LA  NOUVELLE  RUSSIE

Selon l’intelligentsia Russe

 

 

LES RUSSES S'INTÈGRENT À LA VIE FRANÇAISE

(2/3 partie)

 

 

Reprise de l’interview accordée à Isidore Grao par Mme Hélène Metlov

Présidente de l’association « Perspective Internationale : Maison de la Russie à Nice »

 

Le 29-06-10

 

IG : Quelles étaient selon vous, les conditions de vie, des Russes à cette époque ?

 

H.M : Au 19ieme siècle, tous les témoins vous parleront des châtiments infligés au bas peuple. C’était l’époque où les soldats, issus de ce bas peuple accomplissaient 25 ans de service militaire .La discipline était très dure ! Pour une faute vénielle, on faisait donner la bastonnade au malheureux soldat. A en croire des journalistes, certains d’entre eux ont été surpris entre d’une part, le raffinement de vie d’une certaine aristocratie russe et d’autre part la manière dont celle-ci traitait leurs serviteurs. Mais il faut se garder de généraliser trop vite car tous les aristocrates n’étaient pas aussi cruels. Certains d’entre eux ont libéré leurs serfs avant même l’abolition du servage. Apres l’abolition du servage, la vie du peuple russe ne s’est pas beaucoup améliorée. Si la révolution a pu triompher en Russie, c’est qu’il existe des raisons objectives. Par contre pour ma part de 1974 à 1995, donc après la révolution, je peux attester que je n’ai jamais senti la moindre surveillance, ni avoir subi des contrôles pires qu’en France, et, ni surtout subir des interdictions totales de faire quoi que ce soit ! Je peux dire que je n’ai jamais rencontré de pays où l’on soit aussi libre qu’en Union Soviétique ou en Russie.

 

IG : Vos déclarations peuvent surprendre. Les Occidentaux n’ont peut-être pas la même impression.

 

H.M : Je vais vous donner un exemple concret. La loi Russe disait que les étrangers ne pouvaient pas aller où ils voulaient en Union Soviétique. On avait le droit de se déplacer dans une zone de 40 Km autour de la zone indiquée sur son visa. Quand j’étais à Leningrad (Saint Petersburg), étudiante, je ne pouvais pas sortir en dehors de cette zone de 40 Km.

 

IG: Que risquiez-vous ? Un emprisonnement ?

 

H.M : Non mais on pouvait soit me ramener à Leningrad, soit me reconduire à la frontière.

 

IG: Est-ce que les contrôles étaient fréquents ?

 

H.M : Je n’ai jamais été contrôlée. Il faut dire aussi que je parlais très bien le russe et que je ne m’habillais pas d’une manière outrancière. En fait, je ne me détachais pas de la masse, et on ne m’a jamais prise pour une étrangère. J’étais comme un caméléon, fondue dans la masse. On n’avait pas, non plus, le droit d’aller dans

 villages. Les villages étaient fermés aux étrangers. C’était dans les années 1969/1970.

Une anecdote : Un jour, j’étais invitée à aller passer une dizaine de jours chez une amie, dans un village au bord de la Volga. Nous étions en été, à la fin juin. Et moi comme j’aime respecter les règles, je suis allée spontanément aux Département des étrangers de l’Université où je faisais mon stage. On m’a répondu : « aucun problème, tu peux aller où tu veux, on ne veut pas le savoir, mais surtout ne va pas dans des hôtels et ne montre pas ton passeport ».

 

IG : Donc la liberté de circuler n’était pas aussi flagrante que cela !

 

H.M : Oui, mais c’était « non » officiellement mais « oui pratiquement. Et c’est toujours comme cela. C’est peut être une habitude : on commence par dire non, puis peut être, et enfin oui !

 

IG : A condition d’insister ?

 

H.M : Un deuxième exemple : Au début de notre mariage, quand mon mari attendait l’attribution, par l’Etat, d’un appartement. A noter que c’était comme cela en Union Soviétique, quand on travaillait, l’Etat nous attribuait un appartement si on n’avait pas les moyens financiers pour l’acheter. Donc, mon mari avait été faire la queue dans toutes les instances voulues, et un peu comme ici un jour, il demande à rencontrer un responsable (car on lui répondait toujours qu’il n’y avait pas de logements). On lui répondait toujours  que ce n’était  pas possible de le rencontrer, car le responsable était absent. De guerre lasse, un jour, mon mari s’assoit en déclarant « j’attendrai son retour ». Le temps passant, la secrétaire venait de temps en temps l’interroger «  Vous attendez toujours ? Mais le responsable n’est toujours pas rentré ! » Et mon mari de répondre « Ca ne fait rien, j’attends quand même ».Le manège aurait pu continuer longtemps mais ce jour-là au bout de quelques heures d’attente, la secrétaire s’approche de mon mari pour lui dire « Ça va, vous pouvez venir, il est là ! ». Et c’est comme cela qu’il a pu obtenir un logement au bout de 2 ans d’attente.

