 

H.M : Oui et la deuxième date très importante après 1825, et qui a frappé la mémoire collective, c’est 1905, le dimanche sanglant. En 1825, on ne peut pas encore parler de révolution, il s’agit d’une émeute où l’ordre a été durement rétabli par le Tsar. En 1905, après la défaite contre le Japon, le régime tsariste est mis en difficulté, et le peuple, affamé, fait une manifestation pacifique. Cette manifestation est menée par un prêtre orthodoxe pour supplier le « petit père des peuples » de leur donner à manger ! Mais cette manifestation est à nouveau durement réprimée. Le Tsar fait tirer sur la foule, et les cosaques sont venus sabrer cette foule.

Cela a frappé très fort le peuple, alors qu’en 1825 les émeutes avaient été menées par l’aristocratie. En 1905, Lénine considérait qu’il était encore trop tôt pour tenter une quelconque révolution. Le peuple n’était pas encore prêt, alors qu’il le sera 12 ans plus tard, en 1917 pour réclamer l’abolition du régime tsariste et son remplacement par une monarchie constitutionnelle en vue d’établir une République. Cette année là, toutes les agitations commencent en février. En octobre, les Soviets (petits conseils)  poursuivent  le combat en organisant la seconde révolution d’octobre et l’instauration du pouvoir soviétique.
La guerre civile est déclenchée. Cette révolution, en elle-même,  n’a pas été très sanglante ? C’est ce qui est arrivé après qui fut terrible. De nombreux pays européens venaient affamer le peuple soviétique. La France et l’Angleterre, voulaient alors se partager le «gâteau». Cette Russie  a eu une position stratégique et importante dans l’Histoire entre l’Orient et l’Occident. Elle a fait tampon pendant trois siècles, d’abord contre les invasions asiatiques des Mongol, alliés de Gengis Khan.
Pour en revenir à la Russie récente, il faut dire qu’après 1917, L’URSS a oublié la notion d’Etat. Les gouvernants ont oublié qu’ils étaient un État socialiste, c'est-à-dire qu’ils étaient là, par le peuple, et pour le peuple. Il s’est créé, peu à peu, une espèce de caste, le culte de la personnalité de Staline n’a pas é té un facteur de progrès, et les «purges» pratiquées à cette époque ont décapité les meilleurs. Après sa mort, Il s’est créé une «caste» politique. Ainsi ne pouvaient arriver au pouvoir que les enfants de ceux qui en faisaient déjà partie, pas par héritage, mais par les relations, grâce aux liens privilégiés. Par ailleurs, pour conserver ou tisser ces liens, les responsables de l’économie, directeurs d’usine, kolkhozes…n’hésitaient pas à «travestir» la réalité et les  mauvais résultats en matière de productions, la mauvaise qualité de cette production. Mais les rapports disaient le contraire. Et on ne croyait que ce qu’il y avait dans les rapports ! Les chiffres donnés par les statistiques officielles (et vous savez qu’on peut faire dire aux statistiques, ce que l’on veut !), créaient une fausse réalité, une réalité virtuelle qui servait de références.

 

IG : Mais les politiciens n’étaient pas tous aveugles ou alors cela servait leurs intérêts ?

 

H.M : Oui cela servait leurs intérêts, car le fait d’être au pouvoir conférait des avantages. Ils avaient des magasins spéciaux qui leur étaient destinés, et où pour eux, il n’avait jamais de problèmes d’approvisionnements. Ils ne faisaient jamais la queue. Ils avaient des devises autres que le rouble, qui ne permettait d’acheter que dans les magasins d’Etat, non réservés aux étrangers et aux porteurs autorisés de devises, où l’approvisionnement restait pauvre et aléatoire. Mais aussi, parce que, semble-t-il, le fait d’être au pouvoir favorise, et pas seulement en Russie, une certaine ivresse, à laquelle peu de gens résistent, qui favorise la volonté de croire ce que l’on vous raconte. L’entourage des « grands » de ce monde a tout intérêt aussi à se faire bien voir ! Pour revenir à la Russie, au départ il y avait eu les avantages particuliers pour l’environnement du pouvoir, et très vite cela s’est transformé en droit de consommation meilleure. Les gens au pouvoir n’avaient pas d’argent mais ils avaient des compensations en nature, et cela sans avoir à recourir à des scandales ? Tels que des faux emplois, par exemple. Au bout d’un moment, les avantages nature ne leur ont plus suffit, car il fallait de l’argent pour avoir des rapports de plus en plus importants avec le monde capitaliste. Et l’on sait que l’argent est «le nerf de la guerre». Cet argent avait plus de valeur que les biens matériels. Le pouvoir soviétique commençait à devenir gênant pour l’Etat soviétique lui-même (en tant que gouvernants.) Les gens au pouvoir avaient besoin d’avoir les coudées franches, car jusqu’à là  ils vivotaient avec leur trafic de devises et d’œuvres d’art (la famille de Brejnev a été à plusieurs reprises compromises dans un tas de scandales !). Donc les lois empêchaient ces dirigeants de faire ce qu’ils  auraient voulu faire dans une économie de marché ! Et la chute des murs de Berlin a bien arrangé les gens au pouvoir. Ils avaient des relations tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Ils ont donc profité pour vendre à bas prix, au rabais, des usines, du pétrole, et l’argent n’est pas revenu à l’Etat, c'est-à-dire au peuple russe dans son ensemble.
Ils ont démantelé l’économie  soviétique qui était beaucoup plus forte qu’on a
voulu dire à l’étranger! C’est une des raisons pour lesquelles  les Russes n’aiment  pas Gorbatchev, car il est considéré comme un des grands responsable de la disparition du «grand pays» qu’était l’URSS!

