Entrevue avec Christian Verber SODEC

2e partie

Description: iLovePeres:Desktop:LaVoixDeCartier Site web:new site:Page 1:Articles & photos:2010-05-23 Article Entrevue avec Christian Verber SODEC 2ieme partie Photo 5.jpg

 

 

Isidore Grao

Cannes, le dimanche 23 mai 2010

 

Qu'est-ce qui fait le charme du cinéma québécois en France? 

Il est perçu comme un cinéma novateur, estime Christian VERBER, Commissaire pour l'Europe de la SODEC, la Société de développement des entreprises culturelles du Québec.

 

IG: A votre avis comment les français perçoivent-ils le cinéma Québécois ? 

M.C.V: Ils le perçoivent bien et comme un cinéma novateur. On les surprend, je crois, au cinéma comme pour la télévision. C’est surtout dans la façon dont on produit des films, à la manière nord-américaine, on est plus proche des nouvelles technologies que la France, et on a vraiment une manière de travailler nord-américaine. Si je regarde au niveau de la technique, la notre semble beaucoup moins sclérosée. Mais cela est dû à l’urgence imposée. C'est-à-dire que nous sommes un petit peuple de 8 millions d’habitants et une aide de l’aide donc assez importante. On compte environ 120  maisons de production avec plus de 5 longs métrages par année, donc on travaille en urgence, on n’a pas les budgets français ! Il nous faut donc savoir se débrouiller. Les français sont donc intéressés par notre manière de travailler. Il y a quelques années avec les films de Claude Perrot on tournait beaucoup caméra à l’épaule. Les Français n’avaient jamais vu cela ! Nos techniciens travaillent beaucoup pour les nord-américains, c’est donc une façon de se former aux nouvelles techniques.  

IG: Est-ce que le cinéma Québécoise bénéficie de subventions fédérales ? 

 

M.C.V: Toute production Québécoise va chercher autant d’argent chez Téléfilm Canada qu’au Québec. Une production québécoise est rarement une production exclusivement Québécoise ; généralement le producteur du film s’adresse à Téléfilm Canada ou à l’Office international du film. 

IG: Est-ce que la SODEC peut jouer un rôle de facilitateur entre les productions et les réalisateurs québécois ?

M. C.V: Non pour nous, c’est le producteur qui est autonome qui choisit son réalisateur, son équipe, nous n’avons pas à juger des choix. On juge sur la qualité d’un scénario et sur une structure financière. On n’a pas à conseiller les producteurs. Par contre pour des événements internationaux on peut jouer le rôle de soutien. Par exemple : pour un réalisateur convié à un festival à Moscou et qui ne connait pas cette ville arrive complètement perdu, de même qu’au festival de Cannes. Cannes est une grande maison, un grand organisme. Il nous faut les encadrer, les conseiller sur le terrain sur les possibilités de faire ou les interdits !
Notre métier c’est de les guider en terre étrangère au travers des priorités des festivals. Il en est de même pour des réalisateurs de courts métrages qui arrivent à Cannes avec très peu de moyens. 

 

IG: Et maintenant, a contrario, comment est perçu le cinéma au Québec ? 

 

M. C.V: Le cinéma français était, je vous dirais admiré tout simplement parce que pendant des années la clientèle du cinéma français était la même que celle du cinéma québécois. Le cinéma d’auteur était apprécié.
Malheureusement depuis quelques années, le cinéma français perd de plus en plus de place à l’étranger. Je pense que cela est dû au désintéressement du cinéma français pour le cinéma Québécois. Pendant très longtemps ils ont cru que la clientèle Québécoise leur était acquise, parce que nous avons la même langue. C’est d’ailleurs le même comportement du côté des belges francophones. Mais ce n’est plus comme cela que cela fonctionne ! 

IG: Mais je croyais que la langue était le principal véhicule de compréhension ? 