 

IG : Donc le responsable était bien là. Mais pourquoi ce comportement ?

 

H.M : Le responsable devait être occupé, ou en réunion.

 

IG : En France si vous n’avez pas de rendez-vous, en règle générale, vous ne pouvez être reçu !

 

H.M : Oui mais cela ne veut pas dire pour autant que vous allez avoir votre réponse ! Hier j’ai vu l’exemple dans une relation avec l’ANPE (agence nationale pour l’emploi). Chez les Russes, c’est toujours non a priori, mais c’est oui en définitive. Je n’ai jamais fait la queue car je suis allergique aux attentes des queues, je préférais me passer de quelque chose plutôt que de subir une queue. Mais en Russie, c’est assez particulier, il existe une grande solidarité entre les gens. Il y avait toujours quelqu’un pour faire la queue pour tout le monde. Partout où nous habitions avant d’avoir le logement d’Etat, je n’ai rencontré de problèmes ni pour faire garder mes enfants, ni pour les approvisionnements, cette solidarité est naturelle. Je ne sais comment la Russie était avant mon arrivée, et pourtant j’habitais au milieu des Russes et non dans un immeuble réservé aux étrangers. J’ai toujours vu la plus grande liberté dans les propos des Russes. Ils parlaient de tout, critiquaient tout, que ce soit dans la vie quotidienne ou l’Etat, ou le parti communiste, les gens ne se cachaient pas

 

IG : C’était peut-être à l’époque où les frontières «  sont tombées » ?

 

H.M : C’était entre 1975 et 1985 (le mur de Berlin est tombé en 1991). Mais attention, tout n’était » pas rose »en Union Soviétique. Je ne voudrais pas brosser un tableau idyllique !

 

IG : Et les problèmes d’approvisionnements ?

 

H.M : Les aliments étaient plus sains qu’en France car ils n’avaient pas de conservant

Mais je vais vous raconter une autre anecdote. Révélatrice de l’état d’esprit des gens :

«  Un Russe meurt. On lui donne le choix entre le Paradis et l’enfer, tout en le conseillant «  attention, l’enfer est très dur à supporter, on  va te clouer les mains, te faire souffrir les mille supplices » ! Mais comme il a beaucoup péché, la décision finale est l’enfer. 15 jours se passent, il ne semble pas malheureux, alors un ami lui demande « alors comment cela se passe en enfer ? »Sa réponse « Très bien, depuis 15 jours il ne s’est rien passé ; pas de supplices car il manque toujours quelque chose, un jour c’est les clous, le lendemain, c’est le marteau » et l’autre de lui répondre « oui mais fais bien attention à toi, car le dernier jour du mois ils auront tout et ils te feront tout ! ».

C’est un peu le style de vie, quand il y avait quelque chose en magasin, il fallait l’acheter. Chez moi, nous étions toujours nombreux à table et je ne savais jamais quel repas j’allais servir car c’était en faveur des circonstances. Mais nous n’étions pas malheureux pour cela, c’était une autre manière de vivre. L’idéal pour les gens, ce n’était pas la nourriture .Ce qui intéressait les gens, c’étaient les livres, les  disques, la culture ; et pas du tout cette société de consommation. On n’avait pas de voiture ? Eh, bien on s’en passait ! Mais par contre le frigidaire et le poste de télévision, nous en avions plutôt deux qu’un seul ! Nous n’avions pas de machines à laver le linge, et cela était un peu ennuyeux. On n’avait pas de beurre, on le remplaçait par de l’huile. Par contre on avait des joies simples que l’Occident a oublié depuis longtemps .Il m’est arrivé d’être dans un magasin au moment d’un arrivage d’aliments ou de légumes et là pas de queue, on pouvait acheter toutes les quantités que l’on voulait.

 

IG : Et comment étaient les prix de ces denrées ?

 

H.M : Les prix étaient très bas, c’étaient les mêmes qu’avant-guerre, une côte de bœuf par exemple valait 3 euros le Kilogrammes. (P.S = Actuellement, en France, pas moins de 25 euros !) . Mais tout était relatif. Les enseignants gagnaient beaucoup moins que les ouvriers !

 

IG : Mais comment fonctionnait  alors la loi du marché, de l’offre et de la demande ?

