FREDERIC   TAVERNIER

 

 

DE  LA   PHILOSOPHIE  A  LA  MUSIQUE  BYZANTINE

 

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Interview Isidore Grao le 21 juin2010

 

 

 Fréderic Tavernier-Vellas est docteur en philosophie mais aussi diplômé en musique byzantine (Athènes). Il réside dans le sud de la France, à Toulouse. Son sourire quand il vous accueille, reflète immédiatement une grande bonté.

 

IG: Bonjour M. Tavernier, entrons dans le vif du sujet dès la première question. Comment vous est venu ce goût pour cette musique d’Orient, vous français ?

 

F.T : Peut-être par mes origines de naissance, mon père natif de Provence en France et ma mère de l’île de Malte. Mais j’ai passé ma jeunesse en région parisienne. J'ai commencé à l'âge de 13 ans le hautbois classique au conservatoire. J’ai passé un bac littéraire (latin et grec), puis j'ai poursuivi mes études en université. J'ai obtenu mon doctorat de philosophie à la Sorbonne, à Paris.

 

IG: Quels souvenirs conservez-vous de votre jeunesse ?

 

FT : En fait sur le plan musical, la rencontre qui a le plus compté  pour moi se réalisa à 13 ans quand je rencontrais M. Philippe Pélissier-Hermitte, un excellent musicien qui enseignait le Hautbois à Saint Germain-en-Laye. Ce fut vraiment la première des grandes personnalités musicales que j’ai rencontrée. IL travaillait également en tant que musicien metteur en ondes sur France-Musique, se produisait en concert  et  il enseignait en même temps. On était dans les débuts du renouveau de la musique baroque. Philippe Pélissier joue ce répertoire avec un immense talent. C’était aussi l’époque où je commençais déjà à m’intéresser à l’art byzantin et particulièrement à ses icônes.

 

IG: Pour revenir à la musique byzantine comment avez-vous été plus attiré par cette sonorité ?

 

F.T : Pendant mes études universitaires  de philosophie, j’avais un peu délaissé le hautbois pour me consacrer davantage à la musique sacrée. À l’université, je m’étais inscrit aussi en art byzantin !

 

IG: Parlez-nous de vos débuts dans la musique.

 

F.T : Au point de départ de mon travail sur la musique byzantine, j’ai été aidé par 2 amis grecs de Marseille, qui m’ont fourni des ouvrages, des disques, des cassettes pour pouvoir étudier. Mais, en même temps, j’étudiais le Grec moderne après avoir appris le Grec classique. Car je sentais que j’avais besoin de comprendre la culture grecque actuelle et je voulais avoir accès aux ouvrages actuels. Au début je travaillais seul, puis je rencontrais Joseph Fahmé, qui me faisait découvrir la musique byzantine arabe (M. Fahmé est originaire d’Alep en Syrie). De là, je suis parti à Patmos de nombreuses fois pour travailler avec un maître merveilleux, le père Ioakim Grillis. Je me suis découvert beaucoup d’amitiés à Patmos et j’ai fait alors le conservatoire de musique byzantine à Athènes.

 

IG: A quel âge avez-vous commencé à faire de la scène ?

 

F.T : Dans le domaine du hautbois, et en amateur, très tôt vers 14/15 ans. Je commençais avec un groupe d’amis à faire des petits concerts. Différents instruments de musique y participaient : violoncelle, flûte à bec, hautbois et clavecin. Nous jouions surtout de la musique baroque.

 

IG : Et alors quand avez-vous amorcé ce virage vers cette musique sacrée ?

 

F.T. : En fait j’ai fait, à nouveau, une rencontre importante qui était celle d'une artiste juive qui s’était convertie au catholicisme et qui travaillait avec passion et talent la musique grégorienne, Magdalith. C’est elle qui m’a donné le goût de creuser, car c’était quelqu’un d’exceptionnel. Puis, j’ai aussi rencontré Gabriel, vendeur à la FNAC, qui connaissait personnellement deux artistes grecs de grand renom, Lycourgos Angelopoulos et Simon Karas. Grâce à Gabriel, j’ai pu obtenir leurs coordonnées personnelles et entrer en contact avec Lycourgos Angelopoulos qui enseigne au Conservatoire Philippe Nakas à Athènes. C'est auprès de lui que j'ai décidé d'aller préparer mon diplôme de musique byzantine

 

IG: Sur le plan vocal, comment pourrait-on classifier votre voix ?