M.C.V: Oui. Mais il faut qu’il soit accompagné. Or, les comédiens français ne font pas de service « après-vente «  de leur film, ou de moins en moins. Ils ne vont plus faire de la promotion qu’à Tokyo ou à New-York, car cela a un aspect exotique. Ils ne font plus de la promotion dans les pays francophones, ça les intéresse de moins en moins. Ainsi l’acteur français, Thierry Lhermitte la fort bien compris puisqu’il est venu au Québec pendant un an faire la promotion de son film, dont je ne me souviens plus du titre.

Son film a marché car il a su intéresser le public à son film. Mais par ailleurs si un comédien français vient pour une douzaine d’heures à Montréal, ca ne donnera rien ! Donc il faut un travail de terrain qu’ils ne font plus. C’est ce qui explique la terrible chute du cinéma français. Mais je crois que la même chute existe en France ! Il y a deux ans la part des films français dans le marché français était de 52 %, actuellement il n’est plus que de 35 %.

 

IG: Ce serait donc un problème de communication essentiellement ? 

M. C.V: Il y a certainement un problème de communication mais peut être aussi un problème de production. On fait trop de films en France prés de 230 films en moyenne par an. Cela pose beaucoup de questions. Par exemple, est-ce que faire des grosses comédies est la solution ? Est-ce que copier des films américains est la solution ? Moi, je pense qu’il y a une grande réflexion à faire du coté de la cinématographie française, voire une remise en question, peut être ! Mais nous, nous sommes mal placés pour donner des leçons. Le cinéma français vit dans une bulle énorme avec des financements énormes de l’Etat. Moi je pense qu’il faut réfléchir pourquoi qu’un film qui a couté des millions d’euros ne fait que 100 000 ou 200 000 entrées ! D’autre part, l’arrivée du numérique va bousculer davantage ce marché. Comment vont survivre alors tous les petits cinémas « d’art et d’essais » ? Le fameux 35 millimètre. Ce sont des questions déjà d’actualité ! Le jour où les américains décideront que le « 35 millimètres » ca ne les intéresse plus, ils voudront passer tout au numérique. Les Américains savent très bien obtenir ce qu’ils veulent parle biais du » nerf de la guerre ».
Il leur suffira de rencontrer les propriétaires de salles de cinéma dans le monde, leur proposer de tout changer à leurs frais les appareillages en numérique sous réserve bien entendu d’une exclusivité de clientèle. Que croyez-vous qui va se passer ? Ce sera alors la mort du « 35 millimètres » et par vois de conséquence du cinéma d’auteurs ! Un travail éducatif dans les écoles. C’est une crainte autant pour chez nous que pour la France. Si demain le cinéma d’art et d’essais disparaissait, si le travail éducatif disparaissait aussi dans les écoles, il y aurait certainement des répercussions au niveau des jeunes générations. Aujourd’hui déjà, essayez dans un CEGEP  (collège du Québec) de proposer à des jeunes étudiants la projection d’un film de Fellini en « 35 millimètres ». Bonne chance à vous si vous y arriver car aujourd’hui cela n’est plus possible car tout est en DVD. Les sondages actuels prouvent que maintenant les jeunes ne connaissent même pas la signification du «  35 millimètres », et ils vont encore au cinéma car les images sont en 3D. Quand on a lancé la fameuse carte de l’UGC, tout le monde était favorable à ce nouveau système d’entrée. Mais en fait les jeunes se servent de cette carte comme s’il s’agissait de leur bloc-commande de télévision en pouvant changer tous les dix minutes de chaine, eux changent de salle tous les dix minutes. De plus il regarde les films sur leur i phone. D’autre part que penser de la « concurrence » télévision /cinéma quand la télévision retransmet en simultanéité le même film. C’est le cas aujourd’hui au festival de Cannes qui retransmet en même temps que la chaine de télévision Canal Plus, le même film ? (NDLR= il s’agit du nouveau film tiré sur la vie du terroriste Carlos, toujours emprisonné en France). D’où la nécessité pour la survie du cinéma, il faut une grande réflexion sur sa qualité, sur sa diffusion, sur sa production !
Est-ce que les festivals du film existeront encore dans quelques années ? Par exemple si on vous donnait la possibilité de voir chez vous tous les films ?
Viendriez-vous à Cannes où la Vie est très chère ? Cela vous éviterait des frais de voyage, d’hôtels, etc. 