 

H.M : Des lois du marché, on n’en avait cure ! Les prix étaient fixés par l’Etat .Avant l’économie était intégralement planifiée. Les prix étaient partout les mêmes, on n’avait pas besoin de courir pour trouver moins cher, mais par contre il fallait courir pour trouver la denrée ! Mais je me sentais bien. Quelquefois les Russes me disaient «  Chez vous vous avez tout ce que vous voulez, ici il manque toujours quelque chose », ce à quoi je répondais (à juste raison) : « oui mais quand vous aurez tout ce que vous voudrez, il vous manquera  l’argent ».

 

IG : Oui, mais on voit sur la Côte d’Azur des milliardaires Russes maintenant ! D’où proviennent ces nouvelles fortunes ? Un reste d’aristocratie ?

 

H.M : D’abord ces milliardaires ne sont pas si nombreux que cela, quant à l’aristocratie, je préfère celle de l’esprit à celle du sang.

 

IG : Tout à l’heure en vous écoutant, vous m’avez fait penser à Mao qui disait « Quand on ne  peut remplir le ventre, on remplit l’esprit ».

 

H.M : Actuellement il y a beaucoup de gaspillage en Russie. Je n’ai jamais vu les gens jeter autant de nourriture. Avant, dans les boulangeries russes, on pouvait lire sur des écriteaux que le pain était la vie et maintenant on le gaspille.

 

IG : Et pour la liberté de circulation ?

 

H.M : Pareil qu’en France ! Pour aller en Russie vous avez besoin d’une invitation et d’un visa. Ce sont des accords bipartites entre 2 états. Actuellement ce sont les français qui freinent beaucoup plus que les Russes .De même que tout à l’heure certains français disaient : « C’est une honte, les Russes veulent partir et on les empêche de partir », ce à quoi je répondais «  oui mais vous verrez, le jour où les Russes pourront partir, les français ne les laisseront pas entrer chez eux » ! C’est un problème de politique. Mais vous, pour le moment vous ne pouvez acheter un billet pour aller en Russie car il vous faudra présenter une invitation ! En réservant une chambre dans un hôtel en Russie celui-ci vous enverra une invitation qui vous permettra d’obtenir un visa. Par contre, pour mon cas, c’est un peu plus facile puisque je suis membre très active d’une association et les gouvernants russes sont maintenant plus souples pour les associations de mon style. Il s’agit d’une question de prestige et aussi parce que nous donnons une image très positive de la Russie, autre que l’image donnée par ailleurs et qui est très négative.

 

IG : Et pourtant, nos poètes ont chanté la Russie, je pense au chanteur Gilbert Bécaud et sa chanson Nathalie.

 

H.M : Oui mais prenez la presse française, quand elle parle de la Russie, c’est toujours pour les scandales, les villas les plus riches de la Cote d’Azur, les frasques, le commerce de la drogue, des femmes par les oligarques russes. Par contre moi, ce que j’entendais en France, c’est qu’un russe sur deux faisaient partie du KGB, aujourd’hui un russe sur deux est un maffieux. Les choses n’ont pas changé dans les mentalités des gens qui ont une image particulièrement négative, et pourtant ils œuvrent pour le tourisme de la Cote d’Azur. Ils ne sont pas malvenus, mais regardés avec suspicion !

Par ailleurs, il est très difficile de dire combien de russes sont installés en France. Le seul nombre qui soit certain c’est celui des personnes qui demandent l’asile politique. Ainsi en 2006/2007, on savait que 700 familles tchéchènes s’étaient installées à Nice.. C’est le seul chiffre que l’on soit certain.

Moi je me sentais très bien en Russie : absence totale de publicité c’était merveilleux. On n’était pas agressé par toute cette publicité et ce pour une raison fort simple, c’est qu’il n’avait pas à consommer. Il y avait  bien les slogans des partis politiques, mais c’était pris sous l’angle humoristique et pas au sérieux. Les immeubles d’habitation étaient hauts et sans vis-à-vis. Il y avait beaucoup d’espaces verts entre les constructions. Il y avait beaucoup d’espaces  et de terres nues entre les habitations car celles-ci appartenaient  à l’Etat. Sur le prix du mètre carré il n’y avait pas de spéculation là-dessus. Aujourd’hui Moscou est devenu irrespirable car le mètre carré vaut très cher, par exemple, pour un appartement dans le centre de la ville le prix au mètre carré peut atteindre 80 000 euros !

 

IG: Mais c’est pire qu’à Paris !