 

F.T : Plutôt «  baryton-martin ». Sa caractéristique est d’offrir une très grande amplitude, c'est-à-dire pouvoir à la fois monter assez haut dans les notes aigües et descendre assez bas, dans les notes graves.

 

IG: Comment cette musique byzantine s’est-elle révélée à vous ?

 

F.T : Vers l’âge de mes 20 ans, j'ai découvert de magnifiques enregistrements et je me suis dit que c'était cela la musique que je voulais faire. Mais je ne me suis pas produit sur scène, en tant que chanteur professionnel, avant les années 1999-2000. C'est la rencontre de Marcel Pérès, directeur de l’Ensemble Organum,qui a été déterminante de ce point de vue. C’est donc vers la quarantaine que je me suis dédié uniquement à la musique. Auparavant je la partageais avec mon travail d’enseignant en philosophie et l'enseignement du théâtre. J'ai beaucoup fréquenté et travaillé dans le monde du théâtre. Un de mes plus beaux souvenirs est un spectacle où je tenais sur scène le rôle de Georges Séféris, un grand poète grec, dans une œuvre théâtrale entièrement construite sur ses poèmes et son journal intime.  C'était presque un one man show,  je tenais la scène, pratiquement seul, pendant une heure et demie. Une comédienne me rejoignait pendant les dix dernières minutes du spectacle !

 

IG: Pouvons-nous dire qu’auparavant, vous considériez la musique comme un hobby ?

 

F.T : Non, car je faisais surtout de la recherche sur la musique dans une perspective scientifique et artistique, sans le souci de me produire. Cette musique était pour moi une nourriture merveilleuse. C'est pourquoi je ne l’ai jamais approchée d’une manière dilettante, mais comme j’avais par ailleurs d’autres activités, ce ne pouvait être à ce moment-là la principale de mes occupations ! Actuellement j’ai complètement abandonné l’enseignement  pour me consacrer uniquement à la recherche, à la musique et suis devenu un « intermittent du spectacle », c'est-à-dire un artiste lyrique en activité..

 

IG: Dans quelles conditions avez-vous rencontré Marcel Pérès ?

 

F.T : Tout simplement. J’ai commencé par lui proposer certains de mes élèves pour assister à ses stages de chants sur la musique grégorienne. Par la suite, deux d’entre elles ont intégré l’ensemble Organum. Et moi, de retour de Grèce, et comme Lycourgos Angelopoulos est un des collaborateurs de Marcel Pérès, j’ai fait à ce dernier des offres de service .Depuis notre collaboration s’est considérablement accrue. C’est quelqu’un que j’admire beaucoup pour la qualité de son travail, la profondeur de ses recherches. Mais j’admire aussi ses qualités de manager d’équipe. Il a un grand respect pour ceux qui collaborent avec lui. Je ne travaille  les répertoires latins qu'avec lui. Marcel Pérès est la référence pour les répertoires occidentaux sacrés d’avant le schisme Occident –Orient. Avec lui, je me sens bien pour travailler et il y a entre nous plus qu’une compréhension, on pourrait dire une certaine parenté. J’entends cette musique du Moyen-âge, comme il la propose.

 

IG: Mais pour avoir assisté à certains de vos spectacles, j’ai l’impression que Marcel Pérès sait s’imposer en qualité de Directeur de l’ensemble vocal !

 

F.T : Heureusement d’ailleurs, car il sait ce qu’il veut obtenir de nous, et comment l’obtenir ! Il connait le son qu’il veut atteindre. Il a une connaissance approfondie et une compréhension très grande du répertoire. Mais, en même temps, il laisse à l’artiste toute sa part d’expression. Le résultat est un timbre commun de l'Ensemble Organum, à la fois typé et qui ne masque pas la richesse des timbres des chanteurs mais les met en harmonie ou en communion... Heureusement s’agissant de textes anciens, Marcel sait découvrir toutes les subtilités du répertoire. Il sait découvrir la structure de tout l’univers de sensations qui est à l’intérieur d’une partition, difficilement déchiffrable pour le commun des mortels. Il est vrai que les manuscrits de textes anciens sont très pauvres pour nous dans leurs écritures. Car nous n'avons pas la mémoire de la manière de chanter des anciens. Ces manuscrits présentent une écriture « aide mémoire »... alors, si nous n’avions pas Marcel, c'est-à-dire quelqu’un capable de mettre en relief la lumière, le phrasé, les intervalles, les rythmes, les tempi, l’ornementation d’un texte musical, les partitions seraient beaucoup moins plaisantes à écouter.