IG: Mais ce constat est dramatique. On va privilégier une société de consommation à une société de culture ! Que devient l’Homme dans tout cela ? 

M. C.V: Moi, je pense qu’il y a actuellement pléthore de festivals. A part quelques uns dont celui de Cannes, bien entendu .Je pense que les festivals vont devenir ce qu’étaient les ciné-clubs d’antan. Il y a une certaine désaffection du jeune public pour le cinéma. Le Ministre Français de l’Education déclarait récemment qu’il fallait à nouveau réintroduire l’enseignement du cinéma à l’école. Il a même annoncé qu’une centaine de films seraient déjà disponible pour ce faire. Mais il faut remarquer disait-il qu’il manque de professeurs spécialisés pour cet art ! Je pense que les festivals, par exemple de Namur, de Bruxelles, vont se transformer en ciné-clubs. Les gens iront là pour voir par exemple un film Algérien ou d’autre pays qu’ils n’auraient pas eu l’occasion de voir autrement. Ou alors faudrait-il développer davantage la filière des films pour l’internet ? Déjà nous voyons arrivés des réalisateurs spécialisés en la matière pour diffuser des films sur le web. 

IG: Cette évolution a déjà commencé pour les livres et la lecture. On lit beaucoup moins ! Peut être faudrait-il se réveiller de cette léthargie du confort ? Car on peut infléchir des problèmes de communication, mais pas celui de la création. Des œuvres exceptionnelles ne peuvent être créées que par des vrais artistes, des êtres d’exception ! Alors comment régler ce problème ? 

M.C.V: La révolution livresque a déjà commencé. Pour l’édition, la SODEC est intéressée aussi. L’œuvre sera toujours là ! Mais c’est son édition qui va changer avec l’apparition des nouvelles technologies. Par exemple, Ipad, etc. Nous avons beaucoup de demandes de téléchargement pour des livres sur ces appareils informatiques .Les éditeurs se disent que s’ils connaissent une baisse des ventes de livres en papier, peut-être que l’on pourrait y remédier grâce aux nouvelles technologies. Mais alors, là aussi gare aux piratages ! Les éditeurs se disent qu’ils n’ont pas envie de vivre ce que la musique a vécu ! De même pour le cinéma, il y a la VOD qui se met en place. A partir de votre ordinateur vous allez pouvoir réserver et louer un film que vous regarderez sur votre écran plasma. Et au final, l’opération ne vous aura couté que quelques piastres (dollars) ! C’est sur que le public ne connaitra plus le caractère extraordinaire de la salle obscure du cinéma. Mais si le jeune a grandi avec un portable en main, s’il n’a pas bénéficié de l’enseignement spécifique adéquat à l’école, on arrivera à se désintéresser du cinéma !

Donc le cinéma attend beaucoup de ce monde éducatif.

Description: iLovePeres:Desktop:LaVoixDeCartier Site web:new site:Page 1:Articles & photos:2010-05-23 Article Entrevue avec Christian Verber SODEC 2ieme partie photo 3.jpg


Description: iLovePeres:Desktop:LaVoixDeCartier Site web:new site:Page 1:Articles & photos:2010-05-23 Article Entrevue avec Christian Verber SODEC 2ieme partie Photo 4.jpg


 
Description: iLovePeres:Desktop:LaVoixDeCartier Site web:new site:Page 1:Articles & photos:2010-05-23 Article Entrevue avec Christian Verber SODEC 2ieme partie Photo 1.jpg




______________________________

Écrivez-nous: Questions, suggestions, commentaires? journal@lavoixdecartier.com
______________________________
Isidore Grao, La Voix De Cartier ©2011 Tous droits réservés.
Le contenu du site web (« le site web et le journal »), incluant les textes, les graphiques et le code source (« le matériel »), est protégé par des lois Française et étrangères sur le droit d'auteur et la propriété intellectuelle.