 

H.M : Oui c’est beaucoup plus cher ! C’était très reposant de vivre en Russie, mais tout a changé du jour au lendemain avec la Perestroïka. Ce qui m’a choqué le plus, c’est de voir apparaitre des choses devenues banales en France, c'est-à-dire des gens sans toits, des SDF. En France cela s’est fait progressivement et on s’en est habitué. Tandis qu’en Russie, c’est arrivé subitement. Du jour au lendemain, j’ai vu des personnes âgées faire les poubelles parce qu’elles n’avaient plus rien à manger. Parce qu’il y a eu la reforme folle qui en une nuit a ruiné une multitude de gens.  Un exemple, j’avais épargné de l’argent pour le futur de mes enfants. J’avais mis de côté le maximum autorisé sur des comptes d’épargne, l’équivalent de 3000 roubles (à l’époque le rouble valait 5 francs, donc o, 75 euros, aujourd’hui il a été ramené à 39 roubles pour un euro !) Aujourd’hui sur les comptes il n’y a plus que 16 roubles !

 

IG : A quoi a été du ce bouleversement économique ?

 

H.M : C’est la thérapie de choc de l’Etat appliquée dans les années 1992/1993. Certes il y a eu une seconde crise en 1998, mais celle-ci a été mieux digérée. Tout cela a été fomenté pour faire s’écrouler une série d’entreprises qui commençaient à se développer sur le plan économique. Cela gênait les Grands du régime, cela a aussi permis une plus grande concentration des moyens de production au détriment du petit peuple qui en pâtit !

 

IG : Tout à l’heure, vous disiez que l’Etat planifiait tout ! Donc l’Etat a laissé faire ?

 

H.M. : Mais l’Etat n’existait plus, disparu depuis 1990 ! Pourquoi les Russes regrettent l’Union Soviétique ? Parce qu’avec l’Union Soviétique, ils ne vivaient pas richement, mais ils vivaient bien, en Union Soviétique on n’avait pas le droit de ne pas travailler, ce qui n’est plus le cas actuellement !

 

IG : Mais l’éclatement de L’URSS, ne peut suffire à expliquer tout ce bouleversement ?

 

H.M : Moscou est la capitale de la Russie où sont concentrées 80% des capitaux de toute la Russie. Avec cette nouvelle économie de marché, l’important c’est l’argent, et le culte de l’argent génère de la pauvreté et de la misère comme en France et dans d’autres pays ! Mais le passage de cette économie planifiée en une économie de marché s’est fait en une nuit, très vite, trop vite et les gens ont souffert. Autre exemple, du temps de l’Union Soviétique, il n’y avait pas besoin d’avoir de protection sociale, l’Etat pourvoyait à tout ! Et le jour où l’Union Soviétique a disparu, toutes ces protections sociales ont disparu. Il faut bien reconnaître qu’actuellement ces protections sociales sont même remises en cause, en France !

 

IG : Une question si vous permettez, que sont devenus les « Russes blancs » ? Ont-ils de meilleures conditions pour rentrer en Russie ?

 

H.M : Les Russes blancs, c’est quelque chose de très précis ! C’est le produit de l’émigration du temps des Tsars, de 1917 à 1925.  Mais, L’Etat a rappelé depuis de  nombreux expatriés. D’autant que ces Russes étaient des gens fortunés et  qui ; depuis, ont pu restaurer de nombreux bâtiments appartenant à leurs familles. Leurs immeubles avaient été dans la majorité des cas réquisitionnés pour être transformés en édifices publique. Mais ces Russes avaient de l’argent et ont pu obtenir des passeports et peuvent se déplacer librement .Ils sont reçus très librement en Russie, mais peu d’entre eux y demeurent ! Très souvent, ce sont leurs enfants qui ayant conservé la langue vont construire des usines .Car c’est plus facile de trouver du travail à Moscou qu’en France, pour des étrangers

 

IG: Y a-t-il du chômage ?

 

H.M : Enormément, mais on trouve plus facilement du travail qu’à Paris

 

IG : Avant c’était la solidarité qui primait ! Aujourd’hui il semble que ce soit plutôt l’individualité ?

 

H.M : Disons plutôt l’individualisme. L’individu en tant qu’individu n’intéresse personne

 

IG : Mais alors  dans ce cas, qu’est-ce qui vous intéresse encore en Russie ?