 

IG: Mais j’ai l’impression que vous êtes plus à l’aise pour parler des autres que de vous !

 

F.T : J’ai horreur de parler de moi. Par contre ce qui est très important dans ma vie c’est d’avoir eu la chance de rencontrer des maîtres qui m’ont apporté, chacun, quelque chose d’important et d'irremplaçable. En fait, ces rencontres me nourrissent. Je me réalise comme musicien et chanteur, grâce à ces personnes qui m’ont fait grandir dans la connaissance de cette musique, dans son interprétation, dans sa compréhension. Pour moi leur rôle est primordial car ce sont eux qui m’ont tiré vers le haut.

 

IG: Mais il arrivera bien un jour où l’élève dépassera le maître, non ?

 

F.T : Sur certains plans, il est vrai que l’élève peut dépasser le maître. Je pense d’ailleurs que sur certains plans, j'insiste, c’est probablement déjà fait ! Mais il ne faut jamais oublier que nos maîtres on bien des longueurs d'avance et il ne faut pas vouloir les dépasser à tous prix. C’est ainsi que j’aime beaucoup l’humilité du grand poète provençal Frédéric Mistral qui disait « je suis un humble écolier d’Homère ». Moi je suis un humble disciple de mes maîtres en musique et je leur garde toute une part de reconnaissance et d’affection pour tout ce qu’ils m’ont donné.

 

IG: Mais ne croyez vous pas qu’arrivé à un certain moment de sa vie, l’Etre a besoin de se révéler et de montrer son individualité ?

 

F.T : Je ne passe ma vie qu’à ça ! Je m’explique. Les choses dans un premier temps doivent passer par moi et quand j’estime les avoir suffisamment digérées, intégrées, je peux  alors les ressortir pour en faire quelque chose de personnel. C’est pour cela que j’ai mis très longtemps avant de faire mon premier disque de musique byzantine, car je n’étais pas certain d’être capable d’apporter une touche personnelle à l’œuvre. C'est-à-dire que je me suis toujours refusé de faire un sous-produit de mes maîtres. Tant que les choses ne sont pas totalement assimilées et repassées par moi, je considère qu’elles ne sont pas mûres et qu’elles ne peuvent être retransmises au travers de ma propre interprétation. Mais cela n’empêche que dans le domaine de la connaissance de la musique, dans son système, dans l’analyse des manuscrits, et de leur compréhension, la coopération avec les maîtres demeure toujours. Toutefois, il faut également suivre son instinct, cette voie intérieure qui nous oriente et se détermine de plus en plus, pour que le maître demeure un tremplin et ne devienne jamais une prison. D’une manière générale, tant qu’une musique n’est pas passée par notre propre prisme, elle n’est pas vivante. Il faut que la musique jaillisse de soi comme si c’était la première fois et même quand il s’agit d’une musique composée par quelqu’un d’autre. Ainsi dans la musique byzantine la plupart du temps on sent des choses élaborées par quelqu’un d’autre, sauf qu’on est dans l’improvisation !

On est dans un monde où on tue le père ! C’est vrai qu’il faut se libérer du père sur le plan psychologique pour se révéler à soi-même, mais pour moi ça ne passe pas obligatoirement par un meurtre, ça passe par une assimilation et par le fait qu’ayant assimilé vraiment avec toute son intelligence, toute sa sensibilité, tout son univers personnel, les choses rejaillissent  alors d'une nouvelle source, elles retrouvent une nouvelle jeunesse. Elles ne ressemblent à rien d’autre parce qu’un travail de transformation s’est opéré et que pour cette raison il n’est pas besoin de tuer le maître.

C’est le risque de la pensée dans laquelle la négation veut s'imposer comme première, de vouloir exister en niant ce qui a été une source pour toi et qui, au contraire, t'a enrichi. Le problème de l’Occident c’est que très souvent on n'est original qu’à partir du moment où on est dans la négation de ce qui était avant, c’est typiquement hégélien, ce comportement. Dans l'hégélianisme, je n’existe qu’en tuant l’autre ou en le dominant ; en fait je crois qu’on existe vraiment qu’en assimilant et en faisant sien, en renouvelant de l’intérieur ce qui a été reçu et qui fait qu’à partir de là on peut redevenir une nouvelle source soi-même.

 

IG: Et dans toutes ces idées philosophiques, comment situez-vous votre vie d’homme, de mari, de père ?

 

F.T : La vie d’époux c’est l'accomplissement humain par excellence parce que la vie n’est pas que de la création artistique, c’est aussi l’amour. L’amour nous apporte plus que la joie, il nous fait toucher l'existence du bonheur. Lorsqu'il n'y a plus d'amour, on commence à douter de l'existence du bonheur. L’Amour est l’élément principal de notre vie et c’est aussi un moteur pour toute la vie. Un autre accomplissement est la vie de père, c’est aussi le désir de transmettre tout en sachant que l’on transmet mais que l’autre, l'enfant restera libre.

Mais il y a une autre dimension à prendre en considération, le fait que je me sois intéressé à la musique sacrée, cela correspond aussi à une soif d’ordre spirituel et à un lien avec le mystère du Christ qui m’habite.

Tout cela n’est pas fortuit. Je ne me suis pas intéressé à cette musique uniquement d’une manière esthétique. C’est aussi le vecteur, pour moi, d’une contemplation que j’ai aussi recherché également dans la philosophie et dans la théologie. J’ai fait aussi de la théologie en complément de mon travail philosophique. Cette dimension de soif de contemplation fait partie intégrante du moteur qui m’a fait travailler la musique byzantine. Certainement,

il faut regarder la musique byzantine comme la seule grande tradition de chant monodique qui a su conserver à la fois la tradition orale et la tradition écrite. En Orient, sur deux millénaires, on a une tradition orale et écrite qui s’est poursuivie ; alors qu’en Occident, à partir du moment où il y a eu des développements polyphoniques, la monodie s’est peu à peu éteinte. Le chant sacré monodique, dans notre culture chrétienne, on le trouve principalement dans la tradition de l'Eglise orthodoxe grecque. L'art de la composition monodique n'a cessé de se développer dans la culture chrétienne hellénique.

J’ai donc fait un premier disque à Athènes pour la fête de la dormition de Saint Jean le Théologien, à partir d'un manuscrit du mont Athos. Nous avons entrepris également une nouvelle collection sur le Chant de Byzance avec un premier disque qui est sorti récemment avec des hymnes choisies parmi les plus belles de la semaine sainte.

Je viens d’enregistrer aussi un nouveau disque qui devrait sortir bientôt, un chant à la Vierge dans l’octoïchos byzantin, donc dans les huit modes byzantins, qui est une œuvre de Petros Bereketis et qui s’appelle Theotoke Parthene, ce qui signifie Mère de Dieu et Vierge. Cela reprend les paroles de la salutation angélique, le chant dure près de 55 minutes et se déploie dans les huit modes.

 

Sur le plan musical, je participe donc essentiellement aux tournées de  l’Ensemble Organum de Marcel Pérès, J'ai également mon propre ensemble : Les Solistes de la Musique Byzantine, et un autre groupe créé avec mon ami Fouad Didi dans lequel se rencontrent des chansons traditionnelles de l'Asie mineure et des chansons traditionnelles du répertoire arabo-andalou.

 

Si vous voulez connaitre davantage l’artiste, voici quelques liens : 

 

-   http://www.macromedia.com/go/getflashplayer/

 

-   Invitation à voir l'album Web Picasa de 102188516182651836743 intitulé Fichiers transférés

 

-   http://www.reverbnation.com/tunepak/song   _2692729

 

-   http://www.greekmusicradio.egeo-apmh.com/profile/FredericTavernier Vellas

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