 

IG : Comment se situe Soljenitsyne dans tout cela ?

 

H.M : Devant tous ces états de faits, une dissidence s’est créée contre la prise de profits des dirigeants de l’Etat alors que le peuple était oublié. C’est contre cela, mais aussi pour la liberté d’expression, contre le hiatus qui existait entre la réalité réelle et virtuelle, fabriquée et préfabriquée. C’est contre ce mensonge qu’une partie de l’intelligentsia s’est élevée, et a voulu faire prendre conscience à tous de l’absurdité et la folie de leur vie quotidienne. Les blagues de cette époque reflète bien la prise de conscience, le peuple n’était pas dupe en réalité, mais trop patient, peut-être. Ne racontait –on pas d’ailleurs : «Quand un Russe parle, il ne pense pas ce qu’il dit et il ne dit pas ce qui est ».

IG : Est –ce qu’on peut parler de corruption ?

H.M : Oui il y avait une corruption terrible, à tous niveaux. Le secteur de la distribution en est un exemple frappant : depuis les directeurs de magasins jusqu’aux vendeurs !

IG : Mais pourtant il y avait bien des représentants de la nation, des députés, non ?

H.M : Non, c’étaient des représentants élus à l’intérieur de leur parti. Il y avait une démocratie directe qui n’a existé nulle part ailleurs, mais limitée aux quartiers. Ce pouvoir qui était très limité concernait surtout la sécurité, l’entretien de l’urbanisme, mais ce n’était pas un pouvoir politique. Mais pour le peuple. Cela lui suffisait car il était complètement pris en charge par l’Etat. Seulement ce que leur reprochaient les dissidents qui étaient des gens très convaincus, qui avaient un idéal socialiste, c’était de voir tous les idéaux bafoués  par un pouvoir qui de surcroit se disait socialiste. Et comme ces dissidents mettaient en péril les gens au pouvoir, car ce n’était pas pour leurs idées politiques  qu’on les a enfermés, mais bien par le fait qu’ils mettaient en péril les gens au pouvoir ! On contestait leurs droits acquis qu’ils ne voulaient surtout pas perdre. Les dissidents ont été nommés «ennemis de l’Union Soviétique». Sous Staline, on les tuait. Sous Brejnev, on se débrouillait pour qu’ils partent à l’étranger !

IG : Mais en se débarrassant d’eux, on en faisait des martyrs ?

 

H.M : Mais de cela, les gouvernants n’en avaient cure, ce qu’ils voulaient c’était rester au pouvoir. Et par là ils ont parfaitement réussi. Les dissidents ont été épouvantés par la chute du mur soviétique. Ils ont été très affectés car ils étaient honnêtes, eux. Ils ont été davantage blessés de constater les dégâts occasionnés par les pseudo-démocrates. Sur ce mot de démocrate les Russes font d’ailleurs un jeu de mots pas très reluisant pour le bénéficiaire !

 

IG : Et comment réagissait la presse ?

 

H.M : Dans les premières années, au moment de la chute de L’ URSS, c’était extraordinaire pour les avoir vécus. Ce fut un moment euphorique, car du jour au lendemain, toutes les barrières sont tombées, la presse était totalement libre. Elle pouvait écrire ce qu’elle voulait, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. En 1989-1990, tous les magasins se sont remplis de marchandises. Les gens pouvaient acheter tout ce qu’ils voulaient. Mais cela n’a duré que trois mois ! Mais trois mois extraordinaires ! Les gens pensaient qu’on était enfin arrivé au communisme, au-delà même du socialisme, celui qui proclamait «à chacun selon ses besoins». On pouvait « avoir» et «dire» tout ce que l’on voulait. Mais au bout de trois mois, plus rien !

IG: Une reprise en main ?

 

H.M : Rien d’atypique. Toute révolution a son moment d’euphorie. Puis ceux qui ont pensé la chose, la reprennent en mains. On a accusé Gorbatchev d’avoir été à la solde des Américains. Et quand il n’a plus servi leurs intérêts, il a été remplacé par Eltsine, qui était bien pire que lui ! On ne connaitra jamais la vérité de ce qui s’est passé. Mais c’est vrai que Gorbatchev  s’est fait  maintenant une fortune depuis l’écroulement du rideau de fer. Eltsine possède une très belle propriété sur la Cote d’Azur française, au Cap d’Antibes, il a obtenu l’impunité totale pour tout ce qu’il a fait .On ne le voit pas, mais sa famille vit toujours entre Miami en Floride et le Cap d’Antibes. Poutine, venant au pouvoir, a promulgué un édit attestant qu’Eltsine était intouchable ! Et pas seulement le chef de l’Etat en général, comme cela a été fait en France.

 

 

 

 

 

 

 

 




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