 

H.M : Pour moi, c’est la culture. C’est l’idée de sauver ce qui peut être encore sauvé. De même qu’au 18ieme siècle, époque des Lumières en France, la France a pu exporter ses idées philosophiques en Russie. Mais les rapports culturels entre la France et la Russie remontent au moyen-âge. On a quand même eu une reine de France qui venait de Russie, la reine Anne qui venait d’Ukraine ! C’est avec les guerres napoléoniennes que la culture française s’est répandue dans le peuple russe et dans  une grande partie de l’aristocratie russe qui a toujours parlé français ! Par contre c’est une classe nouvelle qui s’est intéressée au français celle des roturiers Russes qui avaient acquis une certaine culture. Au 19iéme siècle, il est donc apparu une nouvelle classe d’intellectuels issus d’une nouvelle classe sociale différente de celle de l’aristocratie. Ce sont des gens absolument fantastiques, Tchékhov en est un Cette nouvelle classe a été inspirée par les idées de la révolution française qui sont celles de = « liberté, égalité, fraternité », de même que le socialisme français de l’époque dit socialisme utopique qui a eu beaucoup de succès en Russie, puis les anarchistes sont arrivés avec des livres tels que « Les possédés » ou les « frères  Karamazov » de Dostoïevski  

C’est l’époque où le Tsar est victime d’attentats. Il y a donc un fort courant d’idées nouvelles.

 

IG : Vous dites que l’aristocratie a pris une part active dans ce bouillonnement d’idées, pourtant en France, l’aristocratie était contre la révolution de 1789.

 

H.M : oui ; mais c’est ce qui est intéressant en Russie. Mais le ferment actif de ce soulèvement fut le peuple. Les aristocrates russes étaient des privilégiés. Par contre le peuple était asservi et subissait un très long service militaire qui durait 25 ans, or le peuple qui représentait 99 % de la population était d’origine paysanne. Ce sont eux qui se sont battus pour arrêter Napoléon .C’est aussi pour cela que l’aristocratie russe qui était très avancée et complètement acquise aux idées de Diderot, de Rousseau , de Voltaire ( à noter que ces penseurs français n’étaient pas des anti-aristocrates ).Le fait même que les officiers de l’armée russe qui étaient tous d’origine aristocrate , attendaient du Tsar qui allait venir après Alexandre 1er, Nicolas 1er qu’il abolisse le servage , qu’il libère les esclaves . Or, c’est ce qui ne fut pas fait, bien au contraire, le nouveau Tsar n’a pas accordé de liberté mais il a été très dur avec le peuple. C’est ce qui a provoqué le soulèvement de décembre 1825. En 1825, au lendemain des guerres napoléoniennes, la « fleur » de l’aristocratie russe refuse de prêter allégeance au Tsar ! Il y a aussi un mystère qui demeure autour de la mort du Tsar Alexandre 1er ! A-t-il été ou pas assassiné ? Bref, Nicolas 1er arrive au pouvoir et ses premières décisions sont drastiques et une censure absolue. Les paysans et les aristocrates ont l’impression de s’être fait voler leur liberté. Les différents soulèvements sont écrasés par le Tsar. Alors qu’en France on essaie de cacher les taches rouges de l’Histoire, c’est le cas contraire en Russie. Aux événements de décembre 1825, 5 chefs émeutiers (5 jeunes aristocrates qui sont condamnés à mort par pendaison sur la place publique,  alors que la peine de mort n’est plus pratiquée en Russie depuis le moyen-âge) 5 chefs sont exécutés et les autres meneurs sont exilés en Sibérie. Ces condamnations sont restées, très ancrées dans l’imaginaire collectif et sont peut-être les déclencheurs de la future révolution de 1917. Alors que le Tsar était considéré comme le « petit père des pauvres » son image s’est considérablement dégradée ! 1825 est donc une date très importante dans la mémoire collective !

Le malheur dans l’image que se font les français de la Russie, c’est d’ignorer totalement l’histoire de la Russie. Et quand on ignore l’Histoire d’un pays, on ne peut pas prétendre connaitre les gens. La connaissance d’un peuple passe par la connaissance de son Histoire.

 

IG : Mais il me semble que votre jugement est valable aussi bien en intra-muros qu’en extra-muros. D’un pays. Par exemple, ce que je sais du Canada, c’est que l’Etat fédéral n’a pas su ou voulu créer un sentiment d’appartenance à ce pays en  ne développant pas suffisamment  les cours d’histoire de géographie du canada  à l’école. A l’heure actuelle quand on étudie la géopolitique de ce pays on constate que la majorité des flux d’échanges économiques se font non entre provinces canadiennes mais entre provinces canadiennes et états US limitrophes. C’est dommage ! Il n’y a que le Québec qui a su faire preuve d’originalité  et de singularité en voulant conserver son âme !

 

H.M : la Connaissance d’un peuple passe par la connaissance de son histoire

 

La suite, c’est-à-dire, la période allant de 1825 à nos jours, vous sera conté dans une prochaine chronique. 

 

